Quatre jours par an, un ancien terrain militaire posé entre les hangars et la mer Baltique se transforme en ville éphémère de plusieurs dizaines de milliers d’habitants. Au programme : Rock, Hip hop, électro pointu, scène alternative et incursions dans les musiques du monde. Vingt ans après ses débuts hésitants sur une place de marché, l’Open’er Festival s’est imposé comme l’un des rendez-vous incontournables du calendrier européen. Voici comment il est né, ce qu’on y entend, comment on s’y loge et comment on s’y rend.

Une histoire née sur un anneau de patinage à Varsovie
L’histoire de l’Open’er commence loin de la mer. En 2002, la toute première édition se tient à Tor Stegny, un anneau de patinage de Varsovie. Les Chemical Brothers en tête d’affiche. L’événement s’appelle alors Open Air Festival.
Dès l’année suivante, il migre vers Gdynia et s’installe place Kościuszki où il reste jusqu’en 2005. La dernière édition sur cette place rassemble plus de 50 000 personnes.
Le festival déménage en 2006 sur le tarmac de l’ancien aérodrome militaire de Babie Doły-Kosakowo à la périphérie de Gdynia. C’est là que la manifestation prend véritablement son ampleur : passage à quatre jours, multiplication des scènes.
En 2012, une nouvelle identité « Music & Arts » est adoptée. Elle officialise l’ouverture du festival au théâtre, aux expositions et aux installations plastiques, aux côtés de la musique.
Organisé depuis l’origine par l’agence Alter Art, l’Open’er a construit sa réputation sur la fidélité des grands noms internationaux et sur son statut de podium européen.
Le festival a reçu le prix de Best Major Festival lors des European Festival Awards en 2009, 2010, 2019 et 2024. Une reconnaissance décernée par un jury et un vote du public de la filière européenne des musiques actuelles.
Programmation par familles musicales
Résumer l’Open’er à une liste d’artistes serait réducteur : le festival se pense depuis toujours comme une mosaïque de scènes musicales plutôt qu’un simple empilement de têtes d’affiche. Voici les grandes familles qui structurent sa programmation, édition après édition.
Le socle rock et pop international. C’est l’ADN du festival depuis ses débuts sur l’anneau de patinage varsovien. Au fil des éditions, la scène principale a vu se succéder Foo Fighters, Radiohead, Red Hot Chili Peppers, Pearl Jam, Muse, Arctic Monkeys, Kings of Leon, Prince ou encore The Strokes. Un axe qui va du stadium-rock aux formations les plus pointues de l’indie britannique et américain. C’est également cette famille qui accueille les têtes d’affiche pop les plus attendues, dans la continuité d’une programmation qui a par le passé réuni Coldplay et Björk sur une même affiche.
L’électro et la dance music. Depuis le concert fondateur des Chemical Brothers en 2002, l’électronique n’a jamais quitté l’Open’er. Fatboy Slim, Underworld et Faithless ont marqué les éditions des années 2000. Justice, Disclosure, deadmau5, Moby et Paul Kalkbrenner ont pris le relais dans les décennies suivantes, sans oublier Kaytranada et Flume côté production plus contemporaine. Le festival a longtemps entretenu un « Beat Stage » dédié aux DJ sets, prolongé par une zone chill-out installée dans un hangar militaire.
Jazz, soul et musiques métissées. Moins mise en avant que le rock ou l’électro, cette veine traverse pourtant régulièrement le line-up. Erykah Badu s’est produite à Gdynia en 2007, la même année que Jay-Z, tandis que D’Angelo & the Vanguard ont marqué l’édition 2013. Manu Chao, dont le métissage afro-latino-punk emprunte largement au funk et à la soul, est venu à plusieurs reprises, tout comme Gogol Bordello avec son punk tzigane. Ces propositions cohabitent en général avec un « World Stage » consacré aux musiques métissées et à la fusion.
La scène alternative et indie. C’est sans doute la famille la plus fournie du festival, portée par des artistes exigeants qui ont souvent trouvé à l’Open’er une caisse de résonance avant de devenir des têtes d’affiche ailleurs. PJ Harvey, Björk, Interpol, The National, St. Vincent, Sigur Rós, Swans et Animal Collective y ont tous joué au fil des éditions, généralement sur les scènes Tent ou Alter, plus intimistes que la scène principale.
Musiques du monde et ouverture vers l’Asie. Le festival a toujours réservé une place aux musiques venues d’ailleurs : Youssou N’Dour et Manu Chao pour l’Afrique de l’Ouest et l’Amérique latine, Tinariwen pour le désert malien, Gentleman et Matisyahu pour le reggae. Cette ouverture s’est récemment étendue à la scène asiatique : lors de l’édition la plus récente (2026), la chanteuse sud-coréenne Jennie, membre de BLACKPINK, y a assuré ce que la presse a présenté comme la première tête d’affiche k-pop de l’histoire du festival.
L’expérience du site : un aérodrome militaire devenu ville éphémère
Ce qui frappe à l’arrivée sur le site de Gdynia-Kosakowo, ce n’est pas seulement l’ampleur des scènes, mais le décor : un ancien aérodrome militaire avec ses pistes, ses hangars et son horizon plat balayé par le vent de la Baltique. L’atmosphère est presque post-apocalyptique la nuit, quand les faisceaux de lumière balaient le tarmac.
Le festival a fait de cette contrainte un atout esthétique. Les hangars ont longtemps servi d’espaces chill-out et de salles pour la partie théâtre et exposition du programme « Music & Arts », tandis qu’une tente rouge dédiée au drum & bass est devenue, à une époque, l’un des repères familiers des habitués.
Sur le plan de l’accessibilité, l’organisation revendique une politique volontariste. Le festival a mis en place plusieurs dispositifs pour les personnes en situation de handicap. Depuis 2018, le festival dispose également d’un espace refuge baptisé « Shelter », accessible à toute personne se sentant menacée ou ayant été témoin ou victime d’un comportement inapproprié.
Côté festival responsable, l’Open’er a introduit tôt le paiement sans contact généralisé (bracelet prépayé, carte ou téléphone) pour limiter les flux d’argent liquide sur site, et met en avant le tri des déchets ainsi que des points d’eau potable.
Billetterie : comprendre le système des vagues tarifaires
Comme la plupart des grands festivals européens, l’Open’er vend ses billets par vagues successives, à prix croissant à mesure que la date de l’événement approche et que la programmation se dévoile.
À titre d’exemple, tiré de l’édition 2026 et non d’une programmation à venir, la structure tarifaire s’est étagée ainsi :
- Une pool limitée réservée aux abonnés à la newsletter (ouverte quelques heures seulement) avec un pass 4 jours autour de 899 zł hors frais de service,
- Des paliers successifs jusqu’à la dernière pool dite « Final Call » où le même pass est monté à environ 1149-1199 zł.
- Le billet à la journée s’élevait à environ 549 zł, et le pass week-end à environ 829 zł. Une option avec accès au camping ajoutait plusieurs centaines de zlotys au tarif de base.
Ces montants ne doivent servir que de repère d’ordre de grandeur : ils varient d’une édition à l’autre et surtout d’une vague à l’autre au sein d’une même édition. Pour connaître les tarifs et les dates d’ouverture des ventes en vigueur, la seule source fiable est le site officiel opener.pl.
Où dormir : camping, cabines ou glamping
L’immense majorité des festivaliers dorment sur place, le billet donnant accès (moyennant un supplément) à un vaste champ de tentes attenant aux pistes.
Ces dernières années, l’offre s’est diversifiée pour proposer plusieurs niveaux de confort.
| Formule | Confort | Ce qu’elle comprend | À savoir |
|---|---|---|---|
| Camping standard (tente personnelle) | Basique | Sanitaires, douches, point de recharge, restauration à proximité | Supplément payant en sus du pass, de l’ordre de 270 à 400 zł selon le nombre de nuits lors de l’édition 2026 |
| Open’er Sleephuts | Intermédiaire | Cabine individuelle prête à l’emploi, plus intime qu’une tente classique | Réservation séparée sur eBilet.pl, capacité limitée |
| Glamping | Haut de gamme | Tente montée à l’avance, lit double (king size) ou jusqu’à quatre lits simples, accès à l’électricité | Formule introduite en 2024, places très limitées, à réserver tôt |
| Hébergement hors site (Gdynia / Trójmiasto) | Variable | Hôtel, auberge ou location à combiner avec les transports en commun | Pour un séjour couvrant les dates du festival, la presse polonaise évoquait en 2026 une fourchette de 1200 à 2300 zł par personne selon le standing |
Les tarifs précis des Sleephuts et du Glamping n’étant pas communiqués publiquement de façon détaillée, mieux vaut consulter le site officiel avant de réserver, ces formules affichant complet rapidement.
Comment venir et se déplacer sur place
Gdynia ne doit pas être confondue avec sa voisine Gdańsk. Les deux villes sont séparées d’une 30-aine de kilomètres et reliées par le SKM, le train rapide de l’agglomération de la Tricité. Comptez une 30-aine de minutes environ de gare à gare. Il faut ensuite rejoindre le site du festival plus au nord.
Pour rejoindre Gdynia depuis le reste de la Pologne, le train Intercity reste l’option la plus directe depuis Varsovie. Depuis des villes plus éloignées comme Cracovie, le trajet peut nécessiter un changement à Varsovie (ou pas) et s’étendre sur 7 et 9h.
Une partie des festivaliers privilégient l’avion jusqu’à l’aéroport Lech Wałęsa de Gdańsk ou le covoiturage.
Une fois sur place, le festival organise des navettes gratuites entre la gare centrale de Gdynia et le site de Kosakowo, en complément des lignes régulières des réseaux ZKM Gdynia et PKM.
Le terrain lui-même, qui s’étend sur plus de 80 hectares, dispose de plusieurs entrées (dont celles de Gdynia et de Kosakowo, chacune avec ses propres parkings et points d’échange de billets) qu’il vaut mieux repérer à l’avance sur le plan officiel du festival.
Revivre l’ambiance en vidéo : les aftermovies officiels
Pour se faire une idée de l’atmosphère avant de réserver, l’Open’er publie chaque année un aftermovie officiel sur sa chaîne YouTube (recherchable sous « Open’er Festival »), qui compile les meilleurs moments de scène, l’ambiance du camping et les installations artistiques de l’édition écoulée.
Informations pratiques
Le festival se tient sur le site de l’aérodrome de Gdynia-Kosakowo (Droga Zielona, Gdynia-Kosakowo), généralement fin juin ou début juillet, sur quatre jours consécutifs du mercredi au samedi.
Les dates exactes changent chaque année et sont annoncées plusieurs mois à l’avance sur le site officiel, seule source à jour pour la programmation, la billetterie et les modalités d’hébergement : opener.pl.
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