C’est ici, au pied de l’ancienne mine de charbon Wujek, que s’est déroulé le 16 décembre 1981 l’épisode le plus sanglant de l’instauration de l’état de siège en Pologne : la mort de neuf mineurs grévistes, abattus par un peloton spécial de la milice. Une exposition exceptionelle retrace cette tragédie et son contexte. L’un des meilleurs musées d’histoire les mieux conçus en Pologne et même au niveau européen.

Dans le quartier résidentiel de Brynów, un ancien bâtiment minier centenaire abrite l’un des lieux de mémoire les plus poignants de Pologne à côté du Musée de l’insurrection de Varsovie.
Mon avis :
Si vous vous intéressez à l’histoire moderne de la Pologne, ce musée est une visite incontournable. La muséographie est exceptionnelle. C’est l’un des meilleurs musées d’histoire que j’ai pu visité : Intéressant, bien conçu, plusieurs niveaux d’approfondissement possible, poignant et avec une utilisation intelligente et réussie du multimedia. Cela vaut la peine, selon moi, de faire le déplacement si vous êtes à Cracovie pour visiter le musée.
Les événements de décembre 1981
Le 12 décembre 1981 au soir, le régime du général Wojciech Jaruzelski engage une vaste opération d’arrestations préventives visant 648 dirigeants et militants syndicaux jugés « hostiles au système » dans la seule voïvodie de Katowice.
Dans la nuit du 12 au 13 décembre, Jan Ludwiczak, président de la commission d’entreprise de Solidarność à la mine Wujek, est arrêté et brutalement battu à son domicile.
Le dimanche 13 décembre à six heures du matin, la population apprend par la télévision l’instauration de l’état de siège, dans un discours prononcé par le général Jaruzelski.

Le matin même, les mineurs de Wujek font venir sur le carreau de la mine le curé de la paroisse voisine, le père Henryk Bolczyk, qui y célèbre une messe.
Le lendemain, lundi 14 décembre, les mineurs de l’équipe de nuit entament une grève d’occupation, exigeant la libération de Ludwiczak et la levée de l’état de siège.
Après deux jours de tension et de négociations infructueuses, les forces de l’ordre lancent l’assaut le mercredi 16 décembre 1981, par un froid mordant. Des unités de l’armée et des ZOMO (les réserves motorisées de la milice civile), appuyées par des chars T-55, encerclent le site.

Un peloton spécial de la ZOMO ouvre le feu à balles réelles sur les mineurs : neuf d’entre eux sont tués sur le coup ou meurent de leurs blessures, le plus jeune n’ayant que dix-neuf ans, et vingt-et-un autres sont blessés par balle.
La nature des blessures, souvent situées à l’abdomen, au thorax ou au crâne, a depuis conduit les historiens de l’Institut polonais de la mémoire nationale (IPN) à considérer que l’action fut menée avec préméditation. C’est très probablement depuis la rampe de chargement de l’ancien magasin d’habits de travail de la mine, aujourd’hui occupé par le musée, que furent tirés les coups de feu mortels.
Aucune autre pacification de l’état de siège ne fit un aussi lourd tribut : celle de la mine Wujek reste, encore aujourd’hui, considérée comme le crime le plus grave commis en Pologne durant cette période.
Du monument commémoratif au musée d’aujourd’hui
Durant les années 1980, tout hommage public aux victimes reste sévèrement réprimé par les autorités communistes, malgré l’installation informelle d’une croix sur les lieux et le dépôt discret de fleurs par les habitants, chaque année le 16 décembre.
Ce n’est qu’en octobre 1989, avec la chute imminente du régime, qu’un comité social se constitue officiellement pour ériger un monument permanent, sous la présidence de Kazimierz Świtoń. Le Pomnik Poległych Górników KWK Wujek, une croix monumentale accompagnée d’urnes contenant de la terre prélevée sur les tombes des mineurs, est inauguré le 15 décembre 1991.

Le musée lui-même voit le jour plus tardivement : c’est le 1er décembre 2008 que le Comité social pour la mémoire des mineurs de la mine Wujek inaugure l’Izba Pamięci Kopalni Wujek (« salle du souvenir »), une première exposition installée dans l’ancien magasin d’habits de travail de la mine, un bâtiment de plus d’un siècle qui servait autrefois à recharger les lampes de mineur au carbure.
Le 16 décembre 2011, un accord entre la voïvodie de Silésie et la Ville de Katowice donne naissance à une institution culturelle commune, le Śląskie Centrum Wolności i Solidarności (ŚCWiS, Centre silésien de liberté et de solidarité), chargée de gérer et de développer ce lieu de mémoire. Une exposition permanente entièrement renouvelée et considérablement agrandie est enfin inaugurée le 16 décembre 2021, pour le quarantième anniversaire de la tragédie.
L’exposition permanente
La nouvelle exposition permanente, ouverte depuis 2021, occupe désormais environ 1100 m2 répartis sur trois niveaux du bâtiment historique, contre les quelque 200 m2 de l’exposition d’origine.
Résolument multimédia, elle mobilise plusieurs dizaines de projecteurs et de nombreux écrans tactiles interactifs, pensés pour un public familial autant que pour les chercheurs. Les animations sont impressionnantes. Les descriptions et explications compréhensibles et intéressantes. L’ergonomie des interfaces multimédias sont bien pensés et agréables. Ce volet est très réussi.



L’articulation thématique de l’exposition est passionnante et permet de balayer l’histoire politique de la Pologne depuis l’occupation soviétique en 1945.
- Instauration de régime soviétique impopulaire derrière le rideau de fer,
- Fonctionnement défaillant et inégalités internes des régimes communistes,
- Situation économique et sociale de la Pologne en 1981,
- La création du syndicat Solidarnosc et grèves à travers le pays,
- Etat de siège et reprise en main par les autorités,
- Evenement à la mine Wujek : avant, pendant et après l’assault,
- Emprisonnement des grévistes et membres de Solidarnosc,
- Violence politique dans les années 80.
Parmi les pièces les plus marquantes de la collection figurent un authentique char T-55, du même modèle que ceux engagés lors de l’assaut du 16 décembre, ainsi qu’une maquette de 420 centimètres sur 230, réalisée à l’échelle 1:100, qui restitue avec précision le site tel qu’il se présentait lors de la pacification : bâtiments miniers, véhicules militaires et policiers, et scènes figurées représentant mineurs, soldats et miliciens.


Informations pratiques
Le musée de la mine Wujek se trouve dans le quartier résidentiel de Brynów au sud du centre-ville de Katowice.
Adresse : Ulica Wincentego Pola 38, quartier de Brynów, Katowice, à côté du monument aux mineurs de Wujek, à l’angle des rues Józefa Gallusa et Wincentego Pola.
Accès : À une quinzaine de minutes du centre-ville en tramway ou en bus ; stationnement gratuit possible dans les rues Gallusa et Pola ainsi que dans les rues résidentielles avoisinantes.
Durée de visite : Compter environ deux heures pour l’ensemble du parcours permanent.
Horaires d’ouverture : Mardi et jeudi de 10h à 18h. Mercredi, vendredi, samedi de 9h à 16h. Fermé les lundis et dimanches.
Prix : 15 zl à plein tarif. 10 zl à tarif réduit; visites guidées, parfois assurées par d’anciens mineurs, proposées sur demande.
Site officiel : https://scwis.pl/
