L’hôtel de ville de la vieille ville n’est pas seulement le monument le plus imposant de la place du Marché : il abrite, depuis 1957, le siège principal du Musée régional de Toruń. Visiter le Ratusz, c’est donc à la fois parcourir l’un des plus vastes édifices civils gothiques de la région baltique et traverser sept siècles d’histoire urbaine, artistique et politique de Toruń, depuis les vitraux du XIVe siècle jusqu’à la peinture polonaise du tournant du XXIe.

"Fusillade" (1948) d'Andrzej Wrobelski au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
« Fusillade » (1948) d’Andrzej Wrobelski au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.

Edifice au cœur du pouvoir municipal

Bâti pour l’essentiel entre le XIVe et le XVe siècle sur l’emplacement d’un ancien hôtel de ville plus modeste, l’édifice actuel concentra pendant des siècles les fonctions politiques, judiciaires et commerciales de la ville.

Dans ses murs que fut signé, le 19 octobre 1466, le second traité de Toruń restituant la Prusse royale à la couronne polonaise.

Le roi de Pologne Jean Ier Albert y mourut en 1501 lors d’une visite officielle.

Ce passé institutionnel explique la richesse et la diversité des collections aujourd’hui rassemblées entre ses murs, qui dépassent largement le cadre d’un musée d’histoire locale.

Galerie d’art gothique

La galerie d’art gothique présente peintures, sculptures et arts décoratifs, vitraux compris du milieu du 13e siècle à la première moitié du 16e.

Les œuvres proviennent pour l’essentiel de la Poméranie teutonique avec Toruń, la Silésie, la Grande-Pologne et la Petite-Pologne étant aussi représentés.

Les pièces les plus anciennes comprennent les figures de la Vierge de douleur et de saint Jean l’Évangéliste, auxquelles répondent des sculptures de même sujet provenant de Hawa et de Gostkowo.

Face à l’entrée est présenté un ensemble exceptionnel de vitraux du 14e siècle réalisés dans l’un des ateliers toruniens.

L’expression la plus aboutie de l’art gothique reste le retable. Sous forme de triptyque ou de polyptyque, l’exposition présente des éléments de l’autel de la Crucifixion provenant de l’église Saint-Nicolas de Brzeg. Ces retables remplissaient une fonction cultuelle autant que didactique et moralisatrice couramment désignés comme une Bible en images à l’usage des illettrés : la Biblia Pauperum.

La partie centrale de la galerie rassemble un ensemble substantiel de sculptures issues de l’atelier torunien de Saint-Wolfgang actif à la fin du XVe siècle. Parmi les oeuvres se distinguent un Dieu le Père appartenant au groupe du Trône de grâce, des figures de saint Jean-Baptiste, saint Laurent, saint Wolfgang et saint Martin aux côtés de pièces d’orfèvrerie liturgique, calices, ciboires et encensoirs.

Collection d'art gothique au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
Collection d’art gothique au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.
Retable de l'église de Saint-Nicolas de Brzeg réalisé par un atelier silésien. Au musée du Ratusz de Torun.
Retable de l’église de Saint-Nicolas de Brzeg réalisé par un atelier silésien. Au musée du Ratusz de Torun.
Collection de vitraux dans le Musée du Ratusz à Torun.
Collection de vitraux dans le Musée du Ratusz à Torun.
Les barbus ou l'Art gothique au musée de l'hotel de ville (Ratusz) de Torun.
Les barbus ou l’Art gothique au musée de l’hotel de ville (Ratusz) de Torun.
Les femmes voilées ou l'Art gothique au musée de l'hotel de ville (Ratusz) de Torun.
Les femmes voilées ou l’Art gothique au musée de l’hotel de ville (Ratusz) de Torun.

Exposition consacrée à l’histoire et à l’artisanat torunien (1233-1793)

Cette exposition retrace plus de 500 ans d’histoire municipale, de la fondation de la ville par l’Ordre Teutonique en 1233 jusqu’aux partages de la Pologne à la fin du 18e siècle.

>> Histoire rapide de Torun : Grandes périodes et dates clés

Elle met particulièrement en valeur les métiers d’art qui firent la réputation de Toruń : orfèvrerie, tissage et ferronnerie, aux côtés de documents relatifs à l’organisation des corporations marchandes et artisanales qui structuraient la vie économique de la cité hanséatique.

Privilèges royaux et les foires toruniennes

Après le retour de la ville dans le giron polonais, sa prospérité économique s’appuya sur trois privilèges accordés en 1457 par le roi Casimir IV Jagellon :

  • la confirmation et l’extension du droit d’étape, qui obligeait les marchands de passage à proposer leurs marchandises à la vente sur place,
  • le droit de frapper monnaie,
  • un droit de propriété foncière élargi.

Le même souverain institua les foires dites contrats de Toruń, qui contribuèrent considérablement à l’essor commercial de la ville :

  • une foire d’hiver de quatre jours à l’Épiphanie,
  • une foire d’été de deux semaines à la Trinité,
  • une foire d’automne de deux semaines à la Saint-Simon-et-Jude, qui attiraient des marchands venus de l’ensemble du royaume, de Lituanie et de Russie.

Corporations artisanales de Toruń médiévale

Dans la vieille ville, bouchers, cordonniers, drapiers, boulangers et tenanciers d’échoppes furent les premiers corps de métier à recevoir leur autorisation officielle.

Dans la ville neuve, bouchers, boulangers et drapiers obtinrent de même la priorité pour leurs droits civiques, le conseil municipal étant seul habilité à délivrer les licences d’exercice, réglementées dans le wilkierz (règlement municipal) de la ville neuve dès environ 1300.

Dans les deux villes, les artisans commencèrent à s’organiser en corporations dès le milieu du 14e siècle.

A la fin de ce siècle, 41 corporations rassemblaient 450 maîtres, les plus importantes, celles des bouchers, des tailleurs et des aubergistes, en comptant chacune plus de cinquante.

Dans la seule ville neuve, 71 spécialités artisanales étaient recensées, les plus nombreuses relevant du textile : tisserands, drapiers, merciers, tondeurs de drap et teinturiers.

Maîtres, compagnons et apprentis travaillaient en moyenne de 12 à 14 heures par jour, 6 jours sur 7. Cela explique qu’ils saisissaient toute occasion de repos et de célébration dans les tavernes, les caves à vin et surtout les auberges corporatives.

Après le second traité de Toruń de 1466, le système corporatif traditionnel continua de régir tant l’apprentissage d’un métier que la production et la distribution des produits.

Un jeune candidat devait être formé par un maître de la corporation avant d’obtenir le statut de compagnon et une lettre de qualification. Il pourra ensuite parfaire ses compétences lors d’un tour de compagnonnage dans d’autres villes. La durée de la formation et du compagnonnage, de même que le chef-d’œuvre exigé en fin de parcours, étaient strictement fixés par les statuts de chaque corporation.

Toruń compta au 17e siècle plus de 53 corporations, seule Cracovie pouvant alors rivaliser avec elle par le nombre de ses corps de métier. Torun était alors influencés par les usages de Gdańsk et des villes de la Hanse septentrionale (dont Lübeck) plus que par les modèles silésiens ou allemands.

Les moules à pierniki, un artisanat sans corporation propre

Les plus anciennes mentions de moules toruniens à pain d’épices remontent à la fin du 14e siècle.

L’ampleur exacte des exportations de pierniki reste mal connue, mais elle couvrait au moins Gdańsk et Königsberg (aujourd’hui appelé Kaliningrad).

Un dicton de l’époque range d’ailleurs le pain d’épices de Toruń, les jeunes filles de Cracovie et les chaussures de Varsovie parmi les meilleures choses de Pologne.

Ces moules en bois remplacèrent dès le 15e siècle d’anciens moules en terre cuite. Elles représentaient des scènes variées, portraits de dames et de gentilshommes, scènes de la vie quotidienne souvent comiques, motifs religieux, allégories et armoiries de la ville.

Taillés dans du bois fruitier par des compagnons boulangers, les plus anciens moules conservés aujourd’hui datent du XVIIe siècle.

Moules à pains d'épices dans le Musée du Ratusz à Torun.
Moules à pains d’épices dans le Musée du Ratusz à Torun.

La salle numismatique

Consacrée à la frappe monétaire torunienne, cette salle retrace l’histoire de l’atelier monétaire de la ville, actif à plusieurs reprises entre le Moyen Âge et l’époque moderne, et replace cette production dans le contexte plus large de la circulation monétaire en Prusse royale et dans le royaume de Pologne.

Salle Bourgeoise et la galerie de portraits patriciens

Cette salle présente une galerie de portraits de patriciens des XVIe au XVIIIe siècles, genre pictural particulièrement développé dans les villes hanséatiques où la représentation sociale des grandes familles marchandes tenait lieu, à défaut de noblesse titrée, d’affirmation du rang.

On y trouve l’un des portraits les plus reproduits de Nicolas Copernic, réalisé de façon posthume mais devenu, au fil des siècles, l’une des images de référence de l’astronome.

Géniale galerie de peinture polonaise

Cette galerie couvre la peinture polonaise depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’au début du XXIe, avec des œuvres de Jan Matejko, peintre d’histoire dont les grandes compositions ont durablement façonné l’imaginaire national polonais, de Jacek Malczewski, figure majeure du symbolisme, et de Zdzisław Beksiński, peintre contemporain dont l’univers onirique et inquiétant tranche volontairement avec le reste des collections du musée.

Détail du "Passage des armées de Napoléon par la Bérézina" (1866) par January Suchodolski au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
Détail du « Passage des armées de Napoléon par la Bérézina » (1866) par January Suchodolski au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.
Collection d'art polonais (ici 19/20e siècle) au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
Collection d’art polonais (ici 19/20e siècle) au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.
"Kompozycja" (vers 1920), toile de Witkacy au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
« Kompozycja » (vers 1920), toile de Witkacy au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.
Collection d'art polonais (ici 19/20e siècle) au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
Collection d’art polonais (ici 19/20e siècle) au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.
"Les nouveaux mariés" (1910) de Fryderyk Pautsch au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
« Les nouveaux mariés » (1910) de Fryderyk Pautsch au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.
Collection d'art contemporain au Musée de l'Hotel de Ville de Torun.
Collection d’art contemporain au Musée de l’Hotel de Ville de Torun.
"Les paveurs" (1952), tableau de l'école socio-réaliste d'Alfred Lenica dans le Musée du Ratusz de Torun.
« Les paveurs » (1952), tableau de l’école socio-réaliste d’Alfred Lenica dans le Musée du Ratusz de Torun.
"Filtres II" (1955) de Maria Jarema dans le Musée de Ratusz de Torun.
« Filtres II » (1955) de Maria Jarema dans le Musée de Ratusz de Torun.
Dans le Musée de Ratusz de Torun, "Etudiants à Emmaus" (1962) de Jerzy Nowosielski.
Dans le Musée de Ratusz de Torun, « Etudiants à Emmaus » (1962) de Jerzy Nowosielski.
Dans le Musée de Ratusz de Torun "Cain & Abel II" (1967) de Marek Zulawski.
Dans le Musée de Ratusz de Torun « Cain & Abel II » (1967) de Marek Zulawski.
"Miasto Warszawa - Krakowskie przedmiescie" (1974) de Edward Dwurnik dans le Musée du Ratusz de Torun.
« Miasto Warszawa – Krakowskie przedmiescie » (1974) de Edward Dwurnik dans le Musée du Ratusz de Torun.
"N°75" de Ryszard Grzyb (1992) dans le Musée du ratusz de Torun.
« N°75 » de Ryszard Grzyb (1992) dans le Musée du ratusz de Torun.

Tour de l’hôtel de ville

Haute d’une quarantaine de mètres, la tour de l’hôtel de ville est accessible par un escalier séparé de la visite des collections. Son sommet offre un panorama sur l’ensemble de la vieille ville, sur la ville neuve voisine et sur la Vistule, et constitue l’un des points de vue les plus recherchés de Toruń, en particulier au coucher du soleil.

Tour de l'Hôtel de ville à Torun.
Tour de l’Hôtel de ville à Torun.
Vue sur la Cathédrale et la Vieille Ville de Torun depuis la tour de l'Hotel de Ville - Photo de Pko - Licence ccbysa 4.0
Vue sur la Cathédrale et la Vieille Ville de Torun depuis la tour de l’Hotel de Ville – Photo de Pko – Licence ccbysa 4.0

Informations pratiques

Adresse : Rynek Staromiejski 1, 87-100 Toruń

Jour de fermeture : le musée est fermé le lundi.

Gratuité : l’entrée aux expositions permanentes est gratuite le mercredi.

Billetterie : un billet combiné donnant accès à la fois aux collections du musée et à la tour est proposé à un tarif préférentiel par rapport à l’achat de billets séparés. Les tarifs, de l’ordre d’une trentaine de złotys pour l’accès aux collections et d’un montant comparable pour la tour, évoluent d’une saison à l’autre.

Durée de visite conseillée : entre une heure et une heure et demie pour l’ensemble des collections, à laquelle il convient d’ajouter une trentaine de minutes pour l’ascension de la tour.

À combiner avec : le billet du Musée régional valable deux jours, qui donne également accès à la Maison de Copernic, à la Kamienica pod Gwiazdą, au musée d’histoire de Toruń installé dans la maison Eskens, au musée des Voyageurs Tony-Halik et au musée du Pain d’épices.

Les tarifs et horaires étant sujets à des ajustements saisonniers, il est recommandé de les vérifier sur le site officiel du Musée régional avant de s’y rendre.

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Maciej Poltorak

J'aime me perdre à la recherche d'endroits surprenants.