Split, une ville portuaire située sur la côte adriatique de la Croatie, possède une histoire riche qui remonte à l’Antiquité. Split nous enseigne que l’histoire peut devenir habitat, que les monuments peuvent rester des lieux de vie plutôt que des musées figés. Que ce soit quand un habitant de Split sort son linge du Péristyle romain ou qu’un café sert l’apéritif sous les colonnes de la crypte impériale. Voici quelques dates clés et périodes significatives de l’histoire de Split.

L’histoire de Split est l’une des plus singulières de l’ensemble de l’architecture et de l’urbanisme mondiaux. Nul autre endroit sur terre n’offre ce spectacle : une ville médiévale et moderne qui a littéralement poussé à l’intérieur d’un palais romain, colonisant ses galeries, ses thermes, son mausolée, ses casernes, ses cours, jusqu’à en faire la texture même de son tissu urbain.
Le palais de Dioclétien n’est pas un monument que l’on visite à Split : c’est la ville elle-même, dans ses ruelles, ses bars, ses appartements et ses boutiques. Des 3 000 personnes qui y habitent quotidiennement ne savent parfois plus distinguer ce qui est romain de ce qui est médiéval tant la fusion est totale. Cette continuité organique — l’une des plus impressionnantes du monde méditerranéen — vaut à Split son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
Avant Split : Salona et les origines grecques (IIe siècle av. J.-C. – IIIe siècle)
La région de Split avait une ville avant Split : Salona (Solin aujourd’hui), à 5 km du site du palais, qui fut la capitale romaine de la province de Dalmatie pendant plusieurs siècles.
Fondée initialement comme établissement grec (Aspálathos désignait l’arbrisseau local, le genêt blanc), elle devint sous Rome une cité prospère de plusieurs dizaines de milliers d’habitants, chef-lieu administratif et point d’ancrage de la romanisation de la côte dalmate.
C’est de Salona que venait l’homme qui allait donner naissance à Split.
Période Romaine de Split (3e siècle av. J.-C. – 5e siècle apr. J.-C.)
Dioclétien et son palais : la retraite d’un tyran bâtisseur (293 – 316)
Gaius Aurelius Valerius Diocletianus naquit vers 244 près de Salona d’une famille d’origine modeste — certaines sources suggèrent qu’il était fils d’esclave affranchi. Soldat de carrière, il s’éleva jusqu’au trône impérial en 284, réforma en profondeur l’Empire (instauration de la tétrarchie, restructuration administrative et militaire, grande persécution des chrétiens de 303) et accomplit en 305 un geste sans précédent dans l’histoire romaine : il abdiqua volontairement, premier et seul empereur à le faire librement.
Pour sa retraite, il avait fait construire entre 293 et 305 un palais-forteresse sur la côte dalmate, à proximité de sa ville natale. L’édifice est un hybride unique :
- fort militaire par sa forme rectangulaire (215 mètres de long, 180 mètres de large, superficie de 36 000 m²),
- résidence impériale de luxe par ses appartements, son mausolée octogonal, son temple de Jupiter et ses galeries de colonnes,
- caserne militaire pour la garnison permanente,
- ville presque autonome avec ses propres thermes, son aqueduc et ses entrepôts.
Les pierres de construction furent acheminées depuis les carrières de l’île de Brač — la même pierre blanche qui fut utilisée, des siècles plus tard, pour le Parlement hongrois de Budapest, le Parlement autrichien de Vienne et, selon une tradition qui demande vérification, la Maison-Blanche de Washington.
Dioclétien entra dans son palais achevé le 1er juin 305, par la porte Nord (Porta Aurea, Porte d’Or, aujourd’hui appelée Porta Septentrionalis). Il y vécut les huit dernières années de sa vie, cultivant ses légumes et refusant, selon ses propres mots rapportés par les chroniqueurs, de quitter « un si beau jardin ». Il mourut en 313 et fut inhumé dans son mausolée au cœur du Palais de Dioclétien.


Pour celles et ceux qui aimeraient creuser l’héritage grec et romain de la ville et de sa région (dont la cité antique de Salona et l’île de Vis), le Musée d’Archéologie antique de Split se trouve au nord de la vieille ville. Si la collection est assez intéressante, les descriptions et planches informatives sont uniquement en croate… ce qui est surprenant et assez décevant.
Adresse : Ul. Zrinsko Frankopanska 25, 21000, Split, Croatie


Split au Moyen-age (5e siècle – 15e siècle)
La véritable naissance de Split survint après la destruction de Salona par les Avars et les Slaves aux alentours de 614. La population de la ville romaine, cherchant refuge, s’installa derrière les solides murailles du palais impérial abandonné depuis près d’un siècle. Ce déménagement collectif fut la fondation de Split.
La transformation fut progressive mais totale :
- Les galeries de colonnes devinrent des rues commerçantes.
- Les thermes se convertirent en habitations.
- Le sous-sol du palais — les cryptoportiques et les caves voûtées — fut utilisé comme entrepôts et caves.
Et, dans la plus audacieuse des transformations symboliques, le mausolée octogonal de Dioclétien (celui qui avait ordonné la grande persécution des chrétiens) fut consacré cathédrale chrétienne dès le VIIe siècle, sous le vocable de saint Domnius (Sveti Duje), martyr dalmate tué sous les persécutions de l’empereur.
La cathédrale de Split a ainsi pour siège l’édifice le plus ancien de toutes les cathédrales européennes — et elle est installée dans la tombe de son persécuteur.
Au XIIIe siècle, un remarquable campanile roman fut érigé à côté du mausolée-cathédrale, complétant la conversion du complexe palatial en ville médiévale chrétienne.
Pour les plus curieux, un musée d’archéologie médiévale occupe un impressionnant bâtiment à proximité de la Galerie Mestrovic (joyau incontournable !) au pied de la colline de Marjan à l’ouest du centre historique. Vous y trouverez une belle collection de bijoux, des armes, des éléments décoratifs en pierre et autres reliques culturelles datant du Moyen Âge.
Adresse : Šetalište Ivana Meštrovića 18, 21000, Split, Croatie


Période Vénitienne de Split (1420 – 1797)
Après des décennies de contrôle alternant entre royaumes croato-hongrois et autonomie locale, Split accepta la domination vénitienne en 1420. Elle le fût par intermittence avant 1420… Entre l’an 1000 et la chute de la République en 1797, Split fût vénitienne pendant 550 ans !
Comme à Zadar, cette suzeraineté fut globalement favorable au développement commercial : la ville était un hub maritime essentiel pour les échanges entre Venise, la Dalmatie et les Balkans. Un foire annuelle (Fiera di Spalato) attira des marchands de toute la Méditerranée. L’hôtel de ville vénitien, la loggia Renaissance et les palais aux armoiries vénitiennes enrichirent le tissu architectural de la ville qui déborda progressivement hors des murs du palais.
La construction du campanile de la cathédrale (achevé au XVe siècle), des fortifications vénitiennes et des faubourgs extérieurs constitua la structure de la Split médiévale et moderne encore largement visible aujourd’hui.
Cette période a été caractérisée par des développements culturels, artistiques et architecturaux. La ville a subi des changements significatifs dans son urbanisme, et de nombreux édifices vénitiens ont été construits.


Histoire moderne de Split
Le XIXe siècle, sous domination austro-hongroise après 1797, donna à Split ses premières infrastructures modernes : voiries, quais, réseau d’eau courante. La région a été brièvement sous le contrôle de Napoléon Bonaparte et du royaume d’Italie entre 1805 et 1813 avant d’être reprise par les Autrichiens.
Après le Congrès de Vienne en 1815, Split est devenue une partie de l’Empire austro-hongrois. La ville a connu un développement économique, et des infrastructures modernes ont été introduites.
L’archéologue français François Carrara publia en 1850 les premières études systématiques du palais de Dioclétien, stimulant l’intérêt scientifique international pour ce monument.
Après la Première Guerre mondiale, Split est devenue une partie du Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, qui a ensuite évolué pour devenir le Royaume de Yougoslavie.
L’entre-deux-guerres, l’occupation italienne (1941-1943) puis la libération yougoslave en 1944, l’intégration dans la Yougoslavie socialiste et enfin l’indépendance croate en 1991 jalonnèrent le XXe siècle.
Aujourd’hui, Split est la 2e ville la plus peuplée de Croatie (après Zagreb) avec plus de 450 000 habitants dans son agglomération. C’est une destination touristique majeure et le principal hub maritime de la côte dalmate — son port de ferries relie les grandes îles (Hvar, Brač, Vis, Korčula) à la côte continentale et constitue l’un des terminaux de ferry les plus fréquentés de la Méditerranée orientale.


Carte de tourisme : Lieux du guide de Split
Retrouvez tous les lieux du guide sur notre carte de Split : Hôtels, monuments, musées, parcs, bars, où sortir, shopping…
Où dormir à Split (Croatie) en 2026 ?
Bon plan : Retrouvez nos suggestions d’hébergements à Split selon votre budget avec des auberges, hotels pas chers et hotels de luxe.
