Stocznia, chantier naval en polonais, c’est ici qu’en août 1980 des ouvriers en grève ont fait naître Solidarność. Le premier syndicat indépendant du bloc soviétique a ouvert la voie à la chute du communisme en Europe. Grues géantes, hangars de brique et de tôle, rails rouillés : le décor reste spectaculaire. Aujourd’hui, l’un des plus importants lieux de mémoire d’Europe y côtoie une scène culturelle et festive installée dans les friches, au cœur d’un vaste projet de reconversion urbaine.

Le quartier de Stocznia se trouve au nord du centre historique de Gdansk, le long de la Vistule morte (Martwa Wisła).
Carte des quartiers de Gdansk
Voici une carte réduite des quartiers de Gdansk. Le quartier de Stocznia apparaît en violet (3).

Histoire des chantiers navals
> Histoire complète des chantiers navals de Gdansk.
Des chantiers prussiens à la Ville libre
L’histoire commence en 1844. La marine prussienne installe des ateliers de construction de corvettes sur la rive gauche de la Vistule morte.
En 1871, ils deviennent le chantier impérial (Kaiserliche Werft, Stocznia Cesarska en polonais). Vers 1890, l’industriel d’Elbląg Ferdinand Schichau fonde un second chantier, plus moderne, un peu en aval.
Pendant l’entre-deux-guerres, le chantier impérial devient une société internationale, à laquelle la Pologne et la Ville libre de Dantzig participent chacune à hauteur de 20 %.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les deux chantiers travaillent pour la marine allemande.



Le chantier naval Lénine
Après 1945, les deux chantiers, largement détruits, sont fusionnés en 1947 pour former l’entreprise d’État Stocznia Gdańska.
Le premier navire, le minéralier-charbonnier Sołdek est lancé le 6 novembre 1948. Il effectua 1479 traversées avant d’être amarré devant le Musée maritime de Gdansk dont il fait partie.
Le chantier construit ensuite surtout pour l’Union soviétique et reçoit en 1967 le nom de Lénine. À son apogée, il emploie jusqu’à 17 000 à 18 000 personnes et fonctionne comme une ville dans la ville, avec ses logements, ses crèches, ses centres de soins et de vacances.


Décembre 1970 et août 1980
En décembre 1970, la grève contre la hausse des prix alimentaires est réprimée dans le sang. Les premiers ouvriers sont abattus près de la porte n° 2.
Dix ans plus tard, en août 1980, une nouvelle grève éclate. Elle est menée notamment par l’électricien Lech Wałęsa s’étend à tout le littoral.
Elle aboutit à la signature des accords de Gdańsk dans la salle BHP du chantier et à la création du syndicat indépendant Solidarność.
Dès le 16 décembre 1980, les ouvriers obtiennent l’érection d’un monument à leurs camarades tués en 1970.


Faillite et reconversion
Après 1989, le chantier transformé en société anonyme. Il ne résiste pas à l’économie de marché et fait faillite en 1996.
Une partie de l’activité navale se poursuit sur le site, tandis que de vastes terrains délaissés sont progressivement reconvertis.
Autour du Centre européen de la Solidarité (ouvert en 2014) se développe un nouveau quartier, la Jeune Ville (Młode Miasto), mêlant logements, bureaux, lieux culturels et espaces publics ouverts sur l’eau. Je préfère appeler le quartier Stocznia.
Attractions : Que voir, faire et visiter à Stocznia ?
Centre européen de la Solidarité
Lieu phare du quartier, le Centre européen de la Solidarité (Europejskie Centrum Solidarności, ECS) a été conçu par l’agence gdańskoise Fort.
Ses façades d’acier Corten, couleur rouille, évoquent les coques des navires en construction.
L’exposition permanente, interactive, retrace l’histoire de Solidarność et des mouvements d’opposition au communisme en Europe centrale. Ne manquez pas le jardin d’hiver intérieur ni la terrasse végétalisée du toit, d’où la vue embrasse les grues et les bassins du chantier.




La porte n° 2 et le monument aux ouvriers tombés en 1970
Sur la place de la Solidarité, devant la porte n° 2 du chantier se dresse le monument aux ouvriers du chantier naval tombés en 1970.
Ses trois croix d’acier de 42 mètres surmontées d’ancres portent des bas-reliefs de la vie ouvrière. Une citation du psaume 29 et des vers du poème de Czesław Miłosz « Toi qui as fait du tort ».
Inauguré le 16 décembre 1980, il est considéré comme le premier monument aux victimes de la répression communiste érigé dans un pays communiste. Tout un symbole. A proximité, des panneaux reproduisent les 21 revendications des grévistes d’août 1980.


Salle BHP
Au-delà de la porte, la salle BHP (salle d’hygiène et de sécurité du travail) est le lieu où furent négociés puis signés les accords d’août 1980, retransmis aux grévistes par haut-parleurs.
Gérée par une fondation du syndicat Solidarność, elle abrite un musée gratuit consacré au mouvement, à l’histoire du chantier et au prêtre Józef Popiełuszko, assassiné en 1984. Et accessoirement… des concours d’échec.


Les grues, les docks et le chantier impérial
Les grandes grues du chantier forment la silhouette la plus emblématique du quartier.
Sur le site de l’ancien chantier impérial (Stocznia Cesarska), environ 16 hectares sont en cours de reconversion autour de l’ancien bâtiment de la direction.
La marina de la Przystań Cesarska est ouverte aux promeneurs et aux plaisanciers. Elle sert de base à des sorties en kayak et à bord de galares, les barques traditionnelles de Gdańsk.




Les friches festives : 100cznia, la rue Elektryków et Montownia
Les anciens espaces industriels sont devenus le terrain de jeu de la vie nocturne gdańskoise.
100cznia, bâtie avec des conteneurs maritimes, propose de mai à septembre bars, street food, mini-plage urbaine, concerts, marchés et ateliers. Une partie couverte, 100cznia Inside, est désormais ouverte hors saison.
Plus près de l’eau, la rue Elektryków, où se trouvaient les ateliers électriques du chantier, réunit de part et d’autre d’une allée industrielle bars, restaurants et le club B90.
Le food-hall Montownia est installé dans un grand hangar historique devenu entrepôt principal du chantier après 1945.



Art contemporain
Les friches attirent aussi les artistes. L’espace d’art WL4 Mleczny Piotr est l’un des lieux d’exposition les plus singuliers de la Tricité. Au niveau des artistes et du cadre industriel brut. Dans 100cznia, le Grid Arthub accueille de jeunes artistes indépendants.




À proximité : la Poste polonaise et le musée de la Seconde Guerre mondiale
À la lisière du quartier, du côté de la Vieille Ville, la Poste polonaise rappelle la résistance de ses employés polonais le 1er septembre 1939, l’un des premiers combats de la Seconde Guerre mondiale. Un musée y retrace leur histoire.
Un peu plus loin, au bord de la Motława, le grand musée de la Seconde Guerre mondiale complète ce parcours dans l’histoire du XXe siècle.


Venir et loger à Stocznia
Le quartier se trouve à environ 15 minutes à pied du centre historique. La gare SKM de Gdańsk Stocznia le dessert directement.
C’est un quartier davantage culturel et festif que résidentiel, très animé en été. De nuit, certaines friches peu éclairées peuvent sembler isolées, mieux vaut donc privilégier les abords du Centre européen de la Solidarité et des lieux de sortie animés.

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