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Le Galicia Jewish Museum revient sur l’héritage juif en Galicie polonaise (la région historique est aujourd’hui partagée avec l’Ukraine) en articulant photographie documentaire et réflexion critique sur les traces du passé. Un lieu essentiel mais pas exempts de critiques. En cours d’écriture.

Expo photo du Musée juif de Galicie  (Galicia Jewish Museum) à Cracovie.
Expo photo du Musée juif de Galicie (Galicia Jewish Museum) à Cracovie.

Le Musée juif de Galicie (Galicia Jewish Museum) est situé au cœur du quartier de Kazimierz, l’ancien quartier juif de Cracovie.

Installé dans un ancien entrepôt réhabilité, le musée assume une esthétique épurée, industrielle, qui met en valeur la photographie documentaire.

Depuis son ouverture en 2004, l’institution privée propose un espace où cohabitent exposition, recherche, pédagogie et engagement dans le dialogue interculturel. Avec plus ou moins de réussite.

Mon avis :

Si l’histoire des Juifs en Pologne vous passionne (ce qui est mon cas), la visite sera plus qu’intéressante. Il ne s’agit pas d’un musée traditionnel, mais d’une expo photo documentaire. Les photos sont superbes. C’est au travers des légendes que se dessine par petites touches l’histoire de la communauté juive polonaise. Le sujet est complexe, les stéréotypes nombreux et pour avoir une vision complète et nuancée, vous devrez patiemment lire texte après texte. Ce n’est pas un sujet toujours facile et pour apporter des éclairages complémentaires, voici une série de livres à lire pour approfondir le sujet de l’histoire des Juifs polonais, des relations polono-juives et des l’histoire de la 2e guerre mondiale en Pologne occupée :

  • « Une histoire des juifs de Pologne » d’Henri Minczeles
  • « Histoire des Juifs en Pologne du XVe siècle à nos jours » de Daniel Tollet
  • « Mémoires du ghetto de Varsovie » de Marek Edelman
  • « Zegota, Juifs et polonais dans la résistance 1939-1944 » de Wladyslaw Bartoszewski
  • « Le rapport Pilecki: Déporté volontaire à Auschwitz, 1940-1943 » de Witold Pilecki
  • « Mon témoignage devant le monde » de Jan Karski

Collection du musée

Génèse

Le Galicia Jewish Museum est né de l’initiative du photographe britannique Chris Schwarz et de l’historien américain Jonathan Webber, spécialistes de l’histoire juive d’Europe centrale. Les recherches et le travail photographique à l’origine de cette exposition se sont étendus sur de nombreuses années.

Ils ont débuté à la fin des années 1980, lors du premier séjour de Jonathan Webber en Pologne, en tant qu’invité de l’Institut de sociologie de l’Université Jagellonne de Cracovie.

Encouragé par le professeur Andrzej Paluch, il entreprit alors de repérer les traces matérielles et mémorielles du passé juif – synagogues abandonnées, cimetières en ruine, monuments restaurés, espaces vidés de leurs usages originels — encore visibles dans les petites villes et villages du sud de la Pologne, au sein de l’ancienne province de Galicie (dans les frontières polonaises).

À une époque marquée par l’absence de guides, de ressources numériques et de spécialistes locaux, ce travail de terrain patient permit de constituer une documentation considérable.

Expo photo

En 1993, une collaboration décisive s’engage avec le photographe britannique Chris Schwarz, dont le regard sensible et profond donne naissance à une vaste documentation visuelle.

Cette coopération aboutit à la création de l’exposition « Traces of Memory », qui devint le cœur permanent du Musée juif de Galicie, fondé par Schwarz et ouvert en 2004.

Ses photographies témoigne à la fois de la destruction de la civilisation juive durant la Shoah et de la richesse culturelle du monde

À partir des années 2010, l’évolution du paysage mémoriel — restauration de synagogues, érection de monuments, renouveau de la vie juive — rendit nécessaire une actualisation de l’exposition.

En 2014, le photographe américain Jason Francisco fut chargé de cette mission. Son travail, intégré à celui de Schwarz, permit d’offrir une lecture comparative unique entre l’état du patrimoine il y a vingt-cinq ans et sa transformation contemporaine.

Achevée en 2016, cette version élargie constitue aujourd’hui l’une des grandes forces de l’exposition, conjuguant mémoire, continuité et renouvellement du regard.

Cette exposition se déploie en plusieurs sections thématiques, qui rassemblent les différents types de traces visibles dans la vie sociale et urbaine de la Galicie :

  • Traces historiques : synagogues désaffectées, bâtiments communautaires partiellement conservés ou transformés;
  • Traces funéraires : pierres tombales, cimetières restaurés ou abandonnés, marqueurs symboliques ;
  • Traces de la destruction : lieux de persécution et de mémoire liés à la Shoah ;
  • Traces de renaissance : initiatives culturelles contemporaines, restaurations et revitalisations de lieux juifs historiques.

L’expo permet au visiteur de comprendre simultanément l’ampleur de la vie juive autrefois florissante, l’ampleur de sa destruction durant la Seconde Guerre mondiale, et la complexité des efforts actuels pour préserver et réinterpréter cet héritage.

Il faut compter près de 2h de visite (voire 2h30) pour une découverte attentive (les textes sont en polonais et en anglais).

Expo photo du Galicia Jewish Museum à Cracovie.
Expo photo du Galicia Jewish Museum à Cracovie.
Exemples de photos dans l'expo permanente du Musée juif de Galicie à Cracovie.
Exemples de photos dans l’expo permanente du Musée juif de Galicie à Cracovie.

À côté de l’exposition permanente, le musée accueille de nombreuses expositions temporaires, souvent photographiques, consacrées à l’art contemporain juif, à des figures culturelles marquantes ou à des thématiques sociales et mémorielles.

Lors de ma visite, l’expo temporaire était consacré à Henryk Reiss, un Polonais juif ayant échappé à la mort pendant la 2e guerre mondiale. Grâce à la résistance, à des prêtres et à d’anciens collègues et professeurs non juifs, il a pu adopté une identité catholique et survivre aux Nazis.

Son parcours chaotique s’est heurté à la traque des Nazis et à la collaboration avec l’ennemi de certains Polonais. Rien de neuf sous le soleil. En temps de paix comme en temps de guerre, les passions tristes et morbides ont toujours animés les Hommes. Quels qu’ils soient.

Expo temporaire dédiée à Henryk Reiss dans le Musée juif de Galicie (Galicia Jewish Museum) à Cracovie.
Expo temporaire dédiée à Henryk Reiss dans le Musée juif de Galicie (Galicia Jewish Museum) à Cracovie.

Un musée sans histoire, ni mise en contexte

Le sujet des relations polono-juives est épineux. Les nationalistes polonais et israéliens instrumentalisent l’histoire de manière à proposer une lecture binaire, peu nuancée, mais simple et facile à transmettre.

Même certaines institutions connues et respectés dans le monde entier participent à une cacophonie informationnelle.

En novembre 2025, l’Institut Yad Vashem publiait un message sur ses réseaux sociaux mentionnant « La Pologne a été le premier pays où les juifs ont été forcés de porter un insigne distinctif, afin de les isoler du reste de la population. » Puis sous ce message « le 23 novembre 1939, Hans Frank, le gouverneur du gouvernement général, a émis un ordre en vertu duquel tous les juifs de plus de 10 ans d[evai]ent porter à leur bras droit un brassard en tissu blanc de 10 centimètres de large marqué d’une étoile de David bleue »

Nul part n’est mentionné qu’Hans Frank était un nazi et que la Pologne, dont il est question, est sous occupation allemande. Pour certains c’est évident, pour d’autres, cela participent à un confusionnisme où l’on assène que les Polonais étaient coresponsables de l’extermination des Juifs. Ce qui est faux. Pour rappel, 6 millions de Polonais sont morts pendant la 2e guerre mondiale : 3 millions étaient de confession juive, 3 millions n’étaient pas juifs.

Si certains musées s’étendent sur l’histoire millénaire des Juifs de Pologne (POLIN à Varsovie), l’essentiel des lieux à Cracovie s’intéressent à la période de la 2e guerre mondiale et de l’occupation allemande : Musée de Schindler, Musée de la pharmacie sous l’aigle, ancien camp de Plaszow, Musée d’Auschwitz à Oswiecim.

La Vieille Synagogue accueille un musée sur le Judaïsme, les fêtes et traditions juives, les objets liturgiques…

Il manquait donc un musée sur l’histoire plus longue, sur les relations entre les catholiques et les juifs polonais, que le musée juif de Galicie (Galicia Jewish Museum) remplit en partie.

Ce qui voudrait être un musée d’histoire ne fournit aucun contexte. Aucune date de l’arrivées des Juifs en Galicie. Aucune carte non plus. D’où venaient-ils et pourquoi ? Aucune chronologie quelconque. Comment la communauté juive polonaise est devenue la plus importante au monde ? Aucune réponse.

Aucune description de la communauté, de son organisation sociale, de ses activités, de ses relations avec le pouvoir ou avec le peuple indigène ou avec le reste du monde d’ailleurs. Rien sur le rôle des rabbins.

Aucune description de son évolution politique, religieuse ou philosophique dans le temps. Ni au 14e, ni au 17e, ni au 19e ou au 20e siècle. La communauté juive semble avoir traversé presque 1000 d’histoire comme un bloc homogène sans aucune dynamique interne ou externe.

Alors c’est un partie-pris de présentation. Pour avoir une vision un peu plus complète, il est nécessaire de lire l’ensemble des textes (présentations et légendes) et de chercher des brides d’informations ci et là. Et à partir de là, vous pourrez construire un tableau général. Cela demande de la part des visiteurs d’y consacrer quelques heures (2/3h ?) de lecture attentive. C’est assez peu réaliste.

Exemples de photos dans l'expo permanente du Musée juif de Galicie à Cracovie.
Exemples de photos dans l’expo permanente du Musée juif de Galicie à Cracovie.

L’exposition permanente est une belle collection de photos. Le texte des légendes est parfois discutable.

Pour un lieu dont la vocation est de favoriser le dialogue interculturel (entre qui exactement ?), il est regrettable de proposer une lecture historique avec ce que je considère être des erreurs, des raccourcis ou des non-dits.

Quelques exemples parmi d’autres :

Sur une photo de la synagogue à Debica, nous découvrons l’ancien lieu de culte transformé en magasin vendant des articles scolaires. La légende décrit une vision choquante dans une ville, qui par ailleurs, a fait beaucoup pour maintenir et sauvegarder son patrimoine juif.

Ce qui n’est pas précisé, c’est que l’activité commerciale était menée en accord avec la communauté juive gérant le lieu…

Une photo de l’ancienne synagogue de Dąbrowa Tarnowska présente un batiment délabré et se lamente sur son état. La question de la propriété et l’entretien des lieux de culte juif en Pologne n’est pas un sujet simple et il n’est pas expliqué. Certains lieux appartiennent à des communautés religieuses juives, d’autres à l’état (ou à des collectivités locales) ou encore à des propriétaires privées. Un important flou juridique a longtemps prévalu quant aux propriétés privées juives nationalisées après 1945 (au même titre que toutes les propriétes privées), puis reprivatisées en 1989. Est ce que les anciens propriétaires allaient ou non faire falloir leur droit ? Qui avait intérêt à acheter et à rénover un bâtiment dans ces conditions ? Enfin, on peut se demander quel est l’intérêt de rénover une synagogue dans une ville s’il y a pas de minyan, ou un quorum avec 10 hommes participants, pour célébrer un office ? Bref, il y a de nombreuses raisons administratives, politiques et financières expliquant le délabrement ou l’absence de rénovation d’une synagogue ou d’un cimetière d’ailleurs.

Entre la photo présenté à l’expo et aujourd’hui, la synagogue a été rénovée et est devenu un centre de rencontre des cultures anciennes dédiées majoritairement à l’histoire de la communauté juive de la ville.

Une photo décrit le camp de travail puis de concentration de Plaszow dans le quartier de Podgorze : Le lieu de mort au sud de Cracovie apparaissant dans le film de Spielberg « La liste de Schindler ». La légende de la photo liste les conditions de vie atroces, les exécutions sommaires et la destruction des 200 bâtiments ayant constitué le camp. La légende se termine par une phrase laconique « le site est principalement utilisé par les locaux comme un parc aujourd’hui ».

Non, le site n’est pas utilisé comme un parc aujourd’hui. C’est un lieu de mémoire effroyable et personne ne s’y rend pour pique-niquer ou pour promener son chien. C’est assez dérangeant d’imaginer que les locaux puisse le considérer avec pareil mépris, ignorance et légèreté.

« Les archives sont incomplètes, mais de septembre 1944 à septembre 1946, au moins 327 Juifs furent assassinés par des Polonais dans 115 localités à travers le pays. Les violences cessèrent presque complètement à l’automne 1946, mais à ce moment-là, la plupart des survivants de l’Holocauste avaient conclu qu’ils n’avaient aucun avenir en Pologne. »

La violence en Pologne n’a pas cessé le 8 mai 1945. Lors des déplacements de population consécutifs aux nouvelles frontières ou lors d’accrochages armées entre des groupes des résistants polonais ou ukrainiens de nombreuses personnes sont mortes ou ont disparu sans laisser de traces (c’est le cas dans ma famille). Un climat de guerre civile a parfois prévalu et de nombreuses personnes juives ou non y ont laissé la vie. Il pouvait s’agir dans certains cas d’antisémitisme et dans d’autres cas de pur banditisme. Présumer qu’en 1946 la plupart des survivants de l’holocauste avaient conclus qu’ils n’avaient aucun avenir en Pologne est historiquement faux. De nombreux Polonais juifs sont restés en Pologne jusqu’en 1968 (année de purge antisémite organisé par le parti communiste au pouvoir) ou jusqu’à leur mort des années plus tard. Comme ce fût le cas pour Marek Edelman, commandant de la résistance juive dans le ghetto de Varsovie puis célèbre cardiologue polonais.

Café-librairie

Le musée comprend une belle librairie avec de très nombreux livres d’histoire, de reportages, romans et poésies, des livres de photos aussi. Des DVD, des CD de musique klezmer notamment. Une majorité des livres est en anglais avec une petite sélection de livre en polonais et aussi en français.

Librairie du Musée juif de Galicie à Cracovie.
Librairie du Musée juif de Galicie à Cracovie.
Galicia Jewish Museum (Żydowskie Muzeum Galicja) : Extérieur du Musée juif de Galicie à Cracovie.
Galicia Jewish Museum (Żydowskie Muzeum Galicja) : Extérieur du Musée juif de Galicie à Cracovie.

Informations pratiques

Le Musée juif de Galicie (Galicia Jewish Museum) est situé au cœur du quartier de Kazimierz, l’ancien quartier juif de Cracovie.

Adresse : Ulica Dajwór 18, Cracovie
Horaires d’ouverture : Tous les jours de 10h à 18h.
Prix d’entrée (tarif de la visite en 2026) : 35 PLN à plein tarif. Les étudiants, les séniors et les familles bénéficient de tarifs réduits.
Accès : Situé à 10 minutes à pied de la place Nowy et facilement accessible en tram depuis le centre historique (lignes vers l’arrêt Miodowa).

Site officiel : https://galiciajewishmuseum.org

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Expo photo du Musée juif de Galicie (Galicia Jewish Museum) à Cracovie.

Maciej

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