Dominant la Plaza Mayor, la cathédrale Santa María y San Julián de Cuenca constitue l’un des laboratoires les plus précoces du gothique en Castille, né au contact d’influences venues du nord de la France et du monde anglo-normand. Édifiée sur l’emplacement de l’ancienne grande mosquée après la conquête chrétienne, elle associe, dans une même stratification monumentale, expérimentation structurelle, programmes artistiques successifs et un imaginaire contemporain où se croisent prophéties, Graal… et dinosaures.

La Cathédrale Santa María y San Julián de Cuenca se situe sur la Plaza Mayor dans la vieille ville de Cuenca.
Elle occupe une position singulière dans l’histoire architecturale de la péninsule Ibérique : elle apparaît au tournant des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, à une époque où le roman demeure encore fortement implanté, tout en adoptant des solutions gothiques d’avant-garde.
Mon avis : La visite de la cathédrale est une expérience fascinante. C’est surprenant de trouver dans une ville de taille modeste (50 000 habitants environ aujourd’hui) une splendeur pareille. La diversité architecturale, la richesse décorative et le nombre d’espaces (église, chapelles, sacristie, tour, cloître, musée) participe à une émerveillement sans fin où l’on va d’une surprise à une autre. A ne pas rater, même s’il faut payer pour accéder à l’édifice.
Une fondation sur la mosquée : contexte et chronologie
Après la prise de Cuenca par Alphonse VIII (1177), la ville est érigée en siège diocésain et la construction de la cathédrale s’engage sur les fondations de la grande mosquée.
La logique qui préside à son implantation n’est pas seulement urbaine : l’édifice chrétien se substitue explicitement au principal lieu de culte islamique de la ville, la grande mosquée, dans un geste à la fois politique et liturgique, fréquemment observé dans les territoires reconquis :
- Cathédrale de Tolède,
- Cathédrale de Séville,
- Cathédrale de Cordoue,
- et celle de Grenade pour ne mentionner que les plus importantes.
- Même principe au Portugal avec la Cathédrale Sé à Lisbonne par exemple.
Les travaux commencent à la fin du XIIᵉ siècle (souvent situés autour de 1182) et se prolongent, avec des campagnes successives, bien au-delà de la première consécration. Des éléments de plusieurs époques coexistent :
- survivances romanes,
- gothique initial,
- puis réécritures tardives (notamment aux XVᵉ–XVIIIᵉ siècles),
- enfin interventions néogothiques au XXᵉ siècle.


L’anglo-normand à Cuenca : origine et caractéristiques
L’expression « anglo-normande » renvoie, dans le contexte du XIIᵉ siècle, à un ensemble de pratiques constructives et de formes diffusées entre l’Angleterre et la Normandie, et plus largement dans les milieux où circulent maîtres d’œuvre, savoir-faire et modèles liturgiques du nord-ouest européen.
À Cuenca, cette influence est généralement associée aux contacts dynastiques et culturels de la cour castillane, en particulier à la figure d’Aliénor Plantagenêt, épouse d’Alphonse VIII, à qui l’on attribue traditionnellement un rôle d’interface culturelle dans l’arrivée de modèles septentrionaux.
Sur le plan morphologique, l’un des marqueurs les plus commentés est l’usage de la voûte sexpartite (voûte d’ogives à six compartiments), solution emblématique des premières expériences gothiques dans la sphère franco-normande et anglo-normande.
L’ensemble, de plan en croix latine, déploie des dimensions remarquables : environ 120 mètres de longueur, une hauteur intérieure culminant à 36 mètres dans la zone centrale, pour une surface d’environ 10 000 m².




Ajouts et transformations
L’édifice n’est pas figé dans son état initial. Plusieurs étapes majeures reconfigurent sa silhouette et ses parcours :
- XIIIᵉ siècle : développement des niveaux supérieurs (dont les dispositifs de lumière en hauteur) et enrichissement sculpté, participant à la « mise en gothique » du volume.
- XVᵉ siècle : refonte de l’extrémité orientale avec la création d’un double déambulatoire (girola), solution typiquement gothique favorisant la circulation des fidèles et l’articulation des chapelles rayonnantes.
- XVIᵉ–XVIIIᵉ siècles : interventions qui touchent l’enveloppe, les chapelles, le mobilier liturgique et les programmes décoratifs, selon des sensibilités renaissantes puis baroques.
Cuenca se lit comme une archive matérielle des goûts, des techniques et des priorités théologiques de chaque époque.


Œuvres et ensembles artistiques remarquables
Si l’architecture donne la mesure, l’intérieur porte la densité d’un véritable musée ecclésial. Parmi les repères souvent cités :
- Une œuvre picturale de Fernando Yáñez de la Almedina, L’Adoration des Mages, signalée comme pièce majeure (notamment pour la qualité de sa couleur et son insertion dans une culture renaissante d’ascendance italienne).
- Le « Transparente » lié à Ventura Rodríguez, dispositif baroque où la lumière devient composante théâtrale du message liturgique, particulièrement autour des espaces dévotionnels associés à saint Julien.
- Les vitraux contemporains, qui renouvellent au XXᵉ siècle l’idée gothique de la « pierre et la lumière » en introduisant des langages plastiques modernes dans une structure médiévale.




L’orage de 1902 : destruction de la façade et réponse néogothique
L’un des épisodes les plus déterminants pour l’aspect actuel concerne l’orage du 13 avril 1902 : la foudre frappe la tour entraînant son effondrement et des dommages majeurs à la façade avec quelques morts au passage. L’événement ouvre un long chapitre de restauration.
La réponse adoptée au début du XXᵉ siècle privilégie une reconstruction néogothique (notamment à partir de 1910), qui ne vise pas seulement la consolidation : elle propose une image « cohérente » du gothique, conforme aux sensibilités historicistes de l’époque.
Nostradamus, le Graal : une légende moderne greffée au monument
À côté de l’histoire documentée, Cuenca accueille un récit nettement plus spéculatif : une interprétation qui, à partir de lectures de l’Apocalypse et des Prophéties de Nostradamus, soutient que le Graal aurait été préservé dans la cathédrale, laquelle deviendrait un refuge lors d’une « révélation finale ».
Il s’agit d’un discours contemporain, relevant davantage de l’ésotérisme et de la construction symbolique que de l’historiographie académique — mais il n’en participe pas moins à la réception culturelle actuelle du lieu.
Des dinosaures sur le parvis : la cathédrale au cinéma
Le monument possède enfin une présence inattendue dans l’histoire du cinéma populaire : le film « The Valley of Gwangi » (1969), célèbre pour ses dinosaures animés, a tourné une séquence finale à la cathédrale de Cuenca.
L’histoire mèle cow-boys, vallée secrète et dinosaures mais aussi la capture d’un allosaurus au lasso (un prédateur aux dents acérés un peu énervé) pour une exposition dans un cirque… Entre King Kong et Jurassic Park.
Spoiler alert : Tout ne se passe pas exactement comme prévu.
Le film a été tourné à Cuenca et dans ses environs notamment dans les formations géologiques surprenantes de la Ciudad Encantada.

Les curieux de dinosaures visiteront le musée de Paléontologie de Cuenca.
Informations pratiques sur la Cathédrale de Cuenca
La Cathédrale Santa María y San Julián de Cuenca se situe sur la Plaza Mayor dans la vieille ville de Cuenca.
Adresse : Plaza Mayor, Cuenca (Espagne).
Horaires d’ouverture :
- Du 2 novembre au 31 mars : Du dimanche au vendredi, de 10h00 à 17h30. Samedis et jours fériés, de 10h00 à 19h30.
- Du 1er avril au 30 juin : Du dimanche au vendredi, de 10h00 à 18h30. Samedis et jours fériés, de 10h00 à 19h30.
- Du 1er juillet au 1er novembre : Du lundi au dimanche, de 10h00 à 19h30.
Prix de la visite (en 2026) :
- Cathédrale (entrée individuelle) : 5,50 €
- Musée du Trésor (entrée individuelle) : 4,00 €
- Basilique Saint-Pierre et Tour (entrée individuelle) : 2,50 €
- Cathédrale + Triforium (entrée individuelle) : 7,00 €
- Billet combiné : Cathédrale + Triforium + Musée du Trésor + Basilique Saint-Pierre et Tour : 10,50 €
Carte de Cuenca : Lieux du guide touristique
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