Ancienne résidence des abbés cisterciens, le palais des Abbés abrite aujourd’hui le département d’art moderne (Oddział Sztuki Nowoczesnej) du Musée national de Gdańsk, l’une des plus anciennes institutions muséales de Pologne. Entre peinture polonaise du 19e siècle, colorisme de l’école de Gdańsk, abstraction d’après-guerre et fonds théâtral unique dans les musées nationaux du pays, le lieu offre une double plongée, dans l’histoire de l’abbaye d’Oliwa et dans celle de l’art polonais des deux derniers siècles.

Au cœur du parc d’Oliwa dans le quartier… d’Oliwa, à quelques pas de la cathédrale d’Oliwa, le Pałac Opatów déploie sa façade rococo au milieu d’arbres gigantesques et majestueux.
Pour info, le département du Musée d’art moderne se structure sur plusieurs sites :
- La Collection d’art moderne et la Section théâtrale installées au palais (l’objet de notre article),
- NOMUS, nouveau musée d’art (Nowe Muzeum Sztuki) et la Galerie photographique de Gdańsk, toutes deux hébergées dans un bâtiment des anciens chantiers navals,
- Une galerie de sculpture gdańskoise contemporaine en plein air, dans le parc d’Oliwa, complète l’ensemble.
Une résidence abbatiale aux origines médiévales
Vieux Palais gothique
La résidence s’organise selon un plan en fer à cheval incomplet, autour d’une cour d’honneur.
Son aile latérale, dite Vieux Palais (Stary Pałac Opacki), remonte probablement au 15e siècle et a été maintes fois remaniée.
Elle souffre notamment des affrontements de 1577 entre Gdańsk et le roi de Pologne Étienne Báthory. Au cours desquels l’abbaye d’Oliwa est dévastée avant d’être reconstruite sous l’abbé Kaspar Geschkau.
De cette phase médiévale subsistent une voûte gothique d’ogives et un fragment de mur ancien conservés dans les caves du bâtiment.
Nouveau Palais rococo
Le corps principal, dit Nouveau Palais (Nowy Pałac Opacki), reçoit sa forme actuelle entre 1754 et 1756 à l’initiative de Józef Jacek Rybiński, dernier abbé polonais d’Oliwa.
Il s’agit d’un volume simple et léger, de plan rectangulaire, coiffé d’un toit mansardé. Les façades ouvertes par de grandes baies, sont rythmées de pilastres et de panneaux ornés de rocailles. La façade côté jardin s’achève par un pignon ondulé.
À l’intérieur, les décors de stuc atteignent leur plus grande richesse dans la Salle de musique, dont les ornements reprennent des motifs d’instruments.


Le parc autour du palais est aménagé vers 1760. Ses jardins à la française avec leurs parterres géométriques et leur longue perspective formée par une large allée de tilleuls prolongée d’un canal. Elles sont complétés au 19e siècle par une partie paysagère à l’anglaise, avec buttes, grottes, bassins et cascades.
Le palais est presque entièrement détruit par un incendie en 1945. Sa reconstruction s’achève en 1965.


Collections du Musée d’art moderne
La collection d’art moderne et contemporain du Musée national de Gdańsk couvre l’art du 19e siècle jusqu’aux pratiques les plus récentes.
Elle s’est constituée presque entièrement après 1945, à partir de transferts de l’État, d’achats, de dépôts et surtout de dons d’artistes et de collectionneurs.
Elle est organisée en ateliers de conservation : peinture polonaise du XIXe et du début du XXe siècle, peinture et dessin contemporains, estampe, tissage artistique, sculpture et céramique.
Peinture polonaise du XIXe et du début du XXe siècle
Le fonds offre aujourd’hui un panorama des grandes tendances de l’époque. C’est une période foisonnante et passionnante à découvrir si vous ne connaissez rien ou pas grand chose à l’histoire de l’art polonaise.
Le romantisme est représenté par Piotr Michałowski, le portrait par Andrzej Grabowski, Wojciech Gerson et Aleksander Kotsis, et le paysage par Józef Chełmoński, Jan Stanisławski et Stanisław Kamocki.
La peinture historique, parfois associé à l’époque romantique, est incarnée par une seule toile de Jan Matejko, « La Mort de Leszek le Blanc » (1880). Cette huile de petit format montre l’assassinat du duc de Cracovie, fils de Casimir II le Juste, lors de l’assemblée des ducs à Gąsawa en 1227.
Les tendances impressionnistes apparaissent à travers Władysław Podkowiński, Józef Pankiewicz, Leon Wyczołkowski et Julian Fałat.
Les élèves de Matejko sont également présents. Le musée possède six tableaux de Jacek Malczewski, passé de la peinture d’histoire au symbolisme, et un unique mais remarquable portrait d’Irena Solska par Stanisław Wyspiański. L’actrice avait créé en 1901 le rôle de Rachel dans Les Noces, la pièce du peintre.
Neuf toiles d’Olga Boznańska, portraits féminins et natures mortes de fleurs, donnent la mesure d’une artiste partagée entre Cracovie, Munich et surtout Paris.
Wojciech Weiss fait le lien avec l’entre-deux-guerres. Une seule toile de Tadeusz Makowski, « La Petite Paysanne », porte clairement l’empreinte de la période bretonne de Gauguin.




Peinture et dessin de l’après-guerre
La toute première œuvre contemporaine entrée dans les collections est une aquarelle d’Antoni Suchanek, composition symbolique sur les destructions de la guerre.
Ce n’est toutefois qu’à partir des années 1960 que l’art contemporain est collectionné de manière méthodique.
Le colorisme d’après-guerre constitue le point fort de la collection. Les années 1970 et 1980 ouvrent la collection à l’abstraction polonaise.
La collection compte aussi un ensemble d’œuvres d’artistes de la scène française, parmi lesquels Georges Braque, Vassily Kandinsky et Marc Chagall, ainsi que trois sérigraphies de Fernand Léger du début des années 1950.
Elle conserve enfin un fonds de gravures de Günter Grass, natif de Gdańsk, que le musée présente comme unique dans les collections publiques polonaises.
L’estampe, miroir de la mer et de la Poméranie
Le fonds d’estampes contemporaines prolonge d’abord la tradition en noir et blanc de l’entre-deux-guerres.
Les graveurs arrivés après 1945 de Wilno / Vilnius et de Lwow / Lviv sont fascinés par le littoral et par les représentations maritimes anciennes du Musée de Poméranie.
Ce fonds documente aussi l’émancipation de l’estampe comme discipline à part entière, avec de grands formats, des couleurs vives et une iconographie contemporaine.
Le tissage artistique et l’école de Sopot
La collection de tissage artistique, modeste mais cohérente, retrace le développement de la tapisserie d’artiste sur le littoral.
Son originalité tient à l’atelier de Józefa Wnukowa à l’école des beaux-arts, qui développe la sérigraphie sur tissu en s’inspirant des tentures peintes ou imprimées italiennes.
Les élèves de l’école créent de grandes tentures à l’univers féerique de plantes, d’oiseaux et de personnages stylisés. Ces œuvres étaient commandées pour des monuments ou des bâtiments publics, comme l’hôtel de ville principal de Gdańsk ou la Philharmonie de Bydgoszcz.
Les années 1970 voient le retour de la tapisserie de lisse, avant que les générations suivantes n’explorent le collage, l’appliqué ou l’assemblage, à la frontière de la sculpture et de l’installation.
Sculpture, céramique et nouveaux médias
La collection de sculpture reflète surtout la création des sculpteurs du littoral dans les années 1960 et 1970.
La céramique compte une plus forte proportion d’artistes étrangers grâce aux expositions internationales des années 1970. Les œuvres créées lors des rencontres internationales de céramistes de Kadyny constituent le cœur le plus précieux.
Le musée s’est récemment ouvert aux nouveaux médias avec l’acquisition de nouvelles œuvres.


Musée en plein air de sculptures
Depuis 1976, le parc d’Oliwa (où se situe le musée) accueille une galerie de sculpture contemporaine. Les œuvres sont disséminées le long des allées.
La promenade commence par le « Patriarche » (1975) de Romuald Frejer. L’œuvre se dresse presque en face de l’entrée principale du Palais des Abbés.
C’est une sculpture massive, taillée dans un seul bloc de granit. Une pierre très dure. Elle représente un homme. Sa silhouette, très stylisée, se compose de plans géométriques. Le Patriarche désigne le chef d’une famille ou d’une lignée, mais aussi le plus haut dignitaire d’une Église.
« Mise en forme – La Naissance de Vénus » de Zygfryd Korpalski est entièrement réalisée en matière plastique et est très légère. Ses formes s’étirent de part et d’autre comme un organisme vivant en train d’éclore ou comme un jeu d’osselets polie pour l’eau.
L’artiste s’est inspiré du mythe de la naissance de la déesse de l’amour. Selon la légende, Vénus serait née de l’écume de la mer. La sculpture devait donc elle aussi surgir de l’eau. À l’origine, elle était placée au milieu d’un étang du parc et flottait doucement à la surface, tournant au gré du vent. Aujourd’hui, elle se tient à l’entrée du Palais des Abbés.



- « Patriarcha » de Romuald Frejer
- « Tors » de Stanisław Horno-Poptawski
- « Król i królowa » de Wiesław Pietron
- « Niobe » de Janina Stefanowicz-Schmid
- « Przedwonie » d’Anna Pietrowiec
- « Macierzyństwo » de Marian Wnuk
- « Pokusa » d’Albert Zalewski
- « Bogini trawy » d’Alfred Wiśniewski
- « Ekstremum » de Czesław Ciesielski
- « Odpoczynek » d’Irena Loroch
- « Prześwit » de Stanisław Konieczny
- « Ewaiadam » de Sławoj Ostrowski
- « Lawica » de Zdzisław Koseda
- « Ptak » d’Irena Zabrocka
- « Macierzynstwo » de Zygmunt Kępski
- « Kształtowanie-narodziny wenus » de Zygfryd Korpalski
- « Zagle » d’Adam Smolana
- « Kosynierom Gdyni » de Zbigniew Zabrocki
Théâtre, une collection unique en Pologne
Le palais abrite aussi une Section théâtrale, la seule de ce type dans les musées nationaux polonais et le seul centre de collecte d’objets de théâtre du nord de la Pologne. Elle réunit environ 6 500 œuvres artistiques, 2 650 photographies et 3 400 documents.
On y trouve des projets de décors et de costumes, des collages et des maquettes de scénographes. La section conserve aussi une collection unique de marionnettes en bois du théâtre de marionnettes de Vilnius (Wileński Teatr Łątek) des années 1940 et 1950, ainsi que des costumes du Teatr Wybrzeże.
En confrontant projets, photographies de premières et costumes, le fonds permet de reconstituer le processus de création d’un spectacle. Il n’est cependant visible qu’à l’occasion d’expositions temporaires.

Informations pratiques
Le Pałac Opatów se trouve dans le parc d’Oliwa (quartier Oliwa), à proximité immédiate de la cathédrale et du grenier des Abbés où se trouve le musée d’ethnographie.
- Adresse : ul. Cystersów 18, 80‑330 Gdańsk.
- Accès : La gare de Gdańsk Oliwa desservi par le train urbain SKM se trouve à une dizaine de minutes à pied du parc.
- Horaires d’ouverture : Du mardi au dimanche de 10h à17h. Fermé le lundi. Entrée gratuite le mardi.
- Tarifs de visite : 25 PLN à plein tarif (en 2026).
- Site officiel : https://mng.gda.pl/lokalizacje/oddzial-sztuki-nowoczesnej-w-palacu-opatow/
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