Chateau Royal de Varsovie : Le Phénix [Vieille Ville]

Le Château Royal tient de l’illusion d’optique. Réduit en cendres en 1945, reconstruit à l’identique en 1970, le Zamek Krolewski témoigne de la splendeur du royaume de Pologne et de la ténacité du peuple de Varsovie a ne pas prendre en compte l’histoire.

 

> Chateau Royal de Varsovie en 1900.

> Chateau Royal de Varsovie en 1900.

 

 

Sur une belle place à l’entrée de la Vieille ville imposant ses teintes ocre au badaud se dresse le Zamek Królewski ou Château Royal en polonais. Plus minimaliste que les Châteaux de la Loire, plus uniforme que le Château de Wawel à Cracovie et, en réalité, c’est plus un palais qu’un château…

 

 

Les origines

 

Sous l’impulsion d’un seigneur local, la construction débute dans les années 1350 par la Grande Tour (aujourd’hui appelée Tour de la Cour de Justice),  intégrée au château dans son coin sud-est.

A l’époque, la capitale de la Pologne se trouve à Cracovie, et Varsovie n’était guère plus qu’un bourg médiéval. C’est le déménagement de la capitale de Pologne à Varsovie qui va tout changer…

 

L’âge d’or de Varsovie

 

C’est le roi Sigismond III de Pologne (Zygmunt III Waza) qui, en 1596, pris la décision de déménager sa capitale et sa cour à Varsovie, petite bourgade seigneuriale tranquille et sans histoire… Ce roi, qui veille d’ailleurs toujours au grain, tout statufié qu’il est, du haut de sa colonne sur la Place du Château, avait ses raisons.

A cette époque, la Pologne faisait partie de la République des Deux Nations, qui était une république fédérale aristocratique  et fruit de l’union entre la Pologne et la Lituanie. Puissance incontestée de l’Europe de la renaissance, avec un territoire s’étendant de la Mer Baltique à la Mer Noire, la République se retrouve avec à sa tête un roi – ce bon vieux Sigismond – qui se trouve être également roi de Suède.

Soucieux de se rapprocher géographiquement de la Suède pour y maintenir son influence, il prend la décision assez inédite de déménager la capitale. Varsovie est plus près de Stockholm que Cracovie, mais suffisamment loin de la mer pour être protégée en cas d’invasion par ces même suédois, donc à ses yeux, l’emplacement était parfait.

Imaginez la logistique d’un tel déménagement, mais surtout les retombées économiques et démographiques sur la ville de Varsovie… L’obscur seigneur local a été prié de se trouver un nouveau logement, et le roi et sa cour investirent le Château, avec un plan d’expansion à grande échelle qui transforma le bâtiment en édifice à cinq ailes autour d’une cour intérieure.

Ce Château était la résidence royale, l’endroit où les délibérations parlementaires avaient lieu ainsi que le centre administratif et culturel du pays. En somme, le centre du monde. Tout du moins pour les polonais…

 

La Guerre du Nord et le déclin du Zamek Krolewski

 

Sigismond avait beau s’être rapproché de la Suède, son oncle réussit tout de même à le déposséder de sa couronne suédoise en 1599. Il ne revit jamais son pays natal mais ne renonça jamais à ses droits pour autant. Sa ténacité et sa rancune provoqua une guerre polono-suédoise qui dura 30 ans, et lança prêt d’un siècle et demi d’animosité trans-baltique entre ces deux nations.

Durant cette période, la Pologne fut envahie par les suédois, pillée de toutes ses richesses et Varsovie fut rayée de la carte une première fois – c’est ce que les polonais appellent le Déluge.

L’épilogue de ce conflit n’eut finalement lieu qu’en 1721, à la fin de la Grande Guerre du Nord, qui impliqua tout de même tous les pays scandinaves, la Pologne, la Russie, l’Empire Ottoman, et la Grande Bretagne. Rien que ça.

 

Litographie : Place du chateau royal à Varsovie
> Litographie : Place du chateau royal à Varsovie par Wladyslaw Skoczylas.

 

 

Un renouveau de courte durée

 

Martyrisé, pour ne pas dire annihilé par toutes ces décennies de guerres, le Château regagne de sa magnificence une fois la paix rétablie. Le dernier roi de Pologne, Stanislas II Auguste, fit venir, dans les années 1750, des artistes tels que Marcello Bacciarelli, Domenico Merlini ou Jan Christian Kamsetzer pour reconstruire l’intérieur des chambres et redonner de la splendeur aux intérieurs du Château.

 

> Vue sur Varsovie depuis le chateau Royal dans une peinture de Bellotto/Canaletto.

> Vue sur Varsovie depuis le chateau Royal dans une peinture de Bellotto/Canaletto.

 

 

Mais le répit ne fut que de courte durée. En 1795, la Pologne est partagée comme un gâteau entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. Le pays cesse d’exister pendant 123 ans. Varsovie se trouvant être sur le territoire russe, vous imaginez bien que la majeure partie des collections des rois de Pologne finirent dans les salons de Saint Pétersbourg ou Moscou.

 

1918-1945 : du palais présidentiel au champs de ruines

 

En 1918, la Pologne réapparaît sur les cartes. Varsovie est la capitale de ce nouveau-vieux pays. Le Château devient le siège de la présidence de la République de Pologne. Mais la paix ne fut que de courte durée.

Dès 1939, le Château est endommagé par les bombardements allemands durant le siège de Varsovie.

 

Chateau Royal de Varsovie sous les bombardements nazis en 1939
> Chateau Royal de Varsovie en flamme sous les bombardements nazis en 1939.

 

 

Il subit ensuite de graves dégâts lors de l’insurrection de Varsovie en août 1944. Mis hors de lui par cet acte de défiance, Hitler ordonna la destruction systématique de Varsovie en septembre 1944. Le Château Royal fut bien sûr une cible prioritaire des Nazis, et les ingénieurs allemands le dynamitèrent jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un tas de gravats…

 

 

La reconstruction

 

Les communistes au pouvoir après la Deuxième Guerre Mondiale tergiversèrent longtemps, et retardèrent le plus longtemps possible la décision de reconstruire. Ce n’est qu’en 1971 que la décision fut prise : le Château renaîtra de ses cendres, tout comme le reste de la Vieille Ville. L’effort de reconstruction fut financé en majorité par les Polonais eux-mêmes, notamment les expatriés.

Une partie significative de l’ameublement a été offerte par les amis du Pacte de Varsovie, notamment les défuntes URSS et RDA. Le Château pu enfin ouvrir à nouveau ses portes au public en 1984.

Aujourd’hui, le Château Royal est un des monuments les plus visités à Varsovie, avec plus de 500 000 touristes par an. Les pièces et les chambres ont été minutieusement reconstruites, à l’identique, et on ne peut que admirer le travail titanesque que cela a dû représenter.

 

 

La visite du Chateau Royal de Varsovie

 

Une des plus belles salles est sans conteste la salle du trône, où l’arrière du trône est composé de 86 Aigles blancs réalisés en fil d’argent. Pour l’anecdote, les polonais ont pu reconstituer ces Aigles à partir du seul exemplaire qui a échappé miraculeusement à la folie destructrice nazie.

Le Cabinet de Marbre (Gabinet Marmurowy) fut l’une des dernières salles aménagées avant que la Pologne ne cesse d’exister et que donc le Château ne perde toute fonction royale. Ornée des portraits des Rois de Pologne (tous originaux – ils furent cachés avant l’invasion allemande), c’est sans doute la plus belle salle du palais.

Vous pouvez également visiter les appartements du roi, lourdement ornementés de peintures retraçant les glorieux moments de l’histoire polonaise. Vous y trouverez également la Chambre Canaletto, où le roi Stanislas II Auguste a décidé de rassembler toutes les œuvres de Bernard Bellotta, dit Canaletto, notamment ses séries de paysage de Varsovie au XVIIIème siècle.

La chambre à Coucher du Roi offre une décoration intérieure raffinée, mais c’est en visitant cette salle qu’on se pose cette question – la même que l’on se pose en visitant toutes les chambres à coucher royales du monde : comment cela se fait que le lit royal soit si petit ? Ils ne mesuraient qu’1m50 ou quoi ?

Une des pièces les plus symboliques est la Salle des Sénateurs, où fut proclamée la Constitution du 3 mai 1791, première constitution moderne d’Europe et seconde au monde après celle des Etats-Unis. Vous imaginerez aisément que les polonais en sont sacrément fiers. Hé !

Certains couloirs et salles du Château sont réputés hantés par une « Dame Blanche », qui a la courtoisie de venir faire un tour la veille de calamités nationales. Elle serait apparue la première fois à Jozef Poniatowski, pointant la main vers la fenêtre en direction du quartier de Praga, quelques jours avant que l’Insurrection de Kościuszko ne soit écrasée par les russes et que 20 000 civils du quartier de Praga ne soient exécutés. Lors d’une de ses autres apparitions, elle aurait apparemment fait un petit coucou au président Ignacy Mościcki. C’était en août 1939. Quelques jours plus tard, le monde découvrit ce qu’était une blitzkrieg.

A la fin de la visite, vous pouvez faire un tour par l’exposition permanente consacrée à la reconstruction du Château. Photos à l’appui, avec des « Avant – Après » saisissants, c’est un excellent moyen de prendre conscience du degré de destruction du palais et des efforts surhumains nécessaires à faire renaitre le Château de ses cendres. Il est à noter que cette exposition est gratuite.

 

 

Informations pratiques

Le Chateau Royal de Varsovie se trouve dans la Vieille Ville de Varsovie.

 

Adresse: Plac zamkowy 4
Accès : Bus: 116, 128, 175, 178, 180, 222, 503 et 518, arrêt « Pl. Zamkowy »
Bus : 160, 190 et 527, arrêt « Stare Miasto »
Tram : 4, 13, 20, 23, 25, 26 et 27 arrêt « Stare Miasto »
Tel : +48 22 355 51 70
Web: www.zamek-krolewski.pl

Horaires d’ouverture :

Hiver (01/10 – 30/04)
De mardi à samedi : 10h – 15h
Dimanche : 11h – 15h

Eté (01/05 – 30/09) :
Lun, Mar, Merc, Vend et Sam. 10h – 17h
Jeudi: 10h – 19h
Dimanche: 11h – 17h
Dernières entrées 1 heure avant la fermeture

Prix d’admission :
Normal – 22 PLN ; Réduit – 15 PLN ; Enfant (jsuqu’à 16 ans) – 1 PLN.
Entrée gratuite le dimanche

Guides en langues étrangères : 110 PLN

Audioguides : Normal – 17 PLN ; Réduit – 12 PLN (le français fait partie des langues)

Exposition sur la reconstruction du Château : gratuite

 

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Maciej

Maciej

J’aime me perdre à la recherche d’endroits surprenants.

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