En 1995, alors que le siège durait depuis plus de trois ans — 1 425 jours, le plus long siège d’une capitale en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale — un groupe de cinéastes organisa dans le Bosnian Cultural Center une projection de films devant 15 000 personnes. Cet acte fondateur donna naissance au Sarajevo Film Festival, aujourd’hui le plus grand festival de cinéma d’Europe du Sud-Est. Cette histoire dit tout de Sarajevo : une ville pour laquelle la culture n’est pas un ornement, mais un acte de résistance et d’affirmation de l’existence.

Sarajevo est aussi la ville du 28 juin 1914 — le jour où l’étudiant Gavrilo Princip tira sur l’archiduc François-Ferdinand sur le Pont Latin, déclenchant la Première Guerre mondiale. Et la ville du 9 février 1984, quand elle accueillit les XIVes Jeux Olympiques d’Hiver — dont certaines installations servirent de positions de tireurs embusqués huit ans plus tard. Ces superpositions temporelles — la guerre mondiale, les Jeux, le siège — sont ce qui rend Sarajevo unique : une ville où l’histoire du XXe siècle a tout fait, dans l’ordre et dans le désordre.

Elle compte environ 270 000 habitants dans la commune (2022) et possède ce que nul guide ne peut vraiment préparer : l’atmosphère de la Baščaršija ottomane en soirée, avec ses fontaines, ses artisans qui martèlent le cuivre et ses cafés où le café bosnien est servi dans un džezva en cuivre sur un plateau avec un verre d’eau et un morceau de loukoum.

Pourquoi visiter Sarajevo ?

Sarajevo est surnommée la « Jérusalem de l’Europe » — surnom mérité : dans un espace de quelques centaines de mètres, une mosquée, une cathédrale catholique, une cathédrale orthodoxe et une synagogue coexistent. Cette convivencia balkanique, héritée de la fondation ottomane de 1461 par Isa-Beg Isaković, est la marque identitaire la plus profonde de la ville.

Le visiteur vient chercher à Sarajevo à la fois la profondeur de cette coexistence séculaire et la mémoire du siège (1992-1995) — qui, selon les chiffres de l’Institut de Recherche et de Documentation de Crimes de Guerre (BIRN), a fait plus de 11 000 morts civils, dont 1 500 enfants. Ces deux dimensions ne s’excluent pas : elles se nourrissent mutuellement.

Que voir et que faire à Sarajevo ?

La Baščaršija

La Baščaršija — le grand bazar ottoman fondé par Isa-Beg Isaković au XVe siècle — est le cœur historique de Sarajevo et l’espace public le plus animé. La mosquée Gazi Husrev-beg (1530-1531), construite par l’atelier de Sinan avec ses neuf coupoles et son minaret de 47 m, est le joyau architectural du quartier. La place Sebilj — avec sa fontaine ottomane de bois et de fonte, ses pigeons et ses cafés — est l’image la plus photographiée de Sarajevo.

La Vijećnica — L’Hôtel de Ville

La Vijećnica (Hôtel de Ville / Bibliothèque Nationale, 1896) est le bâtiment le plus spectaculaire de la période austro-hongroise : façade néo-mauresque de briques rouges et jaunes au bord de la Miljacka, intérieur à galeries décorées. Incendiée par les obus serbes en août 1992 — perdant une partie irremplaçable des collections de la Bibliothèque Nationale —, elle fut restaurée et rouverte en 2014. Sa renaissance est l’un des actes symboliques les plus forts de la reconstruction de Sarajevo.

Le Pont Latin et le Musée Sarajevo 1878-1918

Le Pont Latin (Latinska ćuprija) est le lieu exact où Gavrilo Princip tua François-Ferdinand le 28 juin 1914. Le Musée Sarajevo 1878-1918 à l’angle du pont raconte cet épisode avec des archives photographiques et des objets d’époque.

Le Tunnel de l’Espoir — Tunel spasa

Le Tunnel de l’Espoir (à 6 km du centre, sous l’aéroport) fut creusé en 1993 par les habitants de Sarajevo pour contourner le blocus : 800 mètres de galerie souterraine permettant de faire entrer nourriture, médicaments et armes légères dans la ville assiégée. Le musée sur site est l’un des mémoriaux les plus émouvants du siège.

Comment organiser son séjour à Sarajevo ?

2-3 jours — le programme recommandé

Jour 1 : Baščaršija (mosquée Gazi Husrev-beg, place Sebilj, artisans cuivriers de la Kazandžiluk), Vijećnica, Pont Latin.

Jour 2 : Tunnel de l’Espoir (matin), Galeria 11/07/95 (mémorial de Srebrenica) ou cimetière de Kovači (où sont enterrées les victimes du siège, dont Alija Izetbegović), soirée au Sarajevo Film Festival (août) ou Jazz Fest (novembre).

Jour 3 (optionnel) : Mostar (2h en bus — Vieux Pont UNESCO, vieille ville ottomane).

Quel est le meilleur moment pour visiter Sarajevo ?

Août : Le Sarajevo Film Festival (mi-août, fondé 1995 pendant le siège) transforme la ville en capitale du cinéma des Balkans.

Novembre : Le Jazz Fest Sarajevo (4-7 nov. 2026) est l’un des meilleurs festivals de jazz de la région.

Printemps et automne : Températures idéales (15-25 °C), moins de touristes.

Décembre-janvier : Sports d’hiver possibles (la montagne Bjelašnica à 25 km), ambiance de Noël et Noël orthodoxe/catholique/musulman en décalé.

Comment se rendre à Sarajevo ?

Par avion. L’Aéroport International de Sarajevo (SJJ) est à 12 km du centre. Taxis (env. 20 €) et bus. Vols direct depuis Paris-Beauvais ou via Amsterdam, Vienne ou Istanbul (4-6h avec escale).

Par bus. Liaisons directes depuis Dubrovnik (5h), Split (6h), Zagreb (8h), Belgrade (7h).

Gastronomie : ce que l’on mange à Sarajevo

La cuisine bosniaque reflète ses trois siècles d’influence ottomane, enrichis d’apports austro-hongrois.

Le ćevapi (petites saucisses de veau hachées grillées, servies dans du pain somun avec oignons et crème smetana) est le plat national bosniaque — et à Sarajevo, les restaurants de ćevapi de la Baščaršija sont des institutions. Le burek bosnien (tourte feuilletée à la viande hachée) est différent du turc et du serbe — en Bosnie, seul le burek à la viande mérite ce nom ; les autres variantes s’appellent zeljanica (épinards) ou sirnica (fromage). Le café bosnien (bosanska kafa) — mouture très fine, préparation lente dans le džezva, service cérémoniel — est une institution culturelle et sociale.

Sarajevo en quelques chiffres

  • ~270 000 habitants dans la commune (2022)
  • Fondée en 1461 par Isa-Beg Isaković (Empire ottoman)
  • Assassination de François-Ferdinand : 28 juin 1914
  • Jeux Olympiques d’Hiver : 9-19 février 1984
  • Siège : 5 avril 1992 — 29 février 1996 (1 425 jours, >11 000 civils tués)
  • Sarajevo Film Festival : fondé 1995 pendant le siège
  • Distance Paris-Sarajevo : environ 1 700 km (vol : ~4-5h avec escale)

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