Social réalisme à Varsovie : une certaine vision de la ville

Après les destructions de la guerre, il fallait tout reconstruire. Les nouvelles autorités, sous domination soviétique, mettent en oeuvre leur vision de la ville: son architecture doit refléter l’idéologie marxiste.

 

Architecture social réaliste : Ancien siège du Parti Communiste polonais à Varsovie, aujourd'hui... siège de la bourse.

> Architecture social réaliste : Ancien siège du Parti Communiste polonais à Varsovie, aujourd’hui… siège de la bourse. Photo de Marcin Bialek.

 

 

Un nouveau style est né, c’est le “social réalisme”. Staline likes this. On l’impose à toutes les nations “soeurs” de l’URSS. Ce nouveau style englobe architecture, design, urbanisme et toute forme de création artistique, qui doivent toutes désormais être “socialistes dans leur contenu et nationales dans leur forme” et refléter les valeurs du travail, de la tradition et du mouvement des travailleurs.

 

Aleksander Kobzdej "Podaj cegle" (1950) au musée d'art moderne de Wroclaw.

> Aleksander Kobzdej « Podaj cegle » (1950) au musée d’art moderne de Wroclaw.

 

 

Ainsi, entre 1948 et 1956, ce fut l’unique style architectural autorisé à Varsovie, qui est dès lors devenue la meilleure ambassadrice de ce curieux courant. Il suffit de se balader dans les espaces urbains de MDM ou du Palais de la Culture, tous décorés de monumentales sculptures à la gloire des paysans ou des ouvriers…

 

 

Une vision imposée

 

On peut ne pas vraiment aimer les volumes imposants et les dérives idéologiques de ce style, mais on peut lui reconnaître un certain mérite dans son objectif de modernité et de confort pour tous dans une Varsovie en ruine.

 

Destruction des ruines à Varsovie avant reconstruction.

> Destruction des ruines à Varsovie avant reconstruction.

 

 

L’exemple le plus marquant de ce style est bien entendu le Palais de la Culture, cadeau de Staline à la nation polonaise. Tout autour de cet ensemble, des bas-reliefs et d’imposantes statues de corps en action, faucille ou marteau à la main. Juste à côté, le Plac Defilad, soit la place des défilés. Aujourd’hui grignotée par l’urbanisation galopante de la ville, elle fut jadis l’endroit de toutes les parades et évènements de propagandes du régime.

 

Palais de la culture et des sciences à Varsovie en 1957 avec la place des défilés autour de l'édifice.

> Palais de la culture et des sciences à Varsovie en 1957 avec la place des défilés autour de l’édifice.

 

 

Un des premiers ensemble social-réaliste d’après-guerre est celui du quartier de Muranow. Il a été construit sur l’ancien quartier juif, dont il ne restait plus rien – ni habitants, ni habitations. Je dis “sur” le quartier, car on construit directement sur les gravats, vu que tout a été méticuleusement rasé durant la guerre.

 

Nouveaux quartiers de Muranow devant le monument aux héros du ghetto de Varsovie.

> Nouveaux quartiers de Muranow devant le monument aux héros du ghetto de Varsovie.

 

 

Les arches et entrées de cours monumentales, telles que sur la ul. Andersa, sont caractéristiques de ce type de “paradis ouvrier”.

D’autres bâtiments administratifs, éparpillés dans la ville, arborent ces façades austères et rectilignes, comme l’actuel Ministère de l’Economie, sur la pl. Trzech Krzyży, ou l’ancien siège des autorités communistes – aujourd’hui un Centre Bancaire et Financier, oh ironie! – sur Nowy Świat, près du rond-point de la Palme.

 

 

Un urbanisme néanmoins réfléchi

 

L’exemple le plus ambitieux de ce style est sans conteste MDM, dans le quartier Śródmieście Sud.

Le MDM – pour Quartiers d’Habitation Marszałkowska – était présenté comme le fleuron de la reconstruction de Varsovie, mais en réalité, c’était une vaste opération de modification du territoire urbain. En effet, il a été construit sur un des quartiers les moins abîmés par la guerre, et on a rasé de nombreuses belles maisons de maître et demeures bourgeoises intactes pour faire place à cette nouvelle vision de l’habitat plébéien. Une manière comme une autre de peupler le centre-ville d’ouvriers plutôt que de nantis.

 

Défilé de la jeunesse sur la Place de la Constitution à Varsovie en 1952.

> Défilé de la jeunesse sur la Place de la Constitution à Varsovie en 1952.

 

 

On a même modifié le tracé de l’avenue Marszałkowska pour que sa perspective ne débouche plus sur l’église du Saint-Sauveur, mais sur la place de la Constitution, centre névralgique de cet imposant projet urbain. Vous trouverez dans ce coin un foule de statues et bas reliefs mettant en scène les “masses révolutionnaires”, dans des rues aux façades inspirées du baroque ou de l’architecture parisienne.

 

Rue Marszalkowska à Varsovie vers 1910.

> Rue Marszalkowska à Varsovie vers 1910.

 

 

Le projet MDM était initialement plus ambitieux et vaste, mais le manque de moyens et de matières premières a eu raison des plans initiaux. Aujourd’hui, il reste surtout un ensemble urbain unique en son genre. Il y a peu de grandes villes – et encore moins de capitales – qui ont pu appréhender l’urbanisme à une si grande échelle, en partant du néant, et en pensant d’abord à Monsieur Tout le Monde.

 

Place de la Constitution à Varsovie - Photo de Adrian Grycuk.

> Place de la Constitution à Varsovie – Photo de Adrian Grycuk.

 

 

Sur le papier, ça avait l’air top. Les appartements devaient tous avoir le chauffage central, l’eau chaude, des ascenseurs, des laveries. Autour il y devait y avoir des crèches, des écoles, des cliniques, des théâtres et cinémas, une piscine couverte. On prévoyait déjà la construction du métro. Le projet ne fut pas mené à son terme, et finalement, c’est mieux ainsi, mais une balade entre les colonnades de la Plac Konstytucji gardera toujours une saveur particulière: celle d’une ère révolue.

 

Statue dans le style social réaliste à Varsovie en Pologne.

> Statue dans le style social réaliste à Varsovie en Pologne. Photo de Piotrus.

 

Plus de Atmosphère de Varsovie !?

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