Plus de deux cents îles habitées, trois grands archipels et des paysages qui n’ont presque rien en commun d’une mer à l’autre : choisir ses îles grecques pour un premier voyage tient souvent du casse-tête. Les Cyclades séduisent par leurs villages blanchis à la chaux et leurs reliefs volcaniques, le Dodécanèse par l’héritage des chevaliers et des moines byzantins, les îles Ioniennes par leur végétation et leur architecture vénitienne. Quelles sont les îles les plus adaptées à une première découverte ? Comment les combiner depuis Athènes ?

Eblouissant Monastère de Panagia Chrysopigi à Sifnos.
Eblouissant Monastère de Panagia Chrysopigi à Sifnos dans les Cyclades.

Combiner plusieurs îles au cours d’un même voyage

Le ferry reste le moyen le plus courant pour passer d’une île à l’autre.

  • À l’intérieur des Cyclades, les traversées entre Naxos, Paros, Santorin ou Milos durent de moins d’une heure à quelques heures selon les îles et le type de navire.
  • Le Dodécanèse est relié au Pirée par des lignes plus longues souvent de nuit. Les îles de l’archipel sont desservies entre elles par des bateaux qui longent la côte turque.
  • Les îles Ioniennes forment un ensemble à part accessible par avion ou par ferry depuis les ports continentaux de la côte ouest. Elles ne se combinent pas facilement par la mer avec la mer Égée.

Les avions intérieurs depuis Athènes desservent Santorin, Milos, Naxos, Paros, Rhodes et Corfou et permettent de gagner du temps sur les longues distances.

Une autre manière de découvrir plusieurs îles consiste à voyager à bord d’un même navire, qui relie les escales sans changement d’hébergement. Une croisière en Grèce permet ainsi d’associer plusieurs archipels lors d’un seul itinéraire, en abordant certaines îles moins faciles à atteindre par les lignes régulières.

Cette formule convient aux voyageurs qui souhaitent avoir un aperçu de la diversité des îles, tandis qu’un séjour en ferry laisse plus de liberté pour s’attarder sur une île, explorer son intérieur ou y loger plusieurs nuits.

Quelles îles choisir selon ses envies ?

Pour un premier voyage centré sur les paysages emblématiques et les villages blancs, l’association de Santorin avec Naxos ou Paros constitue la formule la plus simple, car les liaisons sont nombreuses et les traversées courtes.

Les amateurs de baignade et de géologie trouveront à Milos les côtes les plus variées des Cyclades.

Les voyageurs attirés par l’histoire médiévale et religieuse privilégieront Rhodes et Patmos, deux îles qui se complètent par leurs atmosphères très différentes.

Corfou conviendra enfin à ceux qui préfèrent une nature verdoyante et une architecture de ville italienne. Elle se combine facilement avec un séjour à Athènes grâce aux vols intérieurs.

Il est généralement conseillé de ne pas multiplier les îles sur un séjour court. Deux ou trois îles en une dizaine de jours permettent de profiter de chacune sans passer l’essentiel de son temps dans les ports.

L'église de 7 martyrs (Επτά Μάρτυρες) plongeant dans la mer depuis la promontoire de Kastro à Sifnos.
L’église de 7 martyrs (Επτά Μάρτυρες) plongeant dans la mer depuis la promontoire de Kastro à Sifnos dans les Cyclades.

Athènes, une première étape avant les îles

La plupart des voyages vers les îles commencent à Athènes, dont l’aéroport et les ports desservent l’ensemble de la mer Égée. Y passer deux ou trois jours permet de découvrir les grands sites antiques avant de prendre la mer, et de donner un contexte historique à ce que l’on verra ensuite dans les îles.

L’Acropole, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, reste la visite considérée comme incontournable bien qu’assez décevante de mon point de vue (affluence monstre, tarif exorbitant, aucune information ou contexte historique présenté sur place). Le Parthénon, l’Érechthéion et ses caryatides, le temple d’Athéna Niké et les Propylées y forment l’ensemble le plus célèbre de l’architecture grecque classique.

Le musée de l’Acropole (absolument essentiel), au pied de la colline, conserve les sculptures originales et se visite avec un billet distinct.

L’Agora antique, le temple de Zeus Olympien et le quartier de Plaka complètent facilement un premier séjour.

Depuis Athènes, trois ports assurent les liaisons vers les îles :

  • Le Pirée, le plus important, dessert les Cyclades, la Crète et le Dodécanèse.
  • Rafina, à l’est de l’Attique, est souvent plus pratique pour les Cyclades du nord comme Andros, Tinos ou Mykonos,
  • Lavrio, au sud-est, dessert notamment Kéa et Kythnos.
File indienne de touristes sur la colline de l'Acropole à Athènes.
File indienne de touristes sur la colline de l’Acropole à Athènes.
Vue sur le Mont Lycabette depuis la colline de l'Acropole en Grèce.
Vue sur le Mont Lycabette depuis la colline de l’Acropole en Grèce.

Cyclades, l’archipel des premières fois

Avec leurs villages cubiques blancs, leurs églises à coupoles bleues et leurs moulins exposés au vent, les Cyclades correspondent à l’image que beaucoup de voyageurs se font de la Grèce.

Leur nom vient du cercle (kyklos) qu’elles formaient, selon les Anciens, autour de l’île sacrée de Délos, berceau mythologique d’Apollon et d’Artémis. Les distances courtes entre les îles et la densité des liaisons maritimes en font l’archipel le plus simple pour un premier voyage.

Naxos, la plus complète

Naxos est la plus grande île des Cyclades et sans doute celle qui offre la plus grande variété de paysages.

Son intérieur montagneux, dominé par le mont Zas, point culminant de l’archipel, abrite des villages de marbre et de pierre comme Halki, Filoti ou Apiranthos, des tours vénitiennes et des chapelles byzantines.

La côte ouest aligne de longues plages de sable, parmi les plus accessibles des Cyclades pour les familles.

Naxos se prête bien à un séjour de plusieurs jours, car on peut y alterner randonnées, villages et baignade sans changer d’hébergement.

Paysage de l'Île de Naxos entre Potamia et Moni - Photo de Zde - Licence ccbysa 4.0
Paysage de l’Île de Naxos entre Potamia et Moni – Photo de Zde – Licence ccbysa 4.0
Vue d'un port de l'Île de Naxos en Grèce - Photo de Jocelyn Erskine Kellie - Licence ccbysa 2.0
Vue d’un port de l’Île de Naxos en Grèce – Photo de Jocelyn Erskine Kellie – Licence ccbysa 2.0

Paros, entre villages et vie de port

Voisine de Naxos, Paros combine une atmosphère animée autour des ports de Parikia et de Naoussa et des villages plus calmes dans l’intérieur, comme Lefkes.

À Parikia, l’église de la Panagia Ekatontapyliani, l’« église aux cent portes », compte parmi les édifices paléochrétiens les mieux conservés de Grèce.

Paros est aussi un nœud important du réseau de ferries des Cyclades, ce qui en fait une base pratique pour rayonner vers Antiparos, Naxos ou Ios.

Milos, l’île volcanique

Milos doit son relief étonnant à son origine volcanique : falaises colorées, criques sculptées et roches lunaires se succèdent sur près de soixante-dix plages.

La plus photographiée est Sarakiniko. Elle présente une côte de roche blanche érodée par la mer et le vent. Un paysage d’une autre planète.

Les villages de pêcheurs de Klima et de Firopotamos avec leurs maisons de bateaux aux portes peintes de couleurs vives sont construits au ras de l’eau.

C’est à Milos qu’un paysan découvrit en 1820 la statue d’Aphrodite aujourd’hui connue sous le nom de Vénus de Milo. Acquise par la France, elle est exposée depuis au musée du Louvre à Paris. Une copie rappelle sa découverte près du site de l’ancien théâtre.

Pour explorer les nombreuses criques inaccessibles par la route, des excursions en bateau font le tour de l’île notamment vers Kleftiko et ses anciens repaires de pirates.

Santorin, la caldeira mythique

Santorin est née d’une gigantesque éruption volcanique survenue vers le 17e siècle av. J.-C., qui a provoqué l’effondrement du centre de l’île et formé la caldeira actuelle, une baie submergée bordée de falaises hautes de plusieurs centaines de mètres. Les villages de Fira, Firostefani, Imerovigli et Oia s’accrochent à la crête et offrent des vues parmi les plus célèbres de Méditerranée.

L’éruption a enseveli la cité de l’âge du bronze d’Akrotiri, sur la côte sud de l’île. Protégé par les cendres pendant plus de trois millénaires, le site conserve des rues, des maisons à plusieurs étages et des fresques.Elles sont aujourd’hui exposées au musée de la Préhistoire de Théra à Fira et au Musée archéologique national d’Athènes.

Santorin reste l’île la plus fréquentée des Cyclades, en particulier en été et lors des escales de navires de croisière. Pour un premier voyage, il est souvent préférable d’y passer deux ou trois nuits plutôt qu’une semaine et de la combiner avec des îles plus paisibles comme Naxos ou Milos.

Dodécanèse, des chevaliers aux moines byzantins

Égrené le long des côtes turques, le Dodécanèse est moins associé aux villages blancs qu’aux forteresses médiévales et aux monastères. Rattaché à la Grèce seulement en 1947 après quatre siècles de domination ottomane et trois décennies d’occupation italienne, l’archipel porte les traces de ces influences successives.

Rhodes, la ville des chevaliers

De 1309 à 1522, Rhodes fut le siège des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, les Hospitaliers, qui la transformèrent en place forte face à l’Empire ottoman.

Leur ville médiévale entourée de près de quatre kilomètres de remparts est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. La rue des Chevaliers bordée des « auberges » où logeaient les membres de l’ordre regroupés par langue d’origine mène au palais des Grands Maîtres.

Après un long siège mené par Soliman le Magnifique, les chevaliers capitulèrent en 1522 et partirent pour Malte quelques années plus tard.

Le palais des Grands Maîtres, gravement endommagé par une explosion de poudre au XIXe siècle, fut reconstruit par les Italiens dans les années 1930. Son étage abrite une remarquable collection de mosaïques antiques provenant des sites de l’île de Kos, tandis que le rez-de-chaussée présente l’histoire de la ville de sa fondation en 408 av. J.-C. jusqu’à la conquête ottomane.

Hors de la capitale, l’acropole de Lindos domine la côte est depuis un éperon rocheux.

Chateau et Acropole de Lindos sur l'Île de Rhodes en Grèce - Photo de Jebulon - Licence c0
Chateau et Acropole de Lindos sur l’Île de Rhodes en Grèce – Photo de Jebulon – Licence c0
Ruine de l'église Sainte Marie de Burgh à Rhodes - Photo de Jebulon - Licence c0
Ruine de l’église Sainte Marie de Burgh à Rhodes – Photo de Jebulon – Licence c0

Patmos, l’île de l’Apocalypse

Petite île sans aéroport, accessible uniquement par la mer, Patmos occupe une place singulière dans le monde chrétien.

Selon la tradition, l’apôtre Jean exilé sur l’île à la fin du Ier siècle y aurait reçu les visions consignées dans le livre de l’Apocalypse.

En 1088, un monastère dédié à saint Jean le Théologien est fondé. Fortifié comme un château, l’édifice domine encore la Chora et conserve une bibliothèque et un trésor d’une grande richesse avec des manuscrits et des icônes.

Le monastère, la grotte de l’Apocalypse et le centre historique de la Chora sont inscrits ensemble au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999.

Iles Ioniennes, l’autre Grèce

Sur la façade occidentale du pays, face à l’Italie, les îles Ioniennes offrent un visage très différent de celui de la mer Égée. Plus arrosées, elles sont couvertes d’oliveraies et de cyprès. Leur histoire les rattache davantage à Venise qu’à Constantinople (aujourd’hui Istanbul).

Corfou, l’île vénitienne

Corfou fut possession vénitienne de 1386 à 1797 et résista à plusieurs sièges ottomans notamment en 1537 et en 1716. Elle fait partie des rares territoires grecs à n’avoir jamais été durablement soumis à l’Empire ottoman.

La vieille ville de Corfou est encadrée par deux forteresses vénitiennes. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007. On y flâne entre les ruelles étroites des kantounia, les façades aux tons ocre et le Liston.

La galerie à arcades construite pendant la période française est inspirée de la rue de Rivoli à Paris. Les Anglais administrèrent ensuite l’île. Ils ont laissé le palais de Saint-Michel-et-Saint-Georges et une étonnante tradition de cricket.

Au sud de la ville, l’Achilleion fut édifié à la fin du 19e siècle pour l’impératrice Élisabeth d’Autriche (Sissi). Après son assassinat en 1898, la résidence fut rachetée par l’empereur allemand Guillaume II. Les jardins, peuplés de statues et ouverts sur la mer, restent la partie la plus spectaculaire de la visite.

Corfou est aussi réputée pour ses fêtes de Pâques orthodoxes parmi les plus singulières du pays. Le Samedi saint, les habitants jettent depuis leurs balcons de grandes jarres en terre cuite qui se brisent dans les rues de la vieille ville.

Le nord-ouest de l’île réunit les criques les plus pittoresques.

Dans la Vieille ville de Corfou - Photo de Martin Falbisoner - Licence ccbysa 4.0
Dans la Vieille ville de Corfou – Photo de Martin Falbisoner – Licence ccbysa 4.0
Plage de Faliraki de Corfou - Photo de Marc Tyckaert (MJJR) - Licence ccby 3.0
Plage de Faliraki de Corfou – Photo de Marc Tyckaert (MJJR) – Licence ccby 3.0

Maciej Poltorak

J'aime me perdre à la recherche d'endroits surprenants.