Le Muzeum umění impressionne d’abord à travers sa façade entre Art Nouveau et cubisme dans un mélange sans équivalent en dehors de Tchéquie. Avec près de 200 000 pièces sous sa garde, cette institution se hisse juste derrière la Galerie nationale de Prague par la taille de ses collections.

Collection permanente, un siècle d’art tchèque sous tension
Le cœur de la visite est l’exposition permanente Století relativity (« Le siècle de la relativité »), installée au deuxième étage et sous les combles du bâtiment.
Son titre emprunté à une réplique d’un film de comédie tchèque bien connu résume une ambition assumée. Présenter le meilleur d’un art du XXe siècle par nature contradictoire et tiraillé entre courants et partis pris esthétiques opposés.
Le parcours s’ouvre sur les derniers feux de l’impressionnisme et les premières inquiétudes symbolistes et décadentes du début du siècle.
Chronologiquement suivent l’expressionnisme, le cubisme et le cubo-expressionnisme tchèques, le civilisme et l’exotisme des années 1920. La fin de cette décennie et les années 1930 sont consacrées à l’abstraction et au surréalisme, avant qu’un dernier ensemble ne rassemble les œuvres nées dans l’ombre de l’apocalypse de la guerre.
L’exposition, remaniée et rouverte au public il y a quelques années après une longue fermeture pour rénovation muséographique, réunit environ 140 œuvres d’une bonne centaine d’artistes.

Expositions temporaires
Au rez-de-chaussée et au premier étage, deux salles distinctes accueillent un programme d’expositions temporaires renouvelé plusieurs fois par an.
La plus vaste salle du musée, baptisée Trojlodí (littéralement la « nef à trois vaisseaux »), en souvenir de la petite église Saint-Esprit qui occupait jadis cet emplacement.
Elle accueille les expositions temporaires les plus ambitieuses, sous une haute charpente classicisante qui confère à l’espace une monumentalité inattendue derrière une façade urbaine assez discrète.
La programmation du musée alterne volontiers les focus monographiques consacrés à un artiste, à une collection privée méconnue, des relectures thématiques croisant plusieurs générations d’artistes tchèques et européens, aussi bien que des incursions dans la photographie ou les arts appliqués.
Les expositions privilégient la mise en tension du patrimoine local avec les grands courants internationaux plutôt que la simple accumulation chronologique.

Focus — Adolf Hölzel, l’enfant du pays devenu pionnier de l’abstraction
Né à Olomouc en 1853, le peintre Adolf Hölzel quitte tôt sa ville natale pour Vienne puis l’Allemagne, où il devient l’un des professeurs les plus influents de l’académie des beaux-arts de Stuttgart à partir de 1906.
Théoricien précoce de la couleur et de la composition abstraite, il compte parmi les figures pionnières de l’art non figuratif européen avec Kandinsky. Il influence toute une génération d’élèves allemands du début du XXe siècle.
Le musée conserve aujourd’hui un ensemble de ses dessins.
Focus — le portrait d’Alma Mahler par Oskar Kokoschka
Parmi les pièces remarquables de l’exposition permanente figure un portrait d’Alma Mahler par Oskar Kokoschka, unique œuvre du peintre autrichien conservée par le musée.
Kokoschka rencontre la veuve du compositeur Gustav Mahler peu après la mort de ce dernier et en fait pendant plusieurs années sa muse et sa compagne, la représentant dans plusieurs tableaux devenus célèbres.
Le portrait olomoucien, dérivé d’un dessin aujourd’hui conservé à la National Gallery of Scotland d’Édimbourg, offre un aperçu rare de cette relation tumultueuse qui a marqué l’histoire de l’expressionnisme viennois.
Un ancien hospice devenu écrin Art nouveau tardif
Le musée occupe l’emplacement de l’ancien hospice municipal du Saint-Esprit, une institution caritative.
Entre 1915 et 1918, en pleine Première Guerre mondiale, l’édifice est profondément transformé sous la direction de l’architecte Jaroslav Kovář l’Ancien. Il devient le Donathův společenský dům, une maison de société bourgeoise à la façade tardo-sécessionniste surprenante.
Elle intègre déjà quelques éléments cubiste alors en plein essor dans les pays tchèques, signature architecturale assez rare pour être signalée hors de Prague.
Ce n’est qu’en 1989 que l’institution muséale devenue indépendante du musée régional s’installe durablement dans ce bâtiment et entreprend sa reconversion.
Une petite tourelle vitrée aménagée sous les combles, accessible en fin de parcours, ouvre un point de vue inattendu sur les toits du centre historique d’Olomouc, offrant une respiration bienvenue après la traversée du siècle passé.


Informations pratiques
Le musée d’art moderne se trouve à quelques minutes à pied de la place Haute et de la colonne de la Sainte-Trinité, en plein centre historique d’Olomouc.
Adresse : Denisova 47, 771 11 Olomouc.
Horaires d’ouverture : du mercredi au dimanche, de 10h à 18h (dernière entrée à 17h30) ; fermé le lundi et le mardi. Le musée ferme également ses portes dès 15h les jours de vernissage, rouvrant au public à 18h. Le café-restaurant du musée est ouvert y compris les lundis et mardis.
Tarifs : plein tarif 80 Kč, tarif réduit 40 Kč pour les enfants de 6 à 18 ans, les étudiants et les groupes scolaires ; entrée gratuite le mercredi et le dimanche selon les modalités en vigueur, à vérifier sur place ou en ligne pour la période de la visite.
Site officiel : muo.cz
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