Depuis sa fondation par les Musulmans en passant par le Reconquista, et aux autres guerres et révoltes venus de loin ou d’un sentiment d’injustice intime : Quelques marqueurs historiques pour comprendre Cuenca.

Avant la ville : préhistoire et ancienneté du site
Avant l’arrivée des musulmans au début du VIIIe siècle, le site de Cuenca n’était pas encore une ville structurée, mais il n’était pas pour autant marginal. Le territoire était occupé dès la préhistoire, puis intégré successivement dans les sphères celtibère et romaine. Les Romains exploitèrent les ressources naturelles de la région — bois des forêts de pins et de chênes, minerais, terres agricoles — et aménagèrent des voies de communication, sans y établir un centre urbain majeur. La cité romaine de Segóbriga, dans l’actuelle province de Cuenca à Saelices, constituait l’agglomération principale de la région à l’époque impériale ; elle compte encore parmi les sites archéologiques les mieux préservés d’Espagne.
Sous les Wisigoths, le territoire se ruralisa davantage. Le promontoire rocheux de Cuenca n’était encore qu’un site défensif latent, ses qualités militaires n’ayant pas encore trouvé de traduction urbaine.
La forteresse islamique : Qunka dans l’orbite de Cordoue (IXe – XIIe siècle)
C’est durant le califat de Cordoue, vraisemblablement au IXe siècle, que la ville de Cuenca fut fondée par les souverains islamiques. La topographie du promontoire fut alors pleinement exploitée : les Maures y construisirent une forteresse qu’ils nommèrent Conca ou Qunka, intégrée dans la cora de Santaver, division administrative du califat omeyyade. La position était stratégique : elle commandait les routes reliant Toledo à la côte méditerranéenne et constituait un verrou entre le domaine castillan au nord et les plaines al-andalouses au sud.
La ville s’étoffa progressivement d’une alcazar, d’une place centrale, d’une grande mosquée et de quartiers artisanaux. La prospérité des Omeyyades favorisa le développement d’une industrie textile et agricole naissante, tirant parti des eaux du Júcar et des matières premières de la région. La fragmentation du califat en 1031, qui éparpilla al-Andalus en une mosaïque de royaumes de Taifas, fragilisa Cuenca : la cité passa successivement sous la tutelle du roi de Séville et des Almoravides, réduisant son statut à celui d’une simple place forte frontalière dans un contexte de guerre permanente.
Le site de l’ancien château islamique — ruines visibles à l’extrémité nord-est de la vieille ville, dans le quartier du Castillo — est l’un des rares vestiges matériels de cette période encore accessibles au visiteur.
La reconquête castillane et l’essor médiéval (1177 – XVe siècle)
Le 21 septembre 1177, au terme d’un siège de neuf mois mené conjointement avec Alphonse II d’Aragon, le roi castillan Alphonse VIII s’empara de Cuenca, alors tenue par les Almohades. La date est fondatrice : elle est encore célébrée chaque année lors des fêtes de San Mateo, déclarées d’intérêt touristique régional. La prise de Cuenca représentait un tournant dans la Reconquista : en repoussant la frontière islamique au-delà du Tage, Alphonse VIII ouvrit la voie à la conquête du Levant méditerranéen.
La politique post-conquête fut d’une remarquable intelligence : le Fuero de Cuenca, code juridique accordé à la ville peu après la reconquête, fut l’un des plus progressistes de la péninsule médiévale. Il garantissait des libertés commerciales étendues, attirait des colons de toutes confessions — chrétiens, juifs et Mudéjars — et stimulait la croissance démographique. La ville devint siège épiscopal et chef-lieu de province, et sa population connut une croissance soutenue au XIIIe siècle.
Le monument le plus emblématique de cette transformation est la cathédrale Santa María y San Julián, édifiée sur l’emplacement de l’ancienne grande mosquée à partir de la fin du XIIe siècle. Elle est considérée comme la première cathédrale gothique de Castille, construite sous des influences venues du nord de la France et du monde anglo-normand — une rareté dans une péninsule où le gothique mit plus longtemps à s’imposer. Sa façade principale, plusieurs fois remaniée, révèle les strates successives de ce chantier de plusieurs siècles.
Les XIVe et XVe siècles furent l’apogée médiéval de Cuenca. L’industrie drapière — production de laines de haute qualité issues des troupeaux transhumants de la Meseta — enrichit la ville et ses guildes marchandes. Nobles, clergé et bourgeoisie construisirent palais, monastères et fondations religieuses qui enrichirent le paysage urbain de la ville haute. C’est à cette période que furent érigées les Casas Colgadas (maisons suspendues), ces maisons à encorbellement du XVe siècle accrochées à la falaise au-dessus des gorges du Huécar, devenues l’image la plus connue de la ville. Leur situation défiant la gravité n’était pas un caprice esthétique : elle répondait à la rareté des espaces constructibles sur l’éperon rocheux, forçant les bâtisseurs à coloniser le vide.
L’Empire et le déclin (XVIe – XVIIIe siècle)
Le XVIe siècle fut pour Cuenca une période de prospérité relative liée à l’expansion de l’industrie textile. La ville produisait des draps et des tapis appréciés sur les marchés castillans et exportés vers le reste de l’Empire. Cette richesse se lisait dans l’architecture : palais Renaissance, couvents et paroisses surgirent en nombre, témoignant de l’ambition de notables locaux qui entendaient rivaliser avec les grandes cités de Castille.
Mais la centralisation monarchique croissante, conjuguée aux crises démographiques du XVIIe siècle, fragilisa progressivement la position de Cuenca. La Guerre de Succession espagnole (1700-1714) et la victoire de Philippe V — dont Cuenca n’avait pas soutenu la cause — accélérèrent un déclin déjà amorcé. Le XVIIe siècle avait vu l’effondrement simultané des manufactures textiles et de l’élevage, et la multiplication des fondations religieuses dans la ville haute — monastères, couvents, hospices — reflétait moins la vitalité qu’un retrait du monde économique. Au début du XIXe siècle, lors de la Guerre d’Indépendance (1808-1814), les troupes napoléoniennes saccagèrent la ville, ajoutant des destructions matérielles à une dépression économique déjà profonde.
La renaissance culturelle contemporaine (XXe – XXIe siècle)
Aux origines : Cuenca avant la conquête arabe
Avant l’arrivée des musulmans au début du VIIIᵉ siècle, le site de Cuenca ne constitue pas encore une grande ville structurée, mais il n’est pas pour autant marginal. Le territoire est occupé dès la préhistoire, puis intégré aux sphères celtibère, romaine et enfin wisigothique.
Les Romains exploitent les ressources naturelles de la région et aménagent des voies de communication, sans toutefois y établir un centre urbain majeur comparable à Segóbriga dans la ville de Saelices.
Sous les Wisigoths, Cuenca s’inscrit dans un espace ruralisé, marqué par l’affaiblissement des structures administratives antiques. Le site conserve néanmoins un intérêt stratégique latent : son promontoire rocheux, encadré par les gorges du Júcar et du Huécar, offre des qualités défensives exceptionnelles, appelées à devenir déterminantes dans les siècles suivants.
La période islamique : fondation d’une ville fortifiée (VIIIᵉ–XIIᵉ siècles)
La véritable naissance urbaine de Cuenca intervient durant la période islamique.
Après la conquête d’al-Andalus, la ville — alors connue sous le nom de Kunka — est intégrée vers 714 à la Marche moyenne (al-Ṯaġr al-Awsaṭ), zone frontalière instable entre territoires musulmans et royaumes chrétiens du nord.
Cuenca devient une place forte stratégique, organisée autour d’une alcazaba, de remparts et d’une grande mosquée. Son rôle n’est pas seulement militaire : elle sert aussi de centre administratif local, structurant un territoire rural environnant.
La ville bénéficie de savoir-faire islamiques en matière d’urbanisme, de gestion de l’eau et d’architecture défensive.
3 siècles plus tard en 1031, la chute du Califat de Cordoue et son émiettement en de nombreux émirats (ou taïfas) marque une forte instabilité politique. Cuenca est successivement sous la dominations du taïfa de Tolède, puis celui de Séville pour enfin être associé à celui de Valence.
Aux affrontements entre pouvoirs musulmans s’ajoute la pression croissante des royaumes chrétiens. Cuenca est définitivement conquise par Alphonse VIII de Castille en 1177. La ville aura été musulmane pendant 463 ans.

Après la Reconquista : christianisation et intégration castillane
La prise de Cuenca par les troupes chrétiennes constitue un tournant majeur.
La ville est rapidement intégrée au royaume de Castille et érigée en siège épiscopal, ce qui entraîne une profonde reconfiguration de l’espace urbain. La grande mosquée est remplacée par la cathédrale de Cuenca, symbole de la nouvelle autorité religieuse et politique.
L’enjeu principal de cette période est la repopulation (repoblación). Des colons chrétiens, venus de différentes régions de la péninsule et parfois d’au-delà des Pyrénées, s’installent dans la ville et ses environs. Cette dynamique favorise la diversification sociale et économique, tout en instaurant de nouvelles structures juridiques, notamment à travers l’octroi de fueros (chartes de privilèges).
Au Moyen Âge tardif, Cuenca devient un centre artisanal reconnu, en particulier pour la production textile, qui assure sa prospérité relative. Toutefois, la ville reste marquée par sa position périphérique et par une dépendance aux équilibres politiques castillans.

Temps modernes : entre stabilité et marginalisation relative
À l’époque moderne (XVIᵉ–XVIIIᵉ siècles), Cuenca connaît une phase de stabilisation institutionnelle, mais aussi un lent déclassement économique face à d’autres pôles urbains plus dynamiques. La ville conserve une importance administrative et religieuse, tandis que son patrimoine monumental s’enrichit d’ajouts renaissants et baroques.
Les enjeux de cette période sont essentiellement liés à la gestion d’un héritage médiéval dans un contexte de centralisation monarchique croissante. Cuenca reste fidèle à la Couronne, mais subit les effets des crises démographiques et économiques qui touchent l’Espagne à partir du XVIIᵉ siècle.
La guerre d’Indépendance (1808–1814) : rupture et violence
L’invasion napoléonienne bouleverse profondément la ville. Cuenca est occupée par les troupes françaises, puis reprise dans un climat de violence extrême. Les combats, les pillages et la répression provoquent de lourdes pertes humaines et patrimoniales.
L’enjeu dépasse le cadre local : Cuenca s’inscrit dans un conflit qui remet en cause l’ordre politique traditionnel et ouvre la voie aux débats sur la souveraineté, la constitution et le rôle de l’État.
Comme de nombreuses villes espagnoles, elle sort de la guerre affaiblie, économiquement et démographiquement.
Les révoltes carlistes : Cuenca dans l’Espagne du XIXᵉ siècle
Au XIXᵉ siècle, Cuenca est indirectement affectée par les guerres carlistes, qui opposent partisans de l’absolutisme traditionnel à défenseurs du libéralisme monarchique. Bien que la ville ne soit pas un épicentre du conflit, la région connaît des tensions, des passages de troupes et une insécurité chronique.
Les enjeux sont ici idéologiques : il s’agit de définir le modèle politique de l’Espagne contemporaine. Cuenca, comme beaucoup de villes de l’intérieur, oscille entre traditions conservatrices et lente pénétration des idées libérales, sans bénéficier pleinement des dynamiques industrielles.

Alfredo Perea.

La guerre d’Espagne et le XXᵉ siècle
Lors de la guerre civile espagnole (1936–1939), Cuenca se situe en zone républicaine pendant une grande partie du conflit. La ville connaît des tensions politiques, des violences ciblées et des transformations sociales rapides. Le patrimoine religieux est menacé, même si Cuenca échappe aux destructions massives subies par d’autres villes.
Sous le franquisme, Cuenca traverse une période de repli démographique et économique, marquée par l’exode rural. L’enjeu principal devient la survie même de la ville historique, confrontée à l’abandon et à la dégradation du bâti ancien.
La véritable renaissance de Cuenca date des années 1950-1960. C’est d’abord un renouveau culturel avant d’être économique.
En 1954 est fondée la Semana de Música Religiosa, festival de musique sacrée organisé pendant la Semaine Sainte. L’un des événements musicaux les plus anciens et les plus réputés de la péninsule ibérique. Il attire chaque année des musiciens et des ensembles de toute l’Europe dans les anciennes églises médiévales de la ville haute.
L’événement le plus décisif fut l’ouverture du Museo de Arte Abstracto Español en 1966. Ce musée, le premier géré directement par des artistes en Espagne, rassembla une collection de quelque 129 peintures et sculptures d’Antoni Tàpies, Antonio Saura, Eduardo Chillida, Gustavo Torner et d’autres figures de l’abstraction espagnole.
Le choix des Casas Colgadas comme écrin était délibérément provocateur : des œuvres résolument modernes dans des bâtiments médiévaux accrochés à une falaise, en plein régime franquiste.
De la transition démocratique à aujourd’hui
Depuis la fin du XXᵉ siècle, Cuenca connaît une revalorisation progressive de son patrimoine.
L’inscription de Cuenca au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1996 consacra la valeur universelle de la ville fortifiée historique — 23 hectares d’un tissu urbain médiéval remarquablement préservé — et contribua à relancer l’attractivité touristique d’une ville dont la population municipale ne dépassait pas 53 000 habitants en 2024.
Carte de Cuenca : Lieux du guide touristique
Retrouvez tous les lieux du guide à visiter sur la carte de Cuenca (Espagne) : Hébergements et hôtels selon votre budget, monuments incontournables, musées à ne pas rater et insolites, jardins, bars et cafés originaux…
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Où dormir à Cuenca (Espagne) en 2026 ? Sélections d’hébergements jolis, centraux ou pas chers
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