Sur la rive nord de la baie de Gdańsk, Gdynia est l’aventure urbaine la plus étonnante de Pologne. En une quinzaine d’années, un village de pêcheurs cachoubes est devenu le premier port de la Baltique et une ville de plus de 120 000 habitants, bâtie d’un seul élan dans l’esprit de l’avant-garde moderniste. Cette « fenêtre de la Pologne sur le monde », comme on l’appelait dans l’entre-deux-guerres, a légué un centre-ville d’une cohérence exceptionnelle, aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. La ville a fêté ses 100 ans en 2026.

Histoire de Gdynia, ville nouvelle de 100 ans
Un port pour la Pologne renaissante
A la fin de la 1ere guerre mondiale, le traité de Versailles (1919) donne à la Pologne ressuscitée un accès à la mer. Une bande côtière d’environ 140 km sans port.
Le grand port de Dantzig (futur Gdansk) fait partie de la « Ville libre » d’administration majoritairement allemande. Son utilisation par la Pologne est garantie par la Société des Nations (futur ONU). Cela ne semble pas être une garantie suffisante.
Pour assurer son indépendance économique, le jeune État décide de bâtir son propre port.
L’ingénieur Tadeusz Wenda choisit le site de Gdynia (alors simple village) et en devient le concepteur en chef. En 1921 commencent les travaux d’un port militaire provisoire et d’un abri pour les pêcheurs. En 1922, le Parlement vote la loi sur la construction du port de Gdynia.


Une ville sortie de terre et ouverte sur le monde
Le chantier attire des milliers de travailleurs.
En 1926, Gdynia obtient le statut de ville. Elle compte alors 12 000 habitants, dix fois plus qu’avant le début des travaux.
Sous l’impulsion du ministère de l’Industrie et du Commerce, le port obtient d’importants financements et se développe à une vitesse spectaculaire.
Il dépasse bientôt Dantzig pour les exportations et devient le premier port de transbordement de la Baltique. En 1930 s’ouvre la première ligne transatlantique Gdynia-New York.
A la veille de la guerre la ville compte environ 127 000 habitants.



L’esprit du modernisme gdynien
Cette croissance fulgurante s’est faite dans le style de son époque.
Architectes et urbanistes adoptent les principes du modernisme des années 1920 et 1930 : simplicité des formes, fonctionnalité, béton armé et grandes surfaces vitrées.
Inspirés par la mer, beaucoup d’immeubles évoquent des paquebots, avec leurs angles arrondis comme des coques, leurs balcons en forme de passerelles et leurs fenêtres-hublots. C’est le style dit « paquebot », dont Gdynia offre l’un des ensembles les plus cohérents d’Europe.



La guerre et l’après-guerre
En septembre 1939, après une défense héroïque menée notamment par le colonel Stanisław Dąbek, Gdynia est occupée.
Les Allemands la rebaptisent Gotenhafen. Ils expulsent la quasi-totalité de sa population polonaise et transforment le port en base de la Kriegsmarine. La marine de guerre allemande.
Reconstruite après 1945, la ville retrouve sa place dans l’économie maritime polonaise. Elle est aussi un haut lieu de la contestation ouvrière : la répression sanglante de décembre 1970 y fait de nombreuses victimes, avant les grèves de 1980 qui donnent naissance à Solidarność.

Un patrimoine reconnu à l’UNESCO
Peu détruit pendant la guerre, le centre moderniste est longtemps resté sous-estimé.
Au terme de plus de vingt ans d’efforts, le centre moderniste de Gdynia avec les villas de la colline de Kamienna Góra a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO lors de la 48e session du Comité, à Busan, en Corée du Sud.
C’est le 18e site polonais de la Liste après notamment le Centre historique de Cracovie, la Mine de sel de Wieliczka, le camp d’extermination allemand d’Auschwitz ou encore la Vieille ville de Torun…
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Attractions : Que voir, visiter et faire à Gdynia ?
Centre moderniste
Le cœur de la ville se découvre à pied. Parcourez l’avenue Świętojańska, la rue 10 Lutego jusqu’au square Kościuszko (Skwer Kościuszki) ouvert sur la mer.
Façades claires, angles arrondis, bow-windows, cages d’escalier vitrées et détails Art déco y composent un véritable musée à ciel ouvert de l’architecture des années 1930.
Le centre d’information Gdynia InfoBox présente l’histoire de ce patrimoine : maquette et photos détaillées à l’appui. Il propose aussi des itinéraires de découverte. Assez génial et complètement gratuit.


Plage, boulevard du bord de mer et Kamienna Góra
Depuis le square Kościuszko, le boulevard du bord de mer (Bulwar Nadmorski) longe la plage sur environ 1,5 km jusqu’à Redłowo. Il commence par la sculpture des « Petits poissons de Gdynia », l’un des symboles de la ville.
La plage municipale (Plaża Miejska) est la plus accessible. Du sable, de la place et quelques cafés-restaurants pour boire un coup ou manger une glace. Avec plus d’options de baignade un peu plus au sud.
Sur les hauteurs, la colline de Kamienna Góra est couverte de villas modernistes de l’entre-deux-guerres. Elle offre un beau point de vue sur le port et la baie.



Port de plaisance et les navires-musées
Sur la jetée qui prolonge le square Kościuszko sont amarrés deux navires-musées.
Le Dar Pomorza est un grand trois-mâts construit en 1909. Il y a longtemps servit de navire-école de la marine marchande polonaise. C’est aujourd’hui une antenne du Musée maritime national.
Le destroyer ORP Błyskawica est le dernier destroyer de la Seconde Guerre mondiale conservé. Il est devenu un navire-musée depuis 1976. Il est lui rattaché au Musée de la Marine de guerre. Ce dernier présente en plein air des avions et hélicoptères de l’aviation navale. Il y a aussi une exposition sur l’histoire de la marine polonaise.
Tout près, l’Aquarium de Gdynia fait découvrir la faune des mers du globe.

Musée de l’Émigration
Rendez-vous à la gare maritime (Dworzec Morski) d’où partaient les paquebots transatlantiques. Le musée de l’Émigration a ouvert en 2015 dans l’ancien édifice moderniste de 1933.
Le bâtiment dont une aile avait été détruite par les bombardements alliés a retrouvé sa silhouette d’origine. Les aigles arrachés par l’occupant ont été restitués sur sa façade.
Premier musée de Pologne consacré à ce sujet, il raconte l’histoire des millions de Polonais partis vers principalement vers les Amériques, l’Europe de l’Ouest ou l’Australie. C’est riche, bien conçu et instructif. Emouvant aussi et parfois tout bonnement hallucinant de découvrir ces trajectoires de vie… exotiques.



Musée de la Ville de Gdynia
A deux pas du musée de la marine, le musée de la Ville de Gdynia (Muzeum Miasta Gdyni) raconte l’histoire de la cité à travers celle de ses habitants.
Son exposition permanente réunit 73 histoires de vie, plus de 150 objets originaux et près de 1 500 photographies.
Il accueille aussi des expositions temporaires passionnantes sur l’art, le design et l’architecture. Une vraie pépite à visiter.



Eglises et art religieux
Deux églises illustrent la richesse de l’architecture religieuse de Gdynia.
L’église du Sacré-Cœur est l’une des premières églises modernes de Pologne. Hilary Jastak fût son premier curé et aussi le premier aumônier de Solidarność. L’église garde le souvenir des victimes de décembre 1970.
À Oksywie, l’église de garnison de la Marine fut ouverte au culte deux semaines seulement avant le début de la guerre…


Orłowo : falaise, jetée et musée Szukalski
Au sud de la ville, le quartier d’Orłowo offre un tout autre visage.
On y découvre une plage bordée par la falaise d’Orłowo et la réserve boisée de Kępa Redłowska, une petite jetée et une atmosphère de station balnéaire paisible.
C’est aussi là que se trouve le musée Stanisław Szukalski, consacré au sculpteur polonais redevenu célèbre grâce au documentaire
« Struggle: The Life and Lost Art of Szukalski ».


Vie culturelle et festivals
Gdynia est une ville jeune et animée.
Elle accueille chaque année le principal rendez-vous du cinéma national : Festival du film polonais de Gdynia.
Chaque été, c’est sur une ancienne base militaire au bord de l’eau qu’a lieu l’Open’er Festival. L’un des plus grands festivals de musique d’Europe centrale et le festival le plus pointu de Pologne.
Le centre culturel Konsulat Kultury et les cafés-librairies comme Vademecum entretiennent cette vitalité toute l’année. En plus de quelques salles de concert.



Venir et loger à Gdynia
Gdynia est reliée à Sopot et Gdańsk par les trains urbains SKM, mais aussi à l’aéroport de Gdansk par la ligne PKM. Gdynia est la porte d’entrée ferroviaire à la Presqu’ile de Hel.
La gare centrale (Gdynia Główna) se trouve à environ 15 minutes à pied du square Kościuszko (vous pouvez aussi prendre le bus).
L’offre hôtelière du centre présente un bon rapport qualité-prix, certaines adresses occupant elles-mêmes des immeubles modernistes d’époque.


Carte de la Tricité : Gdansk, Sopot, Gdynia avec les lieux du guide touristique
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