Il y a des îles qui se ressemblent, et puis il y a Lanzarote. Née de la violence souterraine de l’Atlantique, sculptée par des siècles d’éruptions et lissée par les alizés du Sahara, cette île des Canaries appartient à une catégorie à part. Elle n’est ni tout à fait africaine, ni tout à fait européenne, ni tout à fait terrestre — elle est avant tout volcanique. Mais ce que les éruptions ont brûlé, la mer l’a bordé de turquoise ; et ce que la lave a durci, les hommes ont su le faire fleurir. Lanzarote est une île double : celle du feu souterrain et celle de l’Atlantique lumineux. Ce guide vous emmène dans les deux.

Lanzarote est une île surprenante. Elle mérite qu’on lui consacre au minimum une semaine même si l’on finit toujours par se demander si cela suffit. Plusieurs options d’hébergement vous permettent de choisir Lanzarote pour un séjour entre volcans et océan.
L’île des volcans : Itinéraire vulcanologique avec les sites incontournables
Pour qui souhaite comprendre Lanzarote par son volcanisme, voici un itinéraire structuré par zones géographiques.
Parc national de Timanfaya : Les Montagnes de Feu (Zone Sud-Ouest)
C’est le cœur battant du volcanisme lanzarotin, et sans doute le paysage le plus spectaculaire des Canaries. Les Montagnes du Feu sont le résultat d’éruptions survenues dans le sud de Lanzarote aux XVIIIe et XIXe siècles : c’est un spectacle de cratères rouges, de coulées de lave et de paysages lunaires qui reflètent ces événements géologiques.
L’accès à l’intérieur du parc se fait uniquement en bus guidé — aucun véhicule personnel et aucune randonnée libre n’y sont autorisés, afin de préserver l’intégrité du lieu.
Sur l’Îlot de Hilario, les démonstrations géothermiques sont saisissantes : de l’eau versée dans un conduit naturel ressort quelques secondes plus tard sous forme de vapeur bouillante, et la chaleur du sol, à quelques dizaines de centimètres sous la surface, dépasse les 100°C.
Au restaurant El Diablo, dessiné par César Manrique, les grillades sont cuites par la chaleur naturelle du volcan. Prévoir la réservation à l’avance en haute saison.

Volcan El Cuervo : Le premier des volcans de 1730 (Zone Centre-Ouest)
On peut faire le tour complet du volcan + la visite du cratère en environ deux heures, et l’accès est gratuit.
El Cuervo est le volcan qui ouvrit la grande séquence éruptive de 1730 : s’y rendre, c’est marcher sur les premières laves qui ont changé le visage de l’île. Le sentier balisé fait le tour du cratère et descend en partie dans la caldeira, offrant une vue directe sur les parois intérieures et la chaîne volcanique de Timanfaya en arrière-plan.
Moins fréquenté que le parc national — et entièrement libre d’accès — El Cuervo constitue la meilleure alternative pour les passionnés de volcanologie qui souhaitent une immersion plus intime dans le paysage.


La Geria : La route des vignes volcaniques (Zone Centre)
Au centre de Lanzarote, La Geria déroule ses vignes sur des terres noires, nées de la fureur des volcans.
Cette zone classée, entre Tinajo et Tías, borde le parc national de Timanfaya et se distingue par son décor lunaire : les ceps s’enracinent dans des cratères creusés à la main, protégés par des murets en pierre sèche.
La route des vins de La Geria traverse ce paysage extraterrestre sur plusieurs kilomètres. Plusieurs bodegas — dont la célèbre El Grifo, la plus ancienne des Canaries — accueillent les visiteurs pour des dégustations de Malvasia blanc, sec, demi-sec ou doux.
Même sans s’arrêter pour boire, la route mérite d’être empruntée rien que pour le spectacle géologique qu’elle offre.

Los Hervideros : Là où la lave rencontre l’Atlantique (Zone Sud-Ouest, côte)
Los Hervideros — « les bouillonnants » — est un site côtier d’une beauté dramatique situé sur la côte occidentale, entre Timanfaya et les salines de Janubio.
Les coulées de lave de 1730 ont ici atteint la mer, formant des falaises ajourées de tunnels, de grottes et de cheminées naturelles dans lesquelles la houle atlantique s’engouffre avec fracas, projetant des gerbes d’écume.
Par mer agitée, le spectacle est saisissant. Un sentier de planches aménagé longe les falaises sur quelques centaines de mètres, sécurisé et accessible à tous. L’entrée est libre, et le site se visite en 30 à 45 minutes.

Mirador del Río : Le belvédère de César Manrique (Zone Nord)
Le Mirador del Río offre un panorama vertigineux sur l’archipel Chinijo.
Perché sur une falaise de 400 mètres au-dessus de l’extrémité nord de l’île, ce belvédère architectural conçu par César Manrique est entièrement intégré dans la roche, quasiment invisible depuis l’extérieur.
À l’intérieur, des baies vitrées panoramiques plongeantes ouvrent sur l’une des plus belles vues de tout l’archipel : l’île de La Graciosa en contrebas, les îlots de l’archipel Chinijo, et par temps clair, jusqu’à Fuerteventura.
Le coucher de soleil depuis ce point est inoubliable.
Cueva de los Verdes & Jameos del Agua : Le grand tunnel de la Corona (Zone Nord-Est)
Ces deux sites partagent le même système géologique :
la Cueva de los Verdes fait partie du vaste paysage volcanique du Malpaís de la Corona. La grotte fait près de 8 kilomètres de long et consiste en un complexe de tunnels et de recoins avec des voûtes et des lagunes intérieures fascinantes.
Formé il y a environ 23 000 ans par l’éruption du volcan de la Corona, ce tube de lave se prolonge même sous la mer sur plus d’un kilomètre. La visite de la Cueva (environ 1 km guidé, 1h) révèle des galeries superposées avec des couleurs de parois allant du noir profond à l’ocre et au violet.
À quelques minutes, les Jameos del Agua montrent le même tunnel là où il plonge sous la mer : une lagune souterraine aux eaux saumâtres abrite une espèce endémique aveugle, le crabe albinos Munidopsis polymorpha, que les éruptions ont piégé ici il y a des millénaires. L’aménagement signé Manrique transforme le lieu en une expérience hybride entre géologie et art.
Des plages pour tous
Lanzarote offre un éventail de plages remarquablement varié pour une île de sa taille. Du nord au sud, du sable blanc volcanique au sable doré importé, des criques sauvages aux plages de stations aménagées, il y en a pour chaque voyageur. Voici une sélection organisée du plus accessible au plus reculé.
Plages de stations balnéaire : Pour la baignade sans contrainte
Playa Grande (Puerto del Carmen) est la plage emblématique de la principale station balnéaire de l’île. Longue, bien équipée, animée et surveillée, elle convient parfaitement aux familles souhaitant un accès facile à tous les services — transats, restaurants, sports nautiques. En saison, elle est très fréquentée.
El Jablillo (Costa Teguise) mérite une mention particulière pour la plongée et le snorkeling. Ce petit lagon abrité aux eaux turquoise est idéal pour observer les poissons. Les environs disposent aussi d’un récif artificiel pour ceux qui veulent s’essayer à la plongée sous-marine. Des centres de plongée proposent des baptêmes et des formations certifiantes à deux pas de la plage.

Plages sauvages et secrètes
Les plages de Papagayo (Parc naturel de Los Ajaches, Sud) constituent sans doute le joyau côtier de l’île. Ce parc naturel comprend sept criques : Papagayo, Puerto Muelas, Caleta del Congrio, Playa de la Acera, Playa del Pozo, Playa Mujeres et Calentón de San Marcial, toutes protégées et peu fréquentées tôt le matin.
Papagayo est réputée pour ses fonds marins limpides et sa biodiversité marine : la visibilité dépasse souvent 15 mètres, idéale pour le snorkeling et le kayak. Des excursions guidées permettent de découvrir la faune locale, notamment les poissons-perroquets, mérous et parfois des tortues.
L’accès en voiture coûte 3 € par véhicule ; on peut aussi y accéder à pied, à vélo ou par la mer depuis la marina de Playa Blanca.

Playa Quemada est un village de pêcheurs au sud de Puerto del Carmen que le tourisme a presque entièrement épargné.
Son sable noir intense contraste avec le bleu profond de l’océan. Dans le petit village qui jouxte la plage, plusieurs terrasses sont propices à un petit déjeuner face à la mer ou une dégustation de poissons grillés issus de la pêche du jour.
Un havre de paix authentique à 15 minutes des grandes stations.

Playa del Risco est réservée aux marcheurs et aux amateurs de solitude absolue.
Cette plage ne peut être rejointe qu’à pied, au terme d’une marche vertigineuse depuis le village de Yé. Elle est abritée par le spectaculaire Risco de Famara, et il règne ici un calme incroyable où l’on n’entend que le bruit des vagues et le chant des oiseaux.
La randonnée pour y accéder prend environ une heure depuis le plateau — et c’est précisément ce qui la préserve.
