Il y a dans l’histoire de Hội An un retournement de fortune que peu de villes peuvent revendiquer. Aux XVIe et XVIIe siècles, ce port du centre du Vietnam — que les Européens appelaient Faifo et que les navigateurs de l’époque nommaient parmi les escales les plus importantes d’Asie du Sud-Est — accueillait simultanément des comptoirs japonais, chinois, hollandais et portugais sur quelques centaines de mètres de rivière. Des céramiques produites ici ont été retrouvées dans des fouilles archéologiques au Sinaï, en Égypte. La ville était, selon l’expression d’un historien contemporain, un centre de commerce mondial avant même que ce terme n’existât.

Visiter Hoi An au Vietnam - Photo d'Oscar Saunders
Visiter Hoi An au Vietnam – Photo d’Oscar Saunders

 

Puis le fleuve Thu Bồn s’ensabla. Lentement, sur plusieurs décennies du XVIIIe siècle, les eaux se retirèrent des quais, les navires profonds ne purent plus entrer. Đà Nẵng — à seulement 30 km au nord, avec son port en eau profonde — prit le relais. Hội An fut abandonnée par le commerce, par les marchands et par l’Histoire. Elle ne fut jamais bombardée, jamais détruite, jamais reconstruite. Elle fut simplement oubliée.

C’est cet oubli qui l’a sauvée. Aujourd’hui, la vieille ville de Hội An recèle 844 bâtiments répertoriés pour leur intérêt historique et architectural. Ces maisons de marchands chinois aux façades ornées, ces hội quán (maisons communautaires de clans), ces temples et ces rues pavées ne sont pas des reconstructions pour touristes : ce sont les témoins intacts de quatre siècles de commerce maritime multiculturel. La vieille ville est inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis le 4 décembre 1999.

Hội An compte environ ~120 000 habitants dans la commune. La ville tire son nom du vietnamien : hội (se réunir) et an (dans la paix) — « se réunir dans la paix », nom qui décrit mieux qu’aucun autre ce que fut la ville dans ses heures de gloire.

Pourquoi visiter Hội An ?

Ce qui rend Hội An unique, c’est cette impression de temps suspendu. Le matin, les ruelles sont calmes, les marchands installent leurs étals, les cyclistes traversent la vieille ville, les façades jaunes prennent une lumière douce. Le soir, les lanternes s’allument, les reflets dansent sur la rivière, les restaurants s’animent, et la ville devient presque théâtrale.

Hội An est aussi la ville du centre du Vietnam qui donne le plus à comprendre la profondeur de l’histoire vietnamienne : avant d’être un port marchand hanséatique tropical, elle fut l’une des cités portuaires du royaume du Champa — civilisation hindouiste austronésienne qui régna sur la façade maritime du centre du Vietnam du IIe au XVe siècle, et dont le sanctuaire de Mỹ Sơn (à 50 km de Hội An, UNESCO 1999) est le témoignage archéologique le plus éloquent. Ce double héritage — cham et commerçant multiculturel — donne à la ville une profondeur de temps rare en Asie du Sud-Est.

Que voir et que faire à Hội An ?

La Vieille Ville — Phố Cổ Hội An

La vieille ville de Hội An s’étend sur quelques centaines de mètres de part et d’autre des rues Trần Phú et Nguyễn Thái Học, dans une boucle de la rivière Hoài (bras secondaire du Thu Bồn). Ce petit bijou classé à l’UNESCO rassemble sur à peine 2 km² des pagodes, des temples, des musées, des marchés et de magnifiques maisons en bois ornées de lanternes colorées. Les ruelles pavées, les sampans qui naviguent sur la rivière et le reflet des façades dans ces eaux créent un tableau d’une grande beauté.

L’architecture de la vieille ville est une synthèse unique de styles superposés : les maisons-tubes vietnamiennes (nhà ống, longues et étroites, construites perpendiculairement à la rue pour limiter l’impôt) coexistent avec des façades chinoises aux détails sculptés, des toitures japonaises à double courbure, des décorations portugaises et hollandaises sur certains encadrements de fenêtres. L’UNESCO souligne que les bâtiments et le plan urbain de Hội An reflètent la rencontre entre traditions vietnamiennes et influences étrangères, notamment chinoises, japonaises et européennes.

La visite de la vieille ville est régulée par un billet combiné (env. 120 000 VND, ~4,5 €) qui donne accès à un choix de cinq sites parmi une liste de monuments — maisons de marchands, maisons communautaires (hội quán), musées et pont couvert.

Le Pont Couvert Japonais — Chùa Cầu

Le Pont Couvert Japonais (Lai Viễn Kiều — Pont des Visiteurs Venant de Loin) est le symbole de Hội An — son image figure au dos des billets de 20 000 đồng. Construit au XVIe siècle par des marchands japonais pour relier les quartiers chinois et japonais, il est coiffé d’un toit en tuiles jaunes et vertes très richement décoré. Aux deux extrémités, un couple de singes et un couple de chiens rappellent que la construction du pont a commencé durant l’année du singe et s’est achevée pendant l’année du chien. Un petit temple dédié à la divinité protectrice des marins est encastré dans la structure du pont.

La Maison Tấn Ký et les Maisons de Marchands

Construite en 1741 par un riche marchand vietnamien, la maison Tấn Ký présente une architecture aux influences chinoises et japonaises. À l’intérieur, cette riche demeure abrite un mobilier d’époque parfaitement conservé dans son état d’origine. Elle est l’une des mieux préservées des maisons de marchands visitables de la vieille ville et donne l’image la plus complète de ce que fut la vie d’une famille commerçante prospère aux XVIIe-XVIIIe siècles : les poutres en bois de fer, les calligraphies suspendues, le puits intérieur, les alcôves de réception et l’espace de stockage des marchandises au fond.

Les hội quán (maisons communautaires de clans) — construites par les commerçants chinois de Fujian, Guangzhou, Hainan et Chaozhou pour maintenir leur identité culturelle loin de chez eux — sont parmi les monuments les plus intenses de la vieille ville. Leurs cours intérieures, leurs autels fumants et leurs toitures ornées de céramiques polychromes en forme de dragons témoignent d’une vie communautaire qui s’est perpétuée sur plusieurs siècles.

Le Festival des Lanternes — Hội An Đêm Rằm

Le Festival des Lanternes de Hội An est l’expérience visuelle la plus mémorable de la ville. Vers le XVIe siècle, les marchands japonais et chinois, qui s’étaient installés à Hội An, avaient apporté avec eux des lanternes comme rappels nostalgiques de leur pays d’origine. Après un certain temps, la fabrication de lanternes était devenue un incontournable des entreprises familiales, des festivals et des célébrations.

Chaque mois, lors de la nuit de la pleine lune, les lumières électriques de la vieille ville sont éteintes et des milliers de lanternes de soie en papier — rondes, hexagonales, en forme de poisson ou de lotus, rouges, jaunes, bleues et orangées — illuminent les ruelles, les façades et la surface de la rivière. Les habitants et les voyageurs posent des lanternes flottantes sur les eaux du Thu Bồn. L’atmosphère est d’une beauté irréelle et éphémère — la ville redevient pendant quelques heures ce qu’elle fut : un port qui brille dans la nuit tropicale. La décision d’organiser officiellement un festival des lanternes n’a été prise qu’en 1998, avec la croissance du tourisme au Vietnam.

Dates 2026 : les nuits de pleine lune tombent les 3 janvier, 1er février, 3 mars, 2 avril, 1er mai, 31 mai, 29 juin, 29 juillet, 27 août, 26 septembre, 26 octobre, 25 novembre et 25 décembre.

Le Sanctuaire de Mỹ Sơn — excursion

À 50 km de Hội An dans une vallée encaissée de la province de Quảng Nam, le sanctuaire de Mỹ Sơn (UNESCO 1999) est la capitale religieuse du royaume du Champa — un ensemble de temples chams dont les racines spirituelles le rattachent à l’hindouisme, souvent comparé à d’autres complexes de temples archéologiques de l’Asie du Sud-Est comme ceux de Borobudur à Java, Angkor Wat au Cambodge ou Bagan en Birmanie. Ses tours de briques rouges à décors de grès — construites entre le IVe et le XIIIe siècle par des dynasties chams successives — ont été gravement endommagées pendant les bombardements américains de la guerre du Vietnam, mais une quarantaine de structures subsistent dans la végétation tropicale. La visite est idéalement combinée avec Hội An sur une journée complète (taxi ou tour organisé).

Comment organiser son séjour à Hội An ?

2-3 jours — le programme recommandé

Jour 1 : Exploration de la vieille ville à pied le matin (avant 9h, avant l’afflux des cars de touristes depuis Đà Nẵng) — Pont Couvert Japonais, hội quán de Fujian (la plus spectaculaire des maisons communautaires), maison Tấn Ký. Déjeuner au marché central. Après-midi libre pour les ateliers de confection de lanternes ou les cours de cuisine. Soirée pour la nuit de la pleine lune si le calendrier le permet — sinon, promenade au bord de la rivière Hoài à la nuit tombée (les lanternes sont allumées tous les soirs, indépendamment de la pleine lune).

Jour 2 : Location de vélos le matin — circuit vers les villages artisanaux alentour (village de potiers de Thanh Hà, village menuisier de Kim Bồng, à 5 km de la vieille ville). Après-midi : plage d’An Bàng (4 km à l’est, accessible à vélo — une des plus belles plages du centre Vietnam, encore peu développée). Soirée dans les restaurants de la ville nouvelle.

Jour 3 : Excursion à Mỹ Sơn (matin — prévoir 3-4h sur le site). Retour en début d’après-midi.

Quel est le meilleur moment pour visiter Hội An ?

Février-avril est la période idéale : la saison sèche est bien établie (le centre du Vietnam reçoit ses pluies principalement d’octobre à décembre), les températures sont agréables (22-28 °C), et la végétation est luxuriante après les pluies.

Janvier et février (Tết) : le Nouvel An lunaire transforme Hội An en une explosion de fleurs, de lanternes et de décorations — une expérience extraordinaire mais une fréquentation maximale.

Mai-août : haute saison touristique, chaleur intense (30-36 °C), humidité élevée. La mer est bonne pour la baignade.

Octobre-décembre : saison des pluies dans le centre du Vietnam — des pluies intenses parfois plusieurs jours consécutifs, risque de typhons, inondations possibles dans la vieille ville (le Thu Bồn déborde parfois). Déconseillé pour une première visite.

Comment se rendre à Hội An ?

Hội An ne possède pas d’aéroport. Le point d’entrée est l’Aéroport International de Đà Nẵng (DAD) — à 30 km au nord de Hội An. Des vols directs depuis Paris (Vietnam Airlines, Air France via escale) : 11-12 heures. Depuis l’aéroport, un taxi ou un service privé rejoint Hội An en 45-60 minutes selon le trafic (tarif fixe env. 250 000-350 000 VND, ~9-13 €). Des bus partagés existent également.

Depuis Hanoï en interne : vol Hanoï-Đà Nẵng (~1h, plusieurs compagnies low-cost VietJet, Bamboo Airways). Depuis Hô Chi Minh-Ville : vol HCMV-Đà Nẵng (~1h15). Depuis Huế : 3h de bus ou taxi (~120 km au nord).

Gastronomie : ce que l’on mange à Hội An

La cuisine de Hội An est considérée par de nombreux gastronomes comme la plus raffinée du Vietnam central — et certains la placent parmi les meilleures cuisines régionales du pays. Elle doit sa singularité à son histoire commerciale : les échanges culinaires entre marchands vietnamiens, chinois et japonais ont produit des plats hybrides uniques dont certains ne se mangent pratiquement nulle part ailleurs.

Le cao lầu est la spécialité la plus emblématique et la plus introuvable hors de Hội An. Ce plat de nouilles épaisses de riz (dont la texture particulière nécessite, selon la tradition, l’eau des puits de la ville et les cendres d’un bois spécifique des îles Cham) est servi avec du porc rôti, des herbes fraîches, des germes de soja et de fines feuilles croustillantes de pâte frite. Sa saveur est sèche, concentrée et parfumée — rien à voir avec la soupe de pho. La légende dit qu’un cao lầu préparé avec l’eau d’un autre puits que ceux de la vieille ville n’est plus authentique.

Les bông hồng trắng (White Rose, roses blanches) sont des raviolis vapeur translucides, aux bords finement plissés, farcis de crevettes et de porc, parsemés d’oignons frits et de sauce de poisson — un plat d’une délicatesse remarquable, produit par une seule famille de Hội An dont la recette n’a pas été divulguée depuis plusieurs générations.

Le cơm gà Hội An (riz au poulet à la mode de Hội An) — riz cuit dans le bouillon de cuisson du poulet, effilé et mélangé d’herbes fraîches, de gingembre et d’oignons grillés — est un plat d’apparence humble mais d’une précision technique réelle. Le marché central de la ville en propose d’excellentes versions.

La bánh mì de Hội An — variante locale de la baguette farcie — est réputée dans tout le Vietnam pour la qualité et la diversité de ses garnitures ; plusieurs stands du centre-ville font des files d’attente dès l’aube.

Hội An en quelques chiffres

  • ~120 000 habitants dans la commune de Hội An
  • Nom : Hội An — « se réunir dans la paix » (vietnamien)
  • Nom colonial français : Faifo
  • Vieille ville inscrite au Patrimoine Mondial UNESCO le 4 décembre 1999
  • 844 bâtiments répertoriés pour leur intérêt historique et architectural
  • Superficie de la vieille ville : ~2 km²
  • Pont Couvert Japonais : construit au XVIe siècle, figure sur le billet de 20 000 đồng
  • Déclin du port dû à l’ensablement du Thu Bồn : XVIIIe siècle
  • Festival des Lanternes officiel : depuis 1998
  • Sanctuaire de Mỹ Sơn (Champa) : à 50 km, UNESCO 1999
  • Distance de Đà Nẵng (aéroport le plus proche) : 30 km (~45 min)
  • Distance de Huế : ~120 km (~3h)
  • Distance Paris-Đà Nẵng : ~9 400 km (vol : ~11-12h avec escale)

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