A Oliwa dans un massif bâtiment baroque aux petites fenêtres cintrées abrite l’une des collections les plus attachantes du Musée national de Gdańsk (Muzeum Narodowe w Gdańsku). Le département d’ethnographie (Oddział Etnografii) y raconte, à travers barques, charrues, ruches et ustensiles de cuisine, la vie quotidienne des campagnes de Poméranie de Gdańsk entre le milieu du XIXe et le milieu du XXe siècle. Cachoubes, Kociewiens, Borowiacy, habitants du Powiśle et des Żuławy y apparaissent comme les acteurs d’une économie paysanne encore largement autosuffisante, où l’on fabriquait soi-même une grande partie des outils nécessaires à l’existence.

Ruches traditionnelles dans le Musée d'ethnographie d'Oliwa à Gdansk.
Ruches traditionnelles dans le Musée d’ethnographie d’Oliwa à Gdansk.

Le Musée d’ethnographie de Gdansk se trouve dans le quartier d’Oliwa au nord du centre historique de Gdansk et à quelques pas de la Cathédrale d’Oliwa dans l’un des parcs les plus élégants de Gdańsk : le Parc d’Oliwa.

Mon avis :

La Pologne a une tradition des musées ethnographiques assez forte. Musée et skansen pour les institutions en plein air, inspiré du village de maisons traditionnelles de Stockholm. La culture paysanne est un volet complémentaire et essentielle à la culture nobiliaire pour comprendre et apprécier le pays. En comparaison des très bons musées ethnographiques de Cracovie, Varsovie, Torun ou Sanok, celui de Gdansk est moins riche, moins grand et certainement moins impressionnant. Cela étant dit, la muséographie est lisible et assez classique. Les objets sont plus sobres et peut être moins flamboyants et colorés que dans d’autres régions polonaises mais restent intéressants voire surprenants à découvrir. La partie liée à la pêche comprend peut être le plus d’objets insolites. A réserver pour les passionnés d’ethnographie… et de pêche ?

Grenier des abbés, témoin de la puissance cistercienne

Le musée occupe le grenier des abbés (Spichlerz Opacki) construit en 1723.

Fondée au Moyen Âge, l’abbaye cistercienne d’Oliwa était alors l’un des grands propriétaires fonciers de la région.

Ce bâtiment de stockage témoigne de l’importance économique de ses domaines agricoles. L’édifice compte trois niveaux et se distingue par ses petites ouvertures en plein cintre, fermées de volets de bois.

Au-dessus de l’arc de l’entrée, un cartouche porte encore la date d’achèvement des travaux et les armoiries de l’abbé bâtisseur.

Collection du musée d’ethnographie de Gdansk

Le fonds compte aujourd’hui environ 10 000 objets, réunis au fil d’enquêtes de terrain et de collaborations avec les artisans populaires de la région.

Ils proviennent principalement de Cachoubie, de Kociewie, des Żuławy, du Powiśle et des forêts de Tuchola (Bory Tucholskie) et couvrent pour l’essentiel la période allant du 18e au 20e siècle. Certaines pièces sont plus anciennes et remontent au 16e siècle voire à la préhistoire.

Le département gère également plusieurs ensembles d’intérêt suprarégional : une collection extra-européenne, des objets, photographies et archives apportés par les populations déplacées des anciens confins orientaux de la Pologne (Kresy) après 1945, ainsi que des collections comparatives issues des régions voisines, comme la Couïavie, la Pałuki, la Warmie et la Mazurie.

Seule une partie de ce fonds est exposée dans le grenier, le reste étant conservé dans les réserves du palais des Abbés.

Sa programmation comprend notamment un cycle de cinéma documentaire (Etnomatograf), un festival de films autochtones et des rendez-vous consacrés à la musique traditionnelle et au patrimoine culinaire.

Exposition permanente : la Poméranie de Gdańsk au quotidien

Mosaïque de groupes ethnographiques

L’exposition permanente « Culture populaire de la Poméranie de Gdańsk » (Kultura ludowa Pomorza Gdańskiego) s’organise non pas par territoire mais par activité.

Elle permet de suivre les grandes occupations qui structuraient l’existence les Cachoubes, population slave à la langue propre, majoritaires dans les collections, mais aussi celles des autres peuples de la région.

Pêche, culture de la terre, élevage et transformation domestique des aliments forment les quatre piliers du parcours accompagné d’un fond sonore qui évoque l’atmosphère d’un village poméranien traditionnel.

Dans le musée ethnographique d'Oliwa à Gdansk.
Dans le musée ethnographique d’Oliwa à Gdansk.

Pêche entre lacs et mer Baltique

La section consacrée à la pêche rappelle combien l’eau, celle des nombreux lacs cachoubes comme celle de la Baltique, rythmait la vie de nombreuses communautés.

On y découvre une pirogue monoxyle (dłubanka) creusée dans un seul tronc, des caisses-viviers appelées sadze dans lesquelles on conservait le poisson vivant, ainsi que filets, nasses tressées et paniers servant à la capture et au transport des prises.

Cet ensemble illustre une pêche artisanale qui associait savoir-faire technique et connaissance fine des milieux aquatiques.

caisses-viviers de Cachoubie (1930) pour retenir les poissons vivants appelées sadze au Musée d'ethnographie de Gdansk.
caisses-viviers de Cachoubie (1930) pour retenir les poissons vivants appelées sadze au Musée d’ethnographie de Gdansk.
Tire filet en bois sculpté dans le Musée ethnographique de Gdansk.
Tire filet en bois sculpté dans le Musée ethnographique de Gdansk.

Travail de la terre et l’élevage

Les instruments agricoles occupent une place importante : charrues, herses et faux disent la dureté d’un travail longtemps effectué à la force des bras et des animaux de trait.

La pièce la plus singulière de cette section est le karak, un énorme araire à roues employé sur les sols lourds des Żuławy.

L’apiculture est évoquée par des ruches de paille et des outils d’apiculteur présentés devant une grande photographie d’archives d’une ferme villageoise.

Foyer et transformation domestique

Une autre partie du parcours est consacrée à l’économie domestique.

Récipients en céramique et en métal, contenants de bois, bols, gobelets et cuillères de bois ou de métal composent le décor d’une maison rurale où l’on transformait soi-même les produits de la ferme.

Ces objets modestes, souvent fabriqués sur place ou acquis auprès d’artisans locaux, constituent un témoignage précieux sur l’alimentation et les gestes quotidiens des familles paysannes.

Girouettes dans le Musée d'ethnographie d'Oliwa à Gdansk.
Girouettes dans le Musée d’ethnographie d’Oliwa à Gdansk.

Salle des Żuławy et l’art de la maison

L’exposition propose également la reconstitution d’une pièce d’habitation des Żuławy, meublée de mobilier et d’objets domestiques richement ornés, caractéristiques de cette région où l’aisance relative des exploitations se lisait dans le décor intérieur.

Des éléments d’ornementation architecturale complètent cet ensemble : pazdury, ces décorations faîtières qui couronnaient les pignons, ornements de vérandas et girouettes, tandis que des photographies montrent l’aspect de l’architecture régionale.

Cachoubie au-delà de l’exposition permanente

Si la culture matérielle cachoube irrigue l’ensemble du parcours, d’autres aspects de l’identité régionale apparaissent au fil des expositions temporaires et des événements.

La broderie cachoube, reconnaissable à ses motifs floraux aux tons de bleu, a ainsi été mise à l’honneur en 2026 avec l’exposition « Cousines d’aiguille. 50 ans du club de broderie des Sept Couleurs » (Kuzynki po igle. 50 lat hafciarskiego Klubu Siedmiu Kolorów), consacrée à un collectif de brodeuses et à leurs histoires.

Entre décembre 2024 et mars 2026, le musée a également présenté une exposition consacrée à Józef Chełmowski, artiste populaire poméranien dont l’œuvre mêle cosmos, figures sacrées et interrogations sur la condition humaine.

Le programme évoluant régulièrement, il est conseillé de consulter le site du musée avant la visite.

Jardin du musée : Art naif et foire d’été

Le grenier est bordé d’un jardin qui prolonge naturellement la visite. On y découvre des chapelles de bois polychromes abritant des figures de saints, ainsi que des ruches figuratives sculptées par des artisans populaires proches du musée.

Ce jardin accueille la Foire ethnographique d’été (Letni Jarmark Etnograficzny) où artisans, brodeuses, céramistes, sculpteurs sur bois et cercles de femmes rurales présentent leurs productions. Des ateliers, concerts et des rencontres culinaires interculturelles ont lieu. Très chouette ambiance sur place.

Informations pratiques

Le Musée d’ethnographie se trouve dans le parc d’Oliwa au nord du centre historique de Gdansk.

Adresse : 19, rue Cystersów (80-330 Gdańsk)
Horaires d’ouverture : Le musée est ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 17 h et fermé le lundi. En 2026, il est également fermé les 1er et 11 novembre ainsi que les 24, 25, 26 et 31 décembre.
Tarif de la visite (en 2026) : 25 zl à plein tarif.
Site officiel : https://mng.gda.pl/lokalizacje/oddzial-etnografii/

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Maciej Poltorak

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