Cette ancienne cité ouvrière, construite pour loger les mineurs de la houillère Giesche, forme l’un des ensembles d’architecture industrielle et sociale les mieux conservés d’Europe centrale. Contrairement à la plupart des cités minières de Haute-Silésie, transformées ou partiellement démolies au cours du XXe siècle, Nikiszowiec a conservé son plan d’origine, ses matériaux et sa fonction résidentielle, ce qui en fait aujourd’hui la première attraction touristique de Katowice.

Superbe mosaïque de roses sur le batiment de la poste sur la Plac Wyzwolenia dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Superbe mosaïque de roses sur le batiment de la poste sur la Plac Wyzwolenia dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.

Nikiszowiec se situe au sud-est de Katowice, à une 15-aine de minutes du centre-ville par le tramway ou la voiture, dans le prolongement du quartier voisin, la cité-jardin de Giszowiec.

Pourquoi visiter Nikiszowiec ?

L’intérêt de Nikiszowiec tient d’abord à sa cohérence architecturale rare. Là où d’autres cités ouvrières juxtaposent des constructions hétérogènes ajoutées au fil des décennies, Nikiszowiec forme un ensemble pensé dès l’origine comme un tout urbain, avec ses commerces, son école, ses bains publics et son église intégrés dans un même projet.

Le quartier occupe une place particulière dans l’imaginaire régional : il a inspiré plusieurs œuvres de référence sur la culture silésienne, dont le film Angelus (2000) de Lech Majewski, consacré aux peintres autodidactes du Groupe janowski, et demeure associé à ce cercle d’artistes issus du monde minier dont les œuvres figurent aujourd’hui dans les grandes collections polonaises.

Ce qui distingue surtout Nikiszowiec des sites patrimoniaux comparables, c’est qu’il n’a jamais cessé d’être habité.

Les cours intérieures que l’on traverse en visitant le quartier sont encore celles où vivent des familles, parfois depuis plusieurs générations, ce qui donne à la visite une texture différente de celle d’un site muséifié : on y croise du linge qui sèche aux fenêtres autant que des touristes appareil photo en main.

Arcades dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Arcades dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice côté cour.
Dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice côté cour.

Histoire et évolution du quartier

L’exploitation minière du site remonte au moins à 1826, année où débute officiellement l’extraction du champ houiller Morgenroth, même si des travaux d’extraction plus anciens sont attestés dès la fin du XVIIIe siècle sous l’impulsion de Feliks Mieroszewski.

Au tournant du XXe siècle, la compagnie minière Georg von Giesche’s Erben, confrontée à une pénurie de logements pour ses ouvriers malgré la construction récente de la cité-jardin voisine de Giszowiec, décide d’ériger une seconde colonie ouvrière, plus dense et de type urbain.

L’autorisation de construire est accordée le 17 décembre 1908 par les autorités du district (Wydział Powiatowy), à la condition expresse que le nouveau quartier soit doté d’une infrastructure complète : église catholique, écoles, voirie et réseau d’assainissement.

Le projet est confié aux architectes berlinois Emil et Georg Zillmann, déjà auteurs du plan de Giszowiec. Sur un terrain de vingt hectares destiné à accueillir à terme environ 5000 ouvriers et employés, la construction s’échelonne entre 1908 et 1918-1919, avec un premier bloc résidentiel livré dès 1911, puis se poursuit par extensions jusqu’en 1924.

Le nom du quartier provient du puits minier Nickischschacht, construit sur place et baptisé en l’honneur du baron Nickisch von Rosenegk, membre du conseil de surveillance de la compagnie ; ce puits porte aujourd’hui le nom de Poniatowski.

Le projet ne sera jamais achevé dans son intégralité : un parc prévu dans les plans d’origine ne verra finalement jamais le jour.

Rattaché à la commune de Janów jusqu’en 1922, année où la Haute-Silésie orientale rejoint la Pologne à l’issue du plébiscite et de la troisième insurrection silésienne, le quartier est ensuite intégré administrativement à la ville de Katowice en 1960.

Il échappe aux grandes vagues de démolition qui affectent d’autres cités ouvrières silésiennes dans les décennies suivantes.

Son intérêt patrimonial est reconnu dès la période communiste : Nikiszowiec est inscrit au registre des monuments historiques polonais en 1978. Le titre de Pomnik Historii, la plus haute distinction patrimoniale du pays, lui est attribué par décret du président de la République polonaise en 2011.En 2015, la Pologne inscrit Nikiszowiec sur sa liste indicative de sites candidats au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La mine Wieczorek, héritière de la houillère Giesche qui employait une partie des habitants du quartier, cesse définitivement son activité en 2018, clôturant près de deux siècles de vie minière continue sur le site.

Cheminée depuis le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Cheminée depuis le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Travaux de destruction / rénovation du Szyb Pulaski dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Travaux de destruction / rénovation du Szyb Pulaski dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.

Une organisation urbaine pensée comme un tout

Nikiszowiec se distingue par une composition urbaine cohérente et compacte, à mille lieues de l’habitat ouvrier dispersé traditionnel.

L’ensemble se structure en six îlots (kwartały), regroupant au total neuf blocs d’immeubles organisés autour de cours intérieures fermées, où se trouvaient à l’origine dépendances, petits élevages et fours à pain.

Tous les bâtiments, de trois niveaux, sont construits en brique rouge apparente, non enduite, avec des jeux de motifs et de détails qui varient subtilement d’un bloc à l’autre malgré l’unité générale de la composition, évitant ainsi la monotonie propre aux constructions en série.

Plus de 1000 logements furent au total édifiés selon ce principe, rapidement surnommés familoki par les habitants, de l’allemand Familienhaus (maison familiale).

Façades du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Façades du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Rue du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Rue du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Dans une cour du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Dans une cour du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Fenêtre dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Fenêtre dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.

Principales attractions du quartier de Nikiszowiec

Place Wyzwolenia

Le cœur du quartier bat sur la place Wyzwolenia, place allongée conçue comme un véritable centre urbain, à l’image d’un rynek traditionnel.

Elle est bordée par les konzumy, alignement de commerces logés sous des arcades de brique, qui perpétuent la fonction commerciale imaginée dès l’origine du projet.

Le Café Byfyj est une adresse gourmande où manger son petit déjeuner ou une pâtisserie-maison accompagné d’un café stylé. C’est très bon et cela se ressent au niveau du prix. Comme c’est la seule option du quartier, faîtes vous plaisir.

Un ancien bâtiment d’auberge (gospoda), orné d’une mosaïque en forme de rose encore visible aujourd’hui, abrite désormais le bureau de poste du quartier.

Plac Wyzwolenia et café Byfyj dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Plac Wyzwolenia et café Byfyj dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Café Byfyj dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Café Byfyj dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Dans le Café Byfyj dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Dans le Café Byfyj dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.

Eglise Sainte-Anne

Édifiée entre 1914 et 1927 sur les plans d’Emil et Georg Zillmann, l’église Sainte-Anne domine la place centrale de sa silhouette néobaroque massive.

Deuxième plus grand édifice religieux de Katowice après la cathédrale, elle abrite un orgue de 75 jeux réputé pour sa qualité sonore.

Sa construction, financée en partie par la compagnie minière elle-même, illustre la logique paternaliste qui présidait à l’aménagement complet du quartier, école et lieu de culte compris.

Bas relief de l'église Sainte Anne du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Bas relief de l’église Sainte Anne du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.

Galeria Szyb Wilson, galerie d’art contemporain

Installée dans l’ancien bâtiment de la cechownia et de la łaźnia (vestiaire et bains) du puits Wilson, également conçu par les frères Zillmann et achevé en 1918, la Galeria Szyb Wilson occupe un site minier dont l’histoire remonte à 1826.

Le site fut le théâtre, en 1937, d’un épisode marquant de l’histoire ouvrière locale : lors d’une grève de la faim menée par les mineurs au fond de la mine, environ trois mille épouses et enfants encerclèrent le bâtiment de la direction avec du fil barbelé pour en empêcher la sortie des dirigeants.

Ouverte en 1998 sous la forme d’une première petite galerie par Monika Paca-Bros et Johann Bros, l’institution prend sa forme actuelle en 2001, avec l’ajout de deux salles supplémentaires : la Mała Galeria, la Średnia Galeria et la Duża Galeria totalisent aujourd’hui près de 2500 m2, ce qui en fait l’une des plus grandes galeries d’art privées de Pologne.

La programmation associe expositions d’art contemporain, festivals, concerts et événements, avec une place particulière accordée aux œuvres des membres du Groupe janowski, ce cercle de peintres autodidactes recrutés parmi les mineurs de la houillère Wieczorek, parmi lesquels Teofil Ociepka, figure centrale du mouvement, Ewald Gawlik et Erwin Sówka, dont les toiles mêlent ésotérisme, philosophie orientale et imaginaire minier.

A l'intérieur d'une des salles d'exposition de la Gallery Wilson dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
A l’intérieur d’une des salles d’exposition de la Gallery Wilson dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Oeuvre d'Aleksandra Sojka "La reine" dans la Gallery Wilson dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
Oeuvre d’Aleksandra Sojka « La reine » dans la Gallery Wilson dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
A l'intérieur d'une des salles d'exposition de la Gallery Wilson dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.
A l’intérieur d’une des salles d’exposition de la Gallery Wilson dans le quartier de Nikiszowiec à Katowice.

Musée ethnographique de Nikiszowiec

Logé dans l’ancienne buanderie collective du quartier, utilisée par les habitants jusque dans les années 1980, le musée ethnographique constitue une antenne du Musée historique de Katowice.

Trois expositions permanentes y sont présentées depuis 2011 :

  • l’une reconstitue le cycle complet du lavage du linge tel qu’il se pratiquait dans la buanderie (la moins intéressante de mon point de vue),
  • une autre restitue l’intérieur typique d’un logement ouvrier silésien des années 1930 à 1960 (entre objets religieux et poupées flippantes),
  • la troisième rassemble des œuvres d’art naïf des peintres du Groupe Janowski (la plus surprenante et intéressante), en écho à la collection de la Galeria Szyb Wilson.
"Paysage de haute Silésie avec un festin" (1977). Toile de Pawel Wrobel dans le musée ethnographique du quartier de Nikiszowiec à Katowice.
« Paysage de haute Silésie avec un festin » (1977). Toile de Pawel Wrobel dans le musée ethnographique du quartier de Nikiszowiec à Katowice.
"Nature morte". Toile d'Ewald Gawlik dans le musée ethnographique du quartier de Nikiszowiec à Katowice.
« Nature morte ». Toile d’Ewald Gawlik dans le musée ethnographique du quartier de Nikiszowiec à Katowice.

Les autres bâtiments remarquables

Au-delà de ces sites principaux, le quartier conserve l’ensemble de son bâti d’origine : l’ancienne école, les bâtiments de l’administration minière et les vestiges du puits Poniatowski (l’ancien Nickischschacht), qui ponctuent encore le paysage urbain.

Les détails ornementaux des façades, variables d’un bloc à l’autre malgré l’unité générale du projet, méritent une attention particulière et témoignent du soin porté par les architectes à un habitat pourtant conçu à grande échelle.

Rue Sw Anna dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Rue Sw Anna dans le quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Entrée du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.
Entrée du quartier minier de Nikiszowiec à Katowice.

Le quartier comme lieu de séjour

Nikiszowiec se prête davantage à une visite d’une demi-journée qu’à un séjour prolongé, mais quelques chambres d’hôtes et appartements aménagés dans les bâtiments historiques permettent de dormir sur place pour qui souhaite prolonger l’expérience au-delà des heures d’ouverture des sites.

Le quartier reste néanmoins avant tout résidentiel, avec une offre de restauration limitée à quelques cafés et adresses installées dans les anciens logements ouvriers, en particulier autour de la place Wyzwolenia.

L’accès depuis le centre de Katowice se fait aisément en tramway ou en bus, la ligne desservant directement les abords du quartier.

Nikiszowiec ne pose pas de problème particulier de sécurité, de jour comme en soirée, et se visite tranquillement à pied, les principales attractions étant regroupées à distance de marche les unes des autres.


Maciej Poltorak

J'aime me perdre à la recherche d'endroits surprenants.
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