Comprendre Olomouc suppose de comprendre d’abord ce qu’elle a cessé d’être. Pendant des siècles, la ville se dispute avec Brno le rang de capitale de la Moravie, et pendant des siècles, c’est elle qui l’emporte. Puis vient la guerre de Trente Ans, un siège suédois, une ville exsangue, et un empereur qui choisit Brno pour lui succéder. Cette bascule du XVIIe siècle explique à elle seule une grande partie de ce que l’on visite aujourd’hui : un centre historique préservé, non par chance, mais parce que la ville, appauvrie, n’a plus eu les moyens de se moderniser au rythme des grandes cités industrielles.

Des origines à la capitale morave
Les hypothèses les plus anciennes situent l’origine d’Olomouc dans un camp fortifié romain, parfois identifié au Mons Iulii des sources antiques. Dès le IXe siècle, la localité occupe une fonction de forteresse le long de la route de l’ambre, cet axe commercial reliant la Baltique et à l’Italie depuis Gdansk par Wrocław, Brno et Bratislava jusqu’à Padoue et Vérone.
En 1063, elle accueille le siège d’un évêché, qui ne sera élevé au rang d’archevêché qu’en 1777, signe de la lenteur avec laquelle la ville consolide son rang religieux.
Tout au long du Moyen Âge, Olomouc et Brno rivalisent pour la prééminence politique du margraviat de Moravie.
Olomouc conserve alors l’avantage : elle reste le siège naturel du pouvoir et de la vie spirituelle morave, tandis que Brno demeure une cité secondaire. En 1478, la paix d’Olomouc scelle temporairement la cession de la Moravie à la Hongrie, épisode qui illustre le rôle diplomatique déjà tenu par la ville.

La guerre de Trente Ans et le basculement vers Brno
Le tournant survient au XVIIe siècle lorsqu’éclate la guerre de Trente Ans en 1618.
La noblesse morave embrasse en grande partie la Réforme protestante, tandis que les Habsbourg, attachés à la Contre-Réforme catholique, cherchent un point d’appui plus sûr.
En 1640, l’empereur Ferdinand III choisit Brno, plus méridionale et donc plus proche de Vienne, comme nouvelle capitale morave. Deux ans plus tard, en 1642, Olomouc se rend aux troupes suédoises après un siège éprouvant, et reste occupée jusqu’en 1650.
Cette occupation de huit années porte un coup sévère et durable à l’économie de la ville. Les objets historiques les plus précieux, dont des codex romans rarissimes du XIIe siècle, sont emportés comme butin de guerre par les armées suédoises et se trouvent aujourd’hui conservés à Uppsala et à Stockholm.
Reconquise par les armées impériales, Olomouc conserve son rang de métropole religieuse morave mais perd définitivement la suprématie politique au profit de Brno.
Reconstruction baroque et ville-forteresse
Réarmée par l’impératrice Marie-Thérèse, qui la dote d’imposantes fortifications, Olomouc devient au XVIIIe siècle l’une des plus grandes forteresses baroques de l’empire des Habsbourg. Rôle militaire qui compense en partie la perte de son rang politique.
Dans ce contexte de reconstruction s’élève, entre 1716 et 1754, la colonne de la Sainte-Trinité, consacré en présence de l’impératrice elle-même le 9 septembre 1754.
La fonction de place forte vaut à la ville un épisode napoléonien resté dans les mémoires françaises : en 1795, le général Gilbert du Motier de La Fayette y est emprisonné aux côtés de Jean-Xavier de Pusy et de Charles-César de Fay de la Tour-Maubourg.
Le printemps des peuples et l’apogée de la forteresse (1848-1886)
L’épisode le plus marquant du XIXe siècle survient en 1848. Alors que la révolution gronde à Vienne, la cour impériale des Habsbourg, effrayée, se réfugie dès le mois d’octobre dans la forteresse jugée imprenable d’Olomouc.
C’est dans le palais archiépiscopal de la ville que l’empereur Ferdinand Ier, dit le Débonnaire, signe le 2 décembre 1848 son abdication en faveur de son neveu, l’archiduc François-Joseph, alors âgé de 18 ans à peine, qui règnera pendant les 68 années suivantes…

Le nouvel empereur s’y montre pourtant peu clément envers l’institution qui avait fait le rayonnement intellectuel de la ville : en 1860, il signe le décret supprimant l’université d’Olomouc.
Sur le plan militaire, en revanche, la ville continue de se renforcer : la guerre austro-prussienne de 1866 pousse les autorités à achever la ceinture de forts détachés entamée dès les années 1850 autour du noyau bastionné, et les troupes impériales défaites à Hradec Králové s’y replient pour préparer une éventuelle défense face à la deuxième armée prussienne.
Ce n’est finalement qu’en 1886, la fortification étant devenue un obstacle à l’expansion urbaine plus qu’une réelle protection militaire, que François-Joseph Ier signe le décret mettant fin au statut de place forte d’Olomouc.
Les glacis et les remparts bastionnés cèdent alors rapidement la place à de nouveaux quartiers, dont le premier, le quartier de la cathédrale (Dómská čtvrť), tandis que la première ligne de tramway de la ville est inaugurée en 1898.



La Première Guerre mondiale et la naissance de la Grande Olomouc
Le premier conflit mondial ne touche pas directement le sol olomoucien, dépourvu de tout champ de bataille, mais son quotidien n’en est pas moins bouleversé : pénuries alimentaires, rationnement et afflux de blessés venus du front marquent profondément la population dès 1914.
À la veille de la guerre, Olomouc reste une ville dont l’administration et la vie culturelle sont majoritairement dominées par la minorité germanophone, malgré une population globalement acquise à la nationalité tchécoslovaque.
La proclamation de l’indépendance tchécoslovaque, le 28 octobre 1918, plonge la ville dans une intense effervescence.
Dès la mi-décembre, les députés germanophones du Reichsrat proclament la République d’Autriche allemande et revendiquent le rattachement de plusieurs « îlots » germanophones dispersés en terres tchèques, dont Olomouc elle-même, à ce nouvel État.
Ce projet, jamais reconnu internationalement, échoue rapidement, et c’est finalement l’annexion des communes environnantes qui règle la question : entre 1919 et 1923, les municipalités périphériques, dont Hodolany, Nová Ulice, Klášterní Hradisko ou Řepčín, rejoignent une à une la ville.
Cela donnera naissance à la « Grande Olomouc » (Velký Olomouc), sixième ville du pays par sa population, faisant définitivement basculer la balance démographique en faveur de l’élément tchèque.
De 1939 à 1945, l’occupation nazie et la libération
Le matin froid et pluvieux du 15 mars 1939, les troupes de la Wehrmacht occupent Olomouc où vit une importante minorité germanophone parmi une population totale d’environ 80 000 habitants.
La place Haute est rebaptisée place Adolf-Hitler durant toute la durée du protectorat de Bohême-Moravie. La communauté juive de la ville paie le plus lourd tribut à cette occupation : environ 2 000 habitants juifs d’Olomouc périssent dans les camps de concentration nazis.
Les combats de la libération éclatent le dimanche 6 mai 1945 et se poursuivent, parfois violemment, jusqu’au 8 mai, opposant les troupes allemandes en retraite aux forces soviétiques, roumaines et à des unités venues de l’armée tchécoslovaque de l’Ouest. L’horloge astronomique de l’hôtel de ville est endommagée durant ces combats et doit être reconstruite après-guerre.
Dès la fin de l’année 1945, l’expulsion de la population allemande, soit un tiers des habitants de la ville, commence à se préparer. Elle est menée l’année suivante, mettant un terme définitif à des siècles de présence germanophone continue à Olomouc.
Guerre froide, du coup de Prague à la garnison soviétique
Le coup de Prague de février 1948 porte les communistes au pouvoir.
C’est le début d’une longue période de déclin pour Olomouc : le patrimoine historique est négligé, tandis que se multiplient à sa périphérie les grands ensembles de barres d’immeubles préfabriqués (panelová sídliště).
Sur le plan administratif, la ville perd également de son importance : centre régional entre 1949 et 1960, elle n’est plus ensuite que le chef-lieu d’un simple district, intégré à une région Nord-morave dont le centre est fixé à Ostrava, une position institutionnelle en décalage avec son poids historique.
L‘invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du pacte de Varsovie, le 21 août 1968, trouve à Olomouc un écho local resté célèbre : les habitants, prévenus par la radio nationale dès les premières heures, empêchent une colonne de l’armée polonaise d’entrer dans la ville.
Une émission de radio clandestine, baptisée « Dubček-Císař ABX », continue d’émettre depuis une cave du quartier de Neředín jusqu’à la signature du protocole de Moscou, fin août. La reprise en main normalisatrice qui suit, à partir de 1969, s’accompagne d’une répression sévère au sein de l’armée tchécoslovaque, dont plusieurs militaires olomouciens, opposés à l’occupation, sont exclus ou dégradés.
La présence soviétique prend à Olomouc une ampleur unique en Tchécoslovaquie. La ville devient le siège de la plus importante garnison soviétique du pays, en raison notamment de sa proximité avec le vaste espace d’entraînement militaire de Libavá . Des missiles nucléaires à portée intermédiaire braqués vers l’Europe occidentale y seront même stationnés.
Aviation, artillerie antiaérienne, régiment de pontonniers et infanterie motorisée y côtoient, durant plus de deux décennies, la population locale, dans une coexistence que les historiens locaux décrivent comme émaillée d’incidents, allant du vol de denrées dans les premiers jours de l’occupation jusqu’à des faits criminels graves.
Les derniers soldats soviétiques ne quittent la ville qu’à la fin du mois d’avril 1990, laissant derrière eux plusieurs quartiers entiers de logements militaires. En 1971, en pleine période de normalisation, le centre historique dégradé de la ville est malgré tout classé réserve de monuments urbains, prélude à sa restauration progressive après 1989.
Ville universitaire, du XVIe siècle à aujourd’hui
Fondée en 1573 par la Compagnie de Jésus, l’université d’Olomouc est la deuxième plus ancienne de République tchèque et, pendant des siècles, la seule institution universitaire morave. Son histoire suit celle de la ville : brièvement déplacée à Brno, elle décline avec la ville elle-même jusqu’à sa dissolution en 1860 par François-Joseph Ier.
Elle n’est rétablie qu’en 1946, sous le nom d’université Palacký, en hommage à l’historien et homme politique tchèque František Palacký, figure majeure de la renaissance nationale du XIXe siècle.
Cette université donne à la ville son visage et son énergie étudiante et contraste avec la gravité du patrimoine baroque environnant.
Depuis 1989
La révolution de Velours ouvre une période de renaissance patrimoniale pour Olomouc : restauration méthodique du centre historique, réaménagement des places baroques, développement des infrastructures touristiques, hôtelières et sportives redonnent progressivement à la ville le lustre que la période communiste lui avait fait perdre.
Cette reconnaissance internationale culmine en l’an 2000, lorsque la colonne de la Sainte-Trinité est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, consacrant définitivement la ville comme l’une des grandes destinations patrimoniales de République tchèque.
Carte d‘Olomouc (Tchéquie) : Lieux du guide touristique
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