Installé depuis plus d’un siècle et demi dans un ancien couvent franciscain, la section d’art anciens et d’arts appliquées du Musée national de Gdańsk compte parmi les plus anciennes institutions muséales de Pologne. Sa renommée internationale tient à un chef-d’œuvre au destin rocambolesque, le triptyque du Jugement dernier de Hans Memling. Le tableau a été capturé en mer au XVe siècle par un corsaire de Gdańsk et n’a jamais rejoint sa destination florentine.

La section d’art ancien du Musée National de Gdansk se situe dans le quartier de Dolne Miasto au sud du centre historique de Gdansk.
Les autres sites du Musée National à Gdańsk sont la section d’art moderne au palais des Abbés d’Oliwa, la section d’ethnographie de Poméranie (Oliwa), la porte Verte, le NOMUS – Nouveau musée d’art et la Galerie de photographie de Gdańsk. Autres sections en Poméranie : le musée de l’Hymne national à Będomin et le musée de la Tradition nobiliaire à Waplewo Wielkie.
Mon avis :
Le musée n’est pas incontournable mais il y a au moins 3 raisons de visiter ce musée : La collection d’art gothique (notamment les sculptures), les portraits baroques d’Andreas Stech et la collection internationale de céramiques. Si vous n’avez aucune passion pour aucune des périodes, sujets ou supports mentionnés, il y a peu de chance que vous y trouviez votre bonheur. Quoique ?
Création d’un musée à double vocation : Art ancien et arts décoratifs
L’idée d’un musée naît dès la première moitié du 19e siècle. Le sculpteur Rudolf Freitag, professeur à l’école des beaux-arts, s’installe en 1848 dans l’ancien couvent franciscain en ruine.
Il y entrepose ses propres collections et sauve le bâtiment de la démolition. L’État finit par le céder à la ville en 1864.
Le legs du marchand Carl Gottfried Klose et de ses héritiers permet enfin la création officielle du Musée municipal (Stadtmuseum) en1870.
La même année, le musée reçoit la collection du marchand Jacob Kabrun (1759-1814). Elle compte plus de 300 tableaux (surtout flamands et hollandais), près de 2000 dessins et aquarelles et environ 11000 estampes.
En 1884, le Musée des arts appliqués (Kunstgewerbemuseum) s’installe à son tour dans le couvent. Les deux institutions fusionnent définitivement en 1921.


Guerre, incendie, pillage et renaissance
Entre 1943 et 1945, les collections sont dispersées dans des dizaines de cachettes en Poméranie, puis en Allemagne centrale pour les pièces les plus précieuses.
En mars 1945, le couvent est détruit à plus de 60 %. L’incendie dure neuf jours et 301 tableaux restés sur place partent en fumée.
L’armée soviétique pille ce qui n’a pas été détruit. 98 caisses des pièces les plus précieuses retrouvées partent pour Moscou.
Le musée renaît dans les ruines et rouvre le 1er mai 1948.
> Destruction et reconstruction de Gdansk après 1945
Triptyque du Jugement dernier, une odyssée maritime
La pièce la plus célèbre des collections a été peinte par Hans Memling à Bruges à la fin des années 1460 et au début des années 1470.
Elle a été commandée par Angelo Tani (représentant des Médicis) pour l’église de la Badia Fiesolana au nord de Florence.
En 1473, le navire qui la transportait vers l’Italie est capturé par le corsaire de Gdańsk Paul Beneke. Le tableau est offert à la basilique Notre-Dame de Gdansk, où il reste près de cinq siècles.
Le pape et le duc de Bourgogne Charles le Téméraire en réclament en vain la restitution.
Le triptyque est ensuite emporté à Paris sous Napoléon, puis retenu un temps à Berlin, avant de revenir à Gdańsk.
Évacué vers l’Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est saisi par l’Armée rouge et emporté en URSS, à l’Ermitage de Léningrad (aujourd’hui Saint Petersbourg) selon la plupart des sources.
Il ne revient qu’en 1956, avec quelque 150 tableaux et 4 500 dessins et gravures. Il est alors exposé non plus à Notre-Dame mais au musée. Une copie est réalisée pour la basilique.


Collection d’art ancien
Art médiéval à Gdańsk
Dès le Moyen Âge, les Gdańskois importent volontiers des pièces des grands centres européens. Clergé, chevaliers Teutoniques, familles fortunées, guildes et confréries commandent des œuvres.
La plus ancienne sculpture du musée en est sans doute un exemple : une Vierge en majesté de la fin du 12e ou du début du 13e siècle.
Le musée conserve aussi des sculptures de Bohême et, chose rare dans les collections polonaises, des albâtres anglais (!).
Sous l’influence de la Silésie (notamment de Wroclaw), les ateliers locaux se développent dans la seconde moitié du 14e siècle et exportent vers les rives nord de la Baltique.

Des Madones sur des lions au « Beau Style »
Vers 1375 apparaît dans l’État teutonique un canon venu de Silésie aux poses artificielles, gestes théâtraux et aux visages naïfs. Les historiens de l’art l’appellent le style des « Madones sur des lions », même si les lions ne sont pas toujours présents.
Vers 1400 s’impose le gothique international ou « Beau Style » avec ses silhouettes élancées, visages idéalisés et drapés foisonnants.
Gdańsk importe ces œuvres notamment de Prague, mais en produit aussi sur place. On y voit la Vierge à l’Enfant d’Osice et une Dormition singulière, comptée parmi les plus anciennes sculptures à représenter la scène sous la forme de la « dernière prière de la Vierge ».



Retable de la Lamentation
Ce retable de l’hôpital Sainte-Élisabeth associe œuvres importées et art local. Sa caisse est fabriquée à Gdańsk et abrite trois sculptures en calcaire réalisées en Bohême à la fin du XIVe siècle. Il y a une Pietà, sainte Élisabeth et Marie-Madeleine.
Ses volets peints de scènes de la Passion constituent le plus ancien exemple conservé de peinture sur panneau gdańskoise.

Gothique tardif en Prusse royale
En 1454, lassées de la domination teutonique, Gdańsk et d’autres villes prussiennes se soulèvent. C’est le début de la guerre de Treize Ans, au terme de laquelle la région (devenue la Prusse royale) est rattachée à la Pologne.
L’Ordre disparaît des commanditaires, au profit des guildes, des confréries et des grandes familles. Les liens artistiques avec la Bohême et l’Angleterre s’effacent devant ceux avec les Pays-Bas et les villes allemandes.
Deux grandes figures arrivent alors à Gdańsk.
Michel d’Augsbourg réalise en 1510-1517 le maître-autel de la basilique Notre-Dame, le plus grand de Prusse. Admis en 1518 dans la prestigieuse confrérie Saint-Reinhold de la Cour d’Arthur, il s’engage ensuite pour la cause luthérienne contre l’Église et le conseil municipal. Il sera même condamné à un bannissement temporaire.
Maître Paul, actif dans le deuxième quart du 16e siècle, devient le sculpteur le plus en vue de la ville. Son art encore gothique annonce déjà la Renaissance.


Réforme sans iconoclasme : Luthériens et Calvinistes
Les idées de Luther trouvent des partisans à Gdańsk presque dès 1517.
En 1557, un privilège du roi Sigismond II Auguste accorde aux luthériens la liberté de culte et ils deviennent vite majoritaires. Pour Luther, le décor d’église doit instruire les fidèles : il recommande de figurer la Cène sur la prédelle, la Crucifixion au centre et la Résurrection au couronnement.
Contrairement à bien des villes européennes, Gdańsk connaît peu de destructions d’images et les anciens autels restent souvent en place.
À la fin du 16e siècle, les calvinistes, de plus en plus nombreux, dénoncent ces églises luthériennes trop semblables aux églises catholiques. Les luthériens n’en continuent pas moins à commander de nouvelles œuvres.
L’art au service de la cité
L’art public célèbre une Gdańsk pieuse, respectueuse des lois, prospère et jalouse de son autonomie politique. Il puise dans l’Antiquité, la Bible et l’allégorie pour rappeler les vertus civiques.
Les peintres « actualisent » volontiers les scènes : personnages bibliques ou antiques en costumes gdańskois sur fond de vues de la ville. Le tableau Joas répare le Temple, autrefois exposé à l’hôtel de ville, rappelait ainsi aux contribuables que la Bible elle-même justifiait l’impôt.
Andreas Stech, portraitiste des patriciens
Le portrait affirme le rang, les fonctions et la continuité des familles. Il se commande aux grandes étapes d’une vie.
Andreas Stech (1635-1697) est l’une des grandes figures de la peinture baroque gdańskoise.
Nourri de peinture hollandaise et flamande, il devient le portraitiste attitré du patriciat. Les notables se pressent dans son atelier jusqu’à l’astronome Johannes Hevelius.
Luthérien, Stech travaille pourtant aussi bien pour les églises protestantes de la ville que pour les grands établissements catholiques de la région. Il réalise de monumentales toiles religieuses pour la cathédrale d’Oliwa et pour l’abbaye de Pelplin.
Son « Autoportrait » (1675) est l’une des pièces les plus fascinantes de la galerie. Fait rare à l’époque, le peintre ne s’y montre pas en notable mais en artiste, habité par la « melancholia generosa ». Cette mélancolie féconde que l’on tenait alors pour la source du génie créateur.
Avec 21 œuvres, dont 10 tableaux et 11 esquisses, le Musée national possède aujourd’hui le plus bel ensemble consacré à l’artiste.


Peinture flamande, hollandaise et gdańskoise
Autour du triptyque de Memling, la galerie présente des œuvres de Pieter Brueghel le Jeune, Jan Brueghel l’Ancien, Jacob Swanenburgh, Paul Vredeman de Vries ou Jan Fyt.
Un vaste ensemble de peinture gdańskoise du 16e au début du 20e siècle la complète.
Le musée conserve aussi un fonds de dessins et d’estampes de toutes les écoles européennes, dont des gravures de Dürer et de Rembrandt, du mobilier gdańskois et nord-européen et des textiles du 13e au 20e siècle.
Arts décoratifs et art de la table : étain, grès et faïence
Etain, fierté gdańskoise
La collection couvre le 15e au 19e siècle, avec surtout des pièces d’usage des riches maisons bourgeoises : cruches, chopes, assiettes, plats et cuillers.
Elle comprend aussi des objets liturgiques, comme des croix, des chandeliers et des bassins baptismaux.
Fonderie et étain sont à Gdańsk une spécialité depuis le 14e siècle. L’âge d’or se situe entre la seconde moitié du 16e et la première moitié du 17e siècle. Il y a alors une 30-aine d’ateliers actifs, un nombre sans équivalent dans les autres villes polonaises.
Le métier décline à partir des années 1780 face à la porcelaine et à la faïence produites en série.

Grès rhénan
Ce grès est cuit vers 1250 °C et glaçuré au sel.
Gdańsk l’importe en masse dès le Moyen Âge de Siegburg, de Cologne, de Raeren (aujourd’hui en Belgique) et du Westerwald.
Au 18e siècle arrivent les grès bruns de Bolesławiec (Bunzlau) dont des cafetières. Selon le musée, Gdańsk aurait été la 1ere ville de Pologne où l’on servit du café !
Faïence, de Delft à Strasbourg
C’est le plus grand ensemble de la section céramique.
Il retrace la diffusion de la faïence, introduite en Europe avec l’expansion musulmane au 8e siècle. Elle passe ensuite de l’Espagne à l’Italie, où la majolique doit son nom à l’île de Majorque, port de transit de ces céramiques.
Le musée présente des pièces de Delft (à leur apogée entre 1650 et 1720) avec leur camaïeu bleu inspiré de la porcelaine chinoise importée par la VOC.
Il expose aussi des faïences de Hanau et de Francfort, de Rouen et de Strasbourg. S’y ajoutent des pièces de Suède (Rörstrand), de Poméranie et des manufactures polonaises de Pruszków et du Belweder à Varsovie, ainsi que de la faïence fine anglaise.
Gdańsk importait de la faïence de toutes ces régions comme en témoignent les pièces conservées.



Informations pratiques
La section d’art ancien du Musée National de Gdansk se situe dans le quartier de Dolne Miasto au sud du centre historique de Gdansk.
- Adresse : ul. Toruńska 1, 80-822 Gdańsk
- Horaires d’ouverture : du mardi au dimanche, de 10h à 17h ; fermé le lundi, ainsi que les 1er et 11 novembre, les 24, 25, 26 et 31 décembre 2026.
- Tarifs de visite : 25 PLN à plein tarif, 20 PLN à tarif réduit. Entrée gratuite les mardis.
- Site officiel : https://mng.gda.pl/
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Bon plan ! Vous pouvez télécharger gratuitement la carte pour une utilisation hors connexion.
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