L’histoire d’Ostrava se lit presque exclusivement à travers le prisme de l’industrie. Contrairement à Olomouc ou à Brno, dont le rayonnement s’est construit sur des siècles de pouvoir politique et religieux, Ostrava doit son existence en tant que grande ville à un phénomène concentré sur moins de deux siècles : la découverte et l’exploitation du charbon.

Des origines médiévales à une bourgade mineure
Fondée en 1267 à la frontière entre la Moravie et la Silésie, Ostrava se développe à la confluence de plusieurs cours d’eau au débouché nord de la Porte de Moravie.
En 1297, la partie orientale de la ville, Polska Ostrava, doit accepter la construction d’un château fort par les Piast de Silésie, signe de la position frontalière et disputée du territoire.
Tout au long du Moyen Âge, de nombreux colons germanophones s’installent dans la région, contribuant au caractère multiculturel qui marquera durablement la ville.
Jusqu’à la fin du 18e siècle, Ostrava reste cependant une localité de rayonnement mineur. En 1794, elle ne compte encore que 1 578 habitants, un chiffre dérisoire comparé aux grandes villes moraves de l’époque.

La révolution industrielle et l’essor du charbon
Le basculement décisif intervient avec le creusement des premières mines de charbon dans la région.
Ce gisement houiller, l’un des plus importants d’Europe centrale, transforme profondément la physionomie de la ville en quelques décennies.
L’événement fondateur de l’ère industrielle survient en 1828. L’archiduc et cardinal Rodolphe d’Autriche, archevêque d’Olomouc, fonde les forges de Vítkovice.
En 1843, l’établissement passe sous le contrôle du banquier Salomon Mayer Rothschild. Il devient l’unique propriétaire et y fait installer le premier convertisseur Bessemer permettant de créer de l’acier peu coûteux.
Sous la direction de la famille Rothschild, le nombre d’employés est multiplié par dix entre 1843 et 1873. L’entreprise fournit les rails de la ligne ferroviaire du Nord de l’empereur Ferdinand. Elle est elle-même portée par les intérêts Rothschild.
La population d’Ostrava explose. De 1 578 habitants en 1794, elle atteint déjà 6 881 habitants en 1869.
En 1873, David et Wilhelm Gutmann, propriétaires de mines de charbon dans la région entrent au capital à hauteur de 49 %. Les Rotschild conservent 51%, ainsi naît la Société houillère et métallurgique de Vítkovice.
Le complexe sidérurgique connaît un essor continu tout au long du 19e siècle avec la mise en service progressive de plusieurs hauts fourneaux.
L’entreprise diversifie sa production vers l’armement. Au plaque de blindage destinées à la flotte de guerre austro-hongroise, stationnée à Trieste sur la mer Adriatique, s’ajoutent les obus, munitions, canons et torpilles à l’approche de la Première Guerre mondiale.
Vítkovice est au cœur de l’effort de guerre de la monarchie austro-hongroise.
En un siècle et demi d’exploitation, plus de 90 millions de tonnes d’acier y seront produites. Ostrava le cœur industriel de l’Empire austro-hongrois.
Une ville sous administration autrichienne puis tchécoslovaque
Jusqu’en 1918, la ville de Mährisch Ostrau (son nom d’alors) fait partie de la monarchie autrichienne puis de l’Autriche-Hongrie. La partie silésienne, Polnisch Ostrau, relève d’une administration distincte.
La création de la Tchécoslovaquie après les accords du Trianon en 1918 réunit ces territoires sous une même autorité. La partie orientale prenant alors le nom de Slezská Ostrava, Ostrava-de-Silésie.
En 1924, Vítkovice et d’autres faubourgs industriels sont incorporés à la ville. C’est l’agglomération que l’on connaît aujourd’hui.


L’occupation nazie et l’effort de guerre allemand
L’annexion des Sudètes en 1938 suite aux accords de Munich puis l’occupation du reste des terres tchèques en mars 1939 livrent l’ensemble du bassin industriel d’Ostrava au contrôle allemand.
Les Rothschild, propriétaires juifs des forges sont expropriés. Le complexe de Vitkovice est intégré de force à un conglomérat industriel nazi : Reichswerke Hermann Göring.
L’établissement produit des munitions et des composants pour les fusées V-2. Le complexe s’étend vers le quartier de Kunčice, préfigurant le site de la future Nová huť.
Plus largement, le bassin d’Ostrava devient l’un des piliers de l’effort de guerre allemand en Europe centrale. La région fournit près de 97 % du coke, 70 % du charbon, 67 % de la fonte et plus de la moitié des produits laminés de l’ensemble du Protectorat de Bohême-Moravie.
Les autorités d’occupation doublent l’extraction houillère de 11 à 20 millions de tonnes annuelles et construisent une douzaine de nouvelles batteries de cokerie pour soutenir cette production.
La ville connaît par ailleurs un afflux massif de réfugiés tchèques chassés des territoires annexés par l’Allemagne. Plusieurs dizaines de milliers de mineurs et d’ouvriers venus de la région de Těšín.
Le déclin industriel et la reconversion culturelle
La seconde moitié du XXe siècle voit l’industrie lourde d’Ostrava atteindre son apogée sous le régime communiste.
Les forges de Vítkovice sont nationalisées après 1945. On leur colle le nom du stalinien tchèque de service trônant sur Prague : Vítkovické železárny Klementa Gottwalda.
Les forges connaissent un déclin progressif après l’indépendance tchécoslovaque en 1989.
La production d’acier à Dolní Vítkovice cesse définitivement en 1998, tandis que la fermeture des derniers puits d’extraction de charbon de la région s’échelonne dans les décennies suivantes.
Classé monument culturel national en 2002 puis distingué du label du Patrimoine culturel européen en 2008, Dolní Vítkovice devient l’objet d’une reconversion urbaine à 360°. Le complexe devient le symbole d’une transformation, d’un passé industriel en un lieu culturel.


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