Il n’y a qu’une seule ville au monde dont une partie se trouve en Europe et une autre en Asie. Cette ville est Istanbul. Le Bosphore — ce détroit de 31 km de long et 700 mètres de large au plus étroit — la traverse en la divisant en deux rives que des millions d’habitants traversent chaque jour en ferry, en métro sous-marin ou sur l’un des trois ponts qui enjambent le détroit. Cette situation géographique n’est pas un accident : elle est la raison même pour laquelle la ville existe et a été convoitée par trente siècles de puissances successives.
Elle s’est appelée Byzance — fondée selon la tradition par un roi légendaire grec, Byzas, au VIIe siècle avant notre ère, sur ce promontoire triangulaire qui contrôle le passage entre la mer Noire et la Méditerranée.
Elle s’est appelée Constantinople — du nom de l’Empereur Constantin Ier, qui en fit la capitale de l’Empire romain en 330 et y construisit la première Sainte-Sophie. Elle fut pendant un millénaire la plus grande ville d’Europe — sa population atteignit 500 000 habitants au Ve siècle, alors que Rome se vidait.
Le 29 mai 1453, le sultan Mehmet II prit la ville après un siège de 53 jours, transformant Sainte-Sophie en mosquée le soir même.
Elle s’appelle Istanbul depuis 1930 — mais pour le reste du monde, elle reste la ville aux trois noms et aux trois empires.
Aujourd’hui, Istanbul compte 15,7 millions d’habitants (Turkstat, 2024) — la plus grande ville d’Europe par sa population, et la seule mégapole continentale du monde à cheval sur deux continents. Son économie représente ~30 % du PIB de la Turquie !
Pourquoi visiter Istanbul ?
Istanbul est une ville dont l’histoire est contenue dans chaque pierre. Les fouilles du Marmaray (tunnel ferroviaire sous le Bosphore, inauguré en 2013) ont mis au jour les vestiges du port antique de Constantinople avec des dizaines de navires byzantins coulés, des amphores et des documents en parchemin. Sous les fondations de la Mosquée Bleue se trouvent les ruines du Grand Palais byzantin. Sous le Grand Bazar, les structures du bazar médiéval du XVe siècle. La ville est littéralement construite sur elle-même, couche après couche, depuis 2 700 ans.
Sa valeur pour le voyageur contemporain tient à cette profondeur stratifiée, mais aussi à une énergie urbaine contemporaine d’une intensité rare : 25 millions de touristes par an, une scène gastronomique qui a fait de la cuisine ottomane l’une des grandes cuisines méditerranéennes, et une vie nocturne entre le Bosphore et les ruelles de Beyoğlu qui n’a rien à envier aux capitales européennes voisines.
Que voir et que faire à Istanbul ?
Sainte-Sophie — Ayasofya
Sainte-Sophie (Hagia Sophia, Ayasofya) est l’édifice le plus symbole d’Istanbul — et l’un des plus chargés de l’histoire de l’humanité. Construite par l’Empereur Justinien Ier entre 532 et 537, elle fut pendant presque 1 000 ans la plus grande cathédrale du monde chrétien. Sa coupole de 31 mètres de diamètre, suspendue à 55 mètres de hauteur par une ingéniosité structurelle dont les secrets n’ont été pleinement compris qu’au XXe siècle, définit encore le vocabulaire architectural de toutes les grandes coupoles qui suivirent — dont le dôme de Saint-Pierre de Rome. Transformée en mosquée par Mehmet II en 1453, reconvertie en musée par Atatürk en 1934, et à nouveau ouverte comme mosquée par un décret présidentiel de 2020, elle est aujourd’hui accessible aux visiteurs non-musulmans (hors heures de prière), avec les mosaïques byzantines partiellement voilées.
Accès : Sultanahmet. Entrée gratuite (mosquée active). Tenue correcte requise ; couvre-chef pour les femmes fourni à l’entrée.
La Mosquée Bleue — Sultanahmet Camii
La Mosquée Bleue (Sultan Ahmet Mosquée, construite 1609-1616) est l’unique mosquée au monde dotée de six minarets — privilège initialement réservé à la grande mosquée de La Mecque, ce qui provoqua une controverse théologique résolue par l’ajout d’un septième minaret à La Mecque. Son intérieur est couvert de plus de 20 000 faïences d’Iznik — les carreaux de céramique bleu cobalt, blanc et turquoise qui lui ont valu son surnom occidental. Elle fait face à Sainte-Sophie dans un dialogue de civilisations que nulle autre place au monde ne reproduit.
Le Palais de Topkapi — Topkapi Sarayi
Le Palais de Topkapi fut la résidence principale des sultans ottomans pendant 400 ans (1478-1856). Ses cours successives, ses pavillons, son harem (~400 pièces) et son Trésor impérial (le Poignard Topkapi avec ses trois émeraudes géantes, le Diamant de la Cuillère) sont accessibles au public. La salle des Reliques Sacrées (Has Oda) contient les manteaux et autres reliques attribuées au Prophète Mahomet — l’une des collections islamiques les plus vénérées du monde. La vue depuis les terrasses sur le Bosphore est incomparable.
Le Grand Bazar — Kapalıçarşı
Le Grand Bazar est le plus grand et le plus ancien marché couvert du monde. Fondé en 1455 (deux ans après la conquête ottomane) par Mehmet II, il couvre 30 600 m² sur 61 rues couvertes et ~4 000 boutiques — tapis, cuir, bijoux en or, céramiques, épices, textiles, lampes ottomanes. Plus de 250 000 personnes le traversent chaque jour selon les estimations, ce qui en fait l’un des espaces commerciaux les plus fréquentés de la planète. Y perdre son chemin délibérément est l’une des activités les plus agréables d’Istanbul.
La Croisière sur le Bosphore
Une croisière sur le Bosphore — disponible en formule courte (2h, jusqu’au premier pont) ou longue (6h, jusqu’à la mer Noire) depuis l’embarcadère d’Eminönü — est la manière la plus complète de comprendre Istanbul. Depuis l’eau, on voit simultanément les palais ottomans sur les deux rives (dont le Palais de Dolmabahçe, résidence des derniers sultans, inauguré en 1856), les yalis (villas en bois du XIXe siècle dans les faubourgs du Bosphore), les forteresses médiévales et les quartiers contemporains. Le détroit — où les pétroliers et les cargos croisent les ferries locaux dans une chorégraphie permanente — est à la fois route commerciale internationale et lac intérieur de la ville.
Comment organiser son séjour à Istanbul ?
3-4 jours — le programme recommandé
Jour 1 — Sultanahmet : Sainte-Sophie (arriver à l’ouverture), Mosquée Bleue (fermée pendant les heures de prière), Topkapi (prévoir 3h), Citerne Basilique (Yerebatan Sarnıcı, réservoir souterrain du VIe s. avec 336 colonnes éclairées).
Jour 2 — Beyoğlu et Karaköy : Traversée en ferry vers Karaköy, Galata Tower (1348), Istiklal Caddesi (la grande artère piétonne du XIXe s.), quartier de Çukurcuma (antiquaires et cafés de spécialité), soirée à Beşiktaş.
Jour 3 — Bosphore : Croisière du matin, Grand Bazar l’après-midi, Marché aux épices (Mısır Çarşısı), soirée sur les rives du Bosphore à Bebek ou Ortaköy.
Jour 4 (optionnel) : Rive asiatique — Üsküdar et Kadıköy (quartier résidentiel et gastronomique, marché de producteurs, cafés, librairies) — pour comprendre qu’Istanbul « asiatique » est plus tranquille, plus locale, plus authentique.
Quel est le meilleur moment pour visiter Istanbul ?
Avril-mai et septembre-octobre sont les meilleures périodes : températures de 18-24 °C, lumière méditerranéenne, pas de foules estivales.
Juillet-août : chaud (30-35 °C), fréquentation touristique maximale, queues longues devant Sainte-Sophie et Topkapi.
Décembre-mars : frais (5-12 °C), pluie fréquente, mais Istanbul en hiver est photogénique (possibilité de neige, brouillard sur le Bosphore) et infiniment moins fréquentée.
Gastronomie : ce que l’on mange à Istanbul
La cuisine d’Istanbul est l’héritière de la cuisine ottomane de cour — l’une des cuisines les plus sophistiquées du monde, dont les racines remontent à plusieurs siècles de raffinement impérial.
- Le kebab (terme générique désignant des viandes grillées ou rôties à la broche — döner, şiş, Adana, İskender) est la base de la cuisine populaire.
- Le börek (feuilleté au fromage, aux épinards ou à la viande hachée, cuit au four) est la pâtisserie salée omniprésente dans les boulangeries.
- Le meze (assortiment de petits plats froids et chauds — hummus, cacık au yaourt et concombre, imam bayıldı, dolma, patlıcan salatası — servi en entrée dans les tavernes meyhane) est la forme de repas la plus conviviale de la ville.
- Le poisson du Bosphore — bar de ligne (levrek), daurade (çipura), anchois (hamsi) — est frit et servi dans des sandwichs sur les ponts (balık ekmek) ou préparé en restaurant sur les rives du Bosphore.
- Le çay (thé noir turc, servi en verre en forme de tulipe, sucré ou non) est la boisson nationale — consommée à toute heure, en toutes circonstances.
- Le café turc (Türk kahvesi) — moulu très finement, préparé dans le cezve, servi non filtré avec le marc — est une institution culturelle : d’après la tradition, on lit l’avenir dans les traces de marc qui restent au fond de la tasse.
Istanbul en quelques chiffres
- 15,7 millions d’habitants (Turkstat, 2024) — plus grande ville d’Europe
- Seule ville transcontinentale du monde (Europe et Asie)
- Byzance : fondée VIIe s. av. J.-C. (Byzas) ; Constantinople : 330 (Constantin Ier) ; Istanbul : 1930 (Atatürk)
- Constantinople : 400 000-500 000 hab. au Ve siècle — plus grande ville d’Europe pendant ~1 000 ans
- Sainte-Sophie : construite 532-537 (Justinien), coupole 31 m de diamètre à 55 m de hauteur
- Chute de Constantinople : 29 mai 1453 (Mehmet II) — fin de l’Empire byzantin
- Grand Bazar : fondé 1455, 30 600 m², ~4 000 boutiques, ~250 000 visiteurs/jour
- Bosphore : 31 km de long, 700 m au plus étroit
- PIB d’Istanbul : ~30 % du PIB turc
- Distance Paris-Istanbul : ~2 250 km (vol direct : 3h30-4h)