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Le 9 novembre 1993, à 10h15 du matin, le Stari Most s’effondra dans la Neretva. En 27 secondes, selon les témoins, l’arche de pierre blanche construite en 1566 résista aux obus du Conseil de Défense Croate avant de se désintégrer dans le fleuve. L’émotion internationale fut immédiate et planétaire. L’UNESCO lança dès le 10 mars 1994 un appel à sa reconstruction. Ce qui se passa ensuite est unique dans l’histoire du patrimoine mondial : un pont devint l’instrument délibéré d’un processus de paix. Sa reconstruction fut un acte politique autant qu’architectural. Sa réouverture le 23 juillet 2004, devant des milliers de personnes venues du monde entier, fut l’un des moments de réconciliation symbolique les plus intenses des guerres yougoslaves.
Le pont est rouverts depuis vingt ans. Chaque été, les plongeurs de Mostar (mostarski skakači) sautent depuis ses 21 à 24 mètres dans la Neretva — tradition documentée depuis 1968, rite de passage de la jeunesse locale, performance touristique et affirmation de vitalité communautaire simultanément. Mostar — dont le nom vient de mostari, les « gardiens du pont » — est littéralement une ville dont l’identité est contenue dans un seul édifice. Et cet édifice dit tout : la coexistence, la destruction, la résurrection, et la question toujours ouverte de la réconciliation.
Pourquoi visiter Mostar ?
Mostar est une ville qui ne cache pas ses blessures. Trente ans après la fin de la guerre, les façades criblées de balles sont encore présentes dans certaines rues, les cimetières de guerre occupent des parkings et des terrains vagues, et les deux communautés — bosniaque-musulmane à l’est, croate-catholique à l’ouest — maintiennent deux systèmes scolaires parallèles. La ligne de démarcation de la guerre (aujourd’hui un boulevard) sépare toujours visiblement les deux moitiés de la ville.
Mais Mostar est aussi une ville de vie intense : ses ruelles ottomanes, son artisanat du cuivre et du textile, sa gastronomie d’Herzégovine (vins Žilavka et Blatina, agneau grillé, burek de Mostar), ses concerts de sevdah dans les jardins des kafane en bord de Neretva constituent une expérience méditerranéo-balkanique d’une saveur unique.
Que voir et que faire à Mostar ?
Le Stari Most
Le Stari Most (Vieux Pont) est le monument central. Construit par Mimar Hayruddin — élève de Sinan, l’architecte impérial ottoman — en 1566 sur ordre de Soliman le Magnifique : 27 mètres de portée, 4 mètres de large, 29-30 mètres de hauteur au-dessus de la Neretva. La pierre calcaire locale (tenelia, d’une blancheur presque bleue dans la lumière du soir) lui donne une grâce presque immatérielle. Inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2005, le pont reconstruit est une réplique fidèle de l’original — taillé dans la même pierre, selon les mêmes techniques ottomanes.
La Baščaršija de Mostar
La Kujundžiluk (rue des orfèvres) — ruelle de la vieille ville ottomane qui longe la rive droite de la Neretva — est l’artère commerciale et artisanale de Mostar. Ses boutiques de cuivre martelé, ses tapis kelims, ses bijoux en filigrane et ses cafés en terrasse au bord du fleuve créent une atmosphère proche de celle de Sarajevo mais plus intime.
La Tour Helebija et la Tour Tara
Les deux tours de garde du XVIIe siècle qui flanquent les deux extrémités du pont — la Tour Helebija (rive droite) et la Tour Tara (rive gauche) — abritent un musée sur l’histoire du pont et un espace de dégustation de vins d’Herzégovine.
Les plongeurs du Stari Most
Les plongeurs de Mostar (Udruženje skakača Mostara) pratiquent leur tradition chaque été sur le pont. La hauteur du saut (21-24 m) exige une technique précise — le corps vertical à l’entrée dans l’eau, les bras protégeant les oreilles. Les compétitions officielles ont lieu en juillet-août. Les plongeurs attendent parfois que les touristes contribuent financièrement avant de s’élancer — pratique qui perpétue une tradition de rémunération des talents physiques très ancienne dans la région.
Comment organiser son séjour à Mostar ?
1-2 jours — le programme recommandé
Jour 1 : Stari Most (arriver tôt le matin pour la lumière et avant les cars de touristes), Kujundžiluk, mosquée Koski Mehmed Paša (1618, avec vue depuis le minaret sur le pont), déjeuner dans un restaurant en terrasse sur la Neretva.
Jour 2 (optionnel) : Vignobles de la vallée de la Neretva (Žilavka blanc, Blatina rouge), village de Počitelj (village ottoman médiéval fortifié à 20 km au sud), Kravice (cascades sur la Trebižat, 35 km).
Quel est le meilleur moment pour visiter Mostar ?
Mai-juin et septembre-octobre : Idéal — chaleur supportable (20-28 °C), moins de touristes que juillet-août.
Juillet-août : Très chaud (35-40 °C), foules maximales autour du pont, mais compétitions de plongeons.
Hiver : La ville révèle son visage authentique, les cafés de Kujundžiluk sont quasi déserts.
Comment se rendre à Mostar ?
Par bus. Liaisons depuis Sarajevo (2h30), Dubrovnik (3h30), Split (3h), Zagreb (7h).
Par train. Une ligne pittoresque relie Sarajevo à Mostar (2h30) à travers les gorges de la Neretva — l’un des plus beaux trajets ferroviaires des Balkans.
Gastronomie et vins
Les vins d’Herzégovine — produits dans les vignobles karstiques de la vallée de la Neretva sous un ensoleillement méditerranéen intense — sont parmi les plus réputés des Balkans. Le Žilavka blanc (cépage autochtone, sec et minéral) et le Blatina rouge (charnu et fruité) sont à goûter dans les restaurants de la vieille ville. La viande grillée (agneau, veau, ćevapi) est la base de la cuisine locale.
Mostar en quelques chiffres
- ~90 000 habitants (recensement BiH, 2022)
- Stari Most : construit 1566 (Mimar Hayruddin/Sinan), détruit 9 novembre 1993, reconstruit et rouvert 23 juillet 2004, UNESCO 2005
- Hauteur du pont : 29-30 m au-dessus de la Neretva ; portée : 27 m
- Compétitions de plongeons documentées depuis 1968
- Distance Paris-Mostar : ~1 800 km (vol Paris-Split ou Dubrovnik + bus : ~4h)
