Amateur de style fleuri, de mosaïques, vitraux et de design, ne manquez pas le plus exemple d’Art Nouveau à Olomouc. Ancienne villa de mécènes, elle a de beaux restes malgré les soubresauts de cette région du monde au 20e siècle.

Art Nouveau : Vila Primavesi à Olomouc.
Art Nouveau : Vila Primavesi à Olomouc.

La Vila Primavesi se situe dans la vieille ville d’Olomouc à 50 mètres de l’église Saint Michel, la plus belle de la ville. Deux lieux incontournables pour les passionnés d’art.

Sa façade asymétrique et presque biscornue annonce sans tambour qu’il se cache ici une histoire pas tout à fait comme les autres, entre conte de fées et fin d’une civilisation.

Gustav Klimt, Josef Hoffmann et Anton Hanak s’y sont croisés, réunis autour d’un couple de mécènes aussi fortunés que passionnés.

Bon à savoir : Consultez les horaires des visites guidées en tchéque ou en anglais. Des planches explicatives en français sont à disponible aussi.

A vol d’oiseau, Olomouc est plus proche de Vienne que de Prague. Pas étonnant que la vibrante capitale de l’empire d’Autriche Hongrie à laquelle appartenait alors Olomouc (et Prague aussi d’ailleurs) ait subi son influence artistique.

L’Art Nouveau sous différentes appellations apportait au monde sa fantaisie, ses fleurs et ses volutes. Dans cette partie de l’Europe, on parlait de Sécession viennoise. Vous en trouverez naturellement des traces dans les villes de l’ancien empire : Belgrade, Bratislava, Budapest, Cracovie, Karlovy Vary, Ljubljana, Lviv, Oradea…

Art Nouveau : Ce qu’il reste de la décoration intérieure d’origine

La villa et les Primavesi ont traversé l’histoire mouvementée de la Mitteleuropa non sans égratignures. C’est le moins que l’on puisse dire pour quelqu’un se mettant une balle dans la tête…

A son âge d’or, la Villa comptait derrière ses murs une des collections d’art les plus denses jamais réunies dans une résidence privée d’Europe centrale.

La villa a de beaux restes, entre son escalier d’entrée, son hall et sa salle à manger notamment. La visite guidée actuelle ne couvre que le rez-de-chaussée.

Une bonne part du mobilier historique a disparu au fil des reconversions successives du bâtiment. Les pièces manquantes ont été remplacées par des copies permettant d’évoquer l’atmosphère d’origine plutôt que de la restituer à l’identique.

Le café occupe le jardin avec sa pergola ouvrant sur les anciens remparts et les arbres du jardin botanique d’Olomouc.

Escalier

L’escalier menant à l’entrée est décoré d’une mosaïque dans un esprit neo-roman à la Klimt. Cela donne le ton.

Mosaïque Art Nouveau dans la Villa Primavesi à Olomouc.
Mosaïque Art Nouveau dans la Villa Primavesi à Olomouc.

Hall

Le hall central est la pièce la plus somptueuse et parmi les mieux conservées de la demeure.

Conçu comme le véritable centre de la vie familiale. Un immense vitrail représente une vue panoramique d’Olomouc datée de 1706, un plus petit reprend un paysage automnal de fleurs mortes.

Une petite fontaine intégrée au hall comptent parmi les rares éléments décoratifs d’origine ayant traversé le siècle sans altération majeure.

La cheminée du hall, œuvre de Hanak, porte encore une inscription en allemand méditant sur le mouvement perpétuel de la vie.

Un escalier de bois mène à la galerie du premier étage.

Vitraux Art Nouveau de la Villa Primavesi à Olomouc.
Vitraux Art Nouveau de la Villa Primavesi à Olomouc.
Fontaine-mosaïque dans la Villa Primavesi à Olomouc.
Fontaine-mosaïque dans la Villa Primavesi à Olomouc.
Vitraux dans la Villa Primavesi à Olomouc.
Vitraux dans la Villa Primavesi à Olomouc.

Salle à manger

La salle à manger recouverte de bois est prolongée par un jardin d’hiver.

Elle conserve le souvenir du mobilier conçu spécialement par Hanak. En 1915, Josef Hoffmann lui-même supervise de légers aménagements intérieurs, complétant ainsi son implication initiale dans le mobilier de deux pièces de la maison.

Salon de la Villa Primavesi à Olomouc.
Salon de la Villa Primavesi à Olomouc.
Chaise de Mackintosh dans la Villa Primavesi à Olomouc.
Chaise inspiré de Mackintosh dans la Villa Primavesi à Olomouc.
Lustre de la salle à manger dans la Villa Primavesi à Olomouc.
Lustre de la salle à manger dans la Villa Primavesi à Olomouc.

Une commande de banquiers-mécènes

L’histoire commence avec Otto Clemens Primavesi, cinquième génération d’une famille de banquiers d’origine lombarde installée à Olomouc depuis la fin du XVIIIe siècle, et son épouse Eugenia, née Butschek, comédienne viennoise en vue.

En 1905, le couple acquiert deux anciennes maisons Renaissance situées sur le tracé des anciens remparts de la ville, à quelques pas de l’église Saint-Michel, et y fait édifier une résidence à la mesure de son rang social et de ses ambitions culturelles.

Le terrain n’est pas choisi au hasard : niché entre l’ancienne université, l’église baroque et le parc aménagé sur les vestiges des fortifications, il offre un cadre à la fois urbain, verdoyant et retiré, idéal pour un couple qui entretient des liens étroits avec le milieu artistique viennois.

Carte postale de la Villa Primavesi au dessus du jardin botanique.
Carte postale de la Villa Primavesi au dessus du jardin botanique.

Les Primavesi deviennent rapidement des mécènes de tout premier plan. Otto Primavesi finance les célèbres ateliers d’art appliqué de la Wiener Werkstätte et en assure même la direction entre 1913 et 1925. Eugenia, grâce à son passé de comédienne, entretient des contacts permanents avec la scène artistique et théâtrale de la capitale autrichienne.

C’est cette double appartenance, celle de banquiers moraves et celle de figures du monde culturel viennois, qui explique la densité exceptionnelle du décor accumulé dans la villa jusqu’en 1918.

Reproduction d'un tableau de Klimt à la Villa Primavesi à Olomouc.
Reproduction d’un tableau de Klimt, ami de la famille à la Villa Primavesi à Olomouc.

Architectes : Franz von Krauss et Jozef Tölk

Le duo viennois Franz von Krauss (1865-1942) et Josef Tölk (1861-1927) conçoit la villa entre 1905 et 1906 en s’inspirant explicitement du modèle de la villa anglaise :

  • Séparation entre espaces de réception et espaces intimes,
  • Hall central organisant de la circulation,
  • Toiture mansardée surhaussée destinée à mieux dialoguer avec l’environnement baroque immédiat.

Les deux architectes dessinent eux-mêmes l’essentiel du mobilier et des aménagements intérieurs. Leur réalisation est confiée aux ateliers d’art viennois d’Anton Pospischil.

Le peintre Gustav Klimt et les Primavesi

Gustav Klimt fut un hôte régulier de la villa et un intime de la famille, au point de réaliser pour elle une série de dix-sept œuvres. Deux portraits en particulier sont restés célèbres.

  • Le portrait d’Eugenia Primavesi, peint en 1913-1914, aujourd’hui conservé au musée Toyota au Japon,
  • Le portrait de leur fille Mäda, alors âgée de neuf ans, peint vers 1912 et aujourd’hui exposé au Metropolitan Museum of Art de New York après être passé, au fil de la faillite des Wiener Werkstätte, entre plusieurs collections privées.

Ces deux tableaux constituent le témoignage le plus important du lien qui unissait le peintre viennois à cette maison morave.

Portrait de Mada Primavesi par Gustav Klimt, aujourd'hui au Musée du MET à New York.
Portrait de Mada Primavesi par Gustav Klimt, aujourd’hui au Musée du MET à New York.
Portrait d'Eugenia Primavesi par Gustav Klimt au Musée Toyota au Japon.
Portrait d’Eugenia Primavesi par Gustav Klimt au Musée Toyota au Japon.

Ascension et chute de la Maison Primavesi

La famille s’installe dans la villa dès son achèvement avec ses quatre enfants et plusieurs domestiques.

Jusqu’en 1914, cette existence suit le rythme des saisons viennoises et des séjours au domaine familial de Kouty nad Desnou dans les Jeseníky. Les mêmes artistes : Klimt, Hanak et Hoffmann sont régulièrement reçus.

La Première Guerre mondiale interrompt cette insouciance. Comme partout dans les pays tchèques, les restrictions alimentaires, la mobilisation et l’incertitude politique pèsent sur le quotidien.

L’effondrement de l’Empire austro-hongrois en 1918 prive brutalement les Primavesi de l’essentiel de leur influence. Industriels et banquiers de langue et de sensibilité allemandes, profondément attachés à l’ordre monarchique déchu, ils voient leur monde bouleverser.

Dans la nouvelle Tchécoslovaquie indépendante, le pouvoir économique et politique bascule résolument vers l’élément tchèque.

Le départ ne se fait cependant pas du jour au lendemain : la famille quitte progressivement Olomouc entre 1918 et 1922 pour se réinstaller à Vienne. Il cède la villa elle-même en 1923 à la Société par actions des raffineries paysannes de sucre de Přerov, entreprise morave dans laquelle il conserve des parts.

Les difficultés se multiplient pour Otto Primavesi. Sa banque périclite peu à peu tandis qu’il continue de financer à perte les ateliers viennois de la Wiener Werkstätte. En juin 1925, pressé par des difficultés financières croissantes, il transfère sa participation dans les ateliers à son épouse Eugenia pour la soustraire à une éventuelle faillite personnelle. Il se retire du conseil d’administration et divorce. Sa banque fait faillite en avril 1926. Il se suicide à Vienne, à l’âge de soixante ans

Eugenia tente ensuite de maintenir à flot les ateliers viennois, sans parvenir à éviter leur faillite définitive en 1932. Elle s’éteint en Autriche en 1962. Leur fille aînée, Magdalena Gertruda dite Mäda, émigre au Canada. Elle consacre une partie de sa fortune à un orphelinat pour enfants malades qu’elle fonde et dirige elle-même, avant de mourir à 97 ans.

La villa sous l’Occupation et la fin de la guerre

Revendue en 1926 au docteur František Koutný, la villa change alors radicalement de vocation. Elle devient une clinique privée. Une bonne partie des œuvres de Hanak disparaissent.

La villa traverse ainsi l’ensemble du second conflit mondial sous cette fonction hospitalière, à l’écart des grands événements qui frappent la ville.

Olomouc elle-même n’est libérée qu’au prix de combats acharnés les 6, 7 et 8 mai 1945, quelques jours après la capitulation allemande sur le front occidental : plusieurs poches de résistance allemande, retranchées jusque dans des bunkers fortifiés du quartier voisin du Michalský výpad, tenant tête aux troupes soviétiques jusqu’aux dernières heures du 8 mai.

De la nationalisation à la restauration contemporaine

Transformée en simple antenne de dispensaire d’État après sa nationalisation, la villa connaît alors sa période la plus sombre. Le mobilier est dispersé, une partie des boiseries de la salle à manger disparaît, elle est même un temps reconvertie en salle de sport…

Classée monument culturel dès les années 1980, elle doit attendre plusieurs tentatives infructueuses de reprise par des investisseurs privés pour qu’une restauration entre 1997 et 2007 ne lui rende enfin son lustre d’origine. Elle est classée monument culturel national en 2010. Des visites guidées ont lieu depuis 2018.

Informations pratiques

Adresse : Univerzitní 224/7, 779 00 Olomouc, entre l’ancienne université et le parc aménagé sur les anciens remparts, à deux pas de l’église Saint-Michel.

Visite : le rez-de-chaussée de la villa se visite dans le cadre de visites guidées organisées à dates fixes, dont le calendrier et la billetterie sont publiés sur le site officiel ; le jardin et son café restent accessibles librement en semaine.

Site officiel : vilaprimavesi.cz

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Maciej Poltorak

J'aime me perdre à la recherche d'endroits surprenants.