Praga, la bohême de la rive droite de Varsovie

Praga. La rive droite de la ville. Presque un autre monde. C’est sur la rive droite que bat le cœur artistique et bohémien de Varsovie. Un endroit longtemps ignoré, voire évité, par les VarsovienNEs comme par les touristes, qui (re)découvrent aujourd’hui avec émerveillement ce qu’ils avaient sous le nez.

 

> Quartier de Praga à Varsovie - Photo d'Andrzej Wrotek

> Quartier de Praga à Varsovie – Photo d’Andrzej Wrotek

 

Le quartier de Praga, avec son renouveau arty et trendy, est un parfait exemple de gentrification en cours. En attendant, on peut toujours venir s’imprégner de briques, de façades délabrées mais charmantes, de cafés sombres et intimes, de galeries d’art avant-gardistes, de musique, de fête et de ce qu’il reste du folklore local.

 

Carte du quartier de Praga à Varsovie
> Carte du quartier de Praga à Varsovie.

 

On fait souvent référence à « Praga » pour parler de toute la rive droite de Varsovie. Avec une telle appellation générique, on se retrouve avec une zone géographique immense, dont la majorité n’a finalement que peu d’intérêt pour le touriste.

Les maisons individuelles et les HLM de Targowek, Bialoleka et Rembertow, les zones péri-urbaines de Wesola et Wawer ne sont pas particulièrement intéressantes.

En revanche, les zones proches du fleuve, le Praga historique, est véritablement un passage obligé pour celui qui veut voir autre chose que les pavés si fréquentés de la Vieille Vielle. C’est donc d’une zone finalement assez limitée, autour des rues Targowa, Ząbkowska czy Okrzei, dont nous allons parler ici.

 

Un quartier véritablement historique de Varsovie

La rive droite de Varsovie est devenue une entité urbaine reconnue en 1648 par décret royal, mais ce n’est qu’en 1791 que Praga a été annexée par Varsovie. Durant les siècles, ce quartier excentré, donc peu défendu, a régulièrement été pillé, incendié et détruit. Néanmoins, le développement de l’industrie et la présence d’un grand marché sur la rive droite du fleuve a constamment attiré migrants, ouvriers et marchands à s’installer de ce côté-ci de la Vistule.

 


> Marché aux chevaux à Praga en 1791.

 

Praga n’a été que peu détruite durant le 2e Guerre Mondiale. Les occupants nazis ont dynamité quasiment toute la rive gauche fin 1944 en représailles à l’insurrection de Varsovie, mais n’ont pas eu accès à Praga. Les troupes de l’Armée Rouge y stationnaient sur la rive droite l’arme au pied.

Les Polonais accusèrent Staline de vouloir fragiliser le gouvernement polonais en exil à Londres en décimant son armée intérieur (AK). Les Russes mirent en avant les efforts réalisés pendant l’opération Bagration : Une avancée de 600 km en 2 mois sur une ligne de front de 1000 km. La rive droite de Varsovie etait leur halte méritée.

 

Libération de Praga par l'Armée rouge & l'armée polonaise
> Libération du quartier de Praga par l’Armée rouge. Les batiments sont ici encore debout.

 

Après la guerre, le manque d’investissement dans les rénovations (on peut encore voir certains immeubles avec des impacts de balles) et la pauvreté des habitants a entrainé difficultés sociales et criminalité.

Jusque tard dans les années 90, les façades très décrépites et les balcons qui s’effondrent, la délinquance, l’alcoolisme et le trafic de drogues dures, ce vieux stade qui était un marché semi-sauvage où tout s’achetait, AK47 compris, faisaient peur au Varsoviens. On n’allait pas à Praga à moins d’avoir une bonne raison.

 

Homme endormi devant un magasin d'alcool en 1976 à Praga.
> Homme endormi vraisemblement pas à jeun devant un magasin d’alcool en 1976 à Praga.

 

Facades décaties de Praga, Ulica Brzeska - Photo de Radek Kołakowski
> Facades décaties de Praga, Ulica Brzeska – Photo de Radek Kołakowski

 


> Vente d’armes (bon ici en plastique) au stade Dziesieciolecia de Varsovie dans les années 1990.

 

Au cours des années 2000, la pression immobilière, la disneyfication de la Vieille Ville et le ras-le-bol des jeunes varsoviens pour les clubs proprets et interchangeables de la capitale ont poussé certaines franges de population à s’intéresser de plus près au seul quartier historiquement authentique de Varsovie. Puis, le phénomène est bien connu : quand un endroit devient cool, l’argent arrive derrière. On en est là.

L’argent commence à arriver, et le charme du quartier risque d’être grignoter progressivement par des rénovations bâclées, l’installation de franchises et l’embourgeoisement de la population. Il reste une chance de bien faire les choses, mais c’est loin d’être gagné.

La part importante réservée à la culture / contre-culture est un signe encourageant, avec de nombreuses réhabilitations à vocation artistico-culturelle.

Quoi qu’il en soit, Praga sera Praga pendant encore quelques années, donc autant en profiter tant qu’on peut !

 

Une ville de brique et de fer forgé

Dans le Vieux Praga et aux alentours, notamment sur la ulica Targowa, on se promène dans une ville complètement différente du reste de Varsovie. Les immeubles de brique aux balcons en fer forgé, organisés autour de cours intérieures, donnent une atmosphère particulière aux lieux.

 

Cour de Praga
> Cour de Praga à Varsovie.

 

Friche industrielle rue Strzelecka 30/32 à Praga - Photo de Przemyslaw Jahr
> Friche industrielle rue Strzelecka 30/32 à Praga – Photo de Przemyslaw Jahr

 

Certains immeubles sont particulièrement décrépis, avec ces briques apparentes et sales, ces balcons effondrés, des grilles de protection qui protègent les passants des chutes de pierres, et les stigmates de la guerre toujours visibles.

Certaines ont été rénovées ou sont en cours de rénovation (il y a quand même beaucoup d’échafaudages), avec des résultats parfois mitigés. Après, c’est une histoire de goût : il y a ceux qui préfèrent les façades replâtrées et peintes en couleurs pastel et ceux qui préfèrent la brique nue. Mais, dans tous les cas, le contraste est saisissant.

En se baladant dans le vieux Praga, autour des rues Stefana Okrzei et Jagiellonska ou le long de l’une des artères du quartier, la ulica Targowa, on peut admirer beaucoup de ces contrastes. Les rénovations récentes sont plutôt réussie (il est clairement visible que les quelques rénovations réalisées à la va-vite dans les années 90 sont en train de vieillir très vite), mais c’est côté gentiment lugubre des vieux immeubles qui donne cette atmosphère si particulière à Praga.

 

Ulica Targowa 14 à Praga, Varsovie
> Ulica Targowa 14 à Praga, Varsovie.

 

Maison sous les hiboux (Pod sowami) à Praga
> Immeuble sous les hiboux (Pod sowami) à Praga.

 

Certains immeubles sont plus particulièrement notables, comme la Kamienica pod Sowami, (L’immeuble sous les Hiboux – coin de la ulica Stefana Okrzei et de la ulica Jagiellonska), avec son coin en tourelle et ses hiboux de pierre sous les toits.

 

Street art et terrain de jeux pour enfant à Praga, Varsovie.
> Street art à Praga, Varsovie.

 

Vous pouvez également jeter un coup d’œil aux anciens bains juifs, charmant petit immeuble de brique rouge (ul. Kłopotowskiego 31).

Enfin, sur la ulica Targowa se situe la Maison Rothblith (ul. Targowa 50/52), la plus ancienne bâtisse de Praga, construite en 1819 par le marchand juif Rothblith. En réalité, il y a trois maisons à cette adresse, construites entre 1819 et 1873, la plus ancienne étant celle de gauche. Après avoir été rénovées, elles sont devenues aujourd’hui le Musée de Praga de Varsovie.

L’esprit du Vieux Praga perdure également sur la ulica Ząbkowska, géographiquement en dehors du Vieux Praga, mais qui, en réalité, en est le prolongement. La Ząbkowska est une des rues marchantes principales du quartier. D’ailleurs, s’y promener permet de voir l’évolution architecturale de Praga : en commençant au coin avec la Targowa et en remontant la rue, on passe progressivement de bâtisses du 19ème siècle aux constructions modernes. Véritable épicentre de la boboisation de Praga, la rue est aujourd’hui le synonyme de « bars à atmosphère » animés remplis d’étudiants et d’artistes.

 

Un folklore local en péril : Chapelles et orchestres

Praga est un exemple assez atypique de la naissance d’un folklore spécifique au quartier d’une ville, tant d’un point de vue architectural que du point de vue de la culture populaire. Les orchestres de rues, les chapelles dans les cours d’immeuble, l’artisanat, les bazars, tous ces éléments contribuent à rendre le quartier vivant et particulier.

La tradition des chapelles dans les cours d’immeubles et les rues n’est pas, en réalité, spécifique à Praga, mais c’est l’endroit à Varsovie où il est le plus simple d’en admirer. Il y en a près de 90 disséminées dans tout le quartier, que ce soit des chapelles ou de statues de la Vierge, et elles ne sont souvent pas du tout indiquées. C’est en levant un peu les yeux sur les façades ou en rentrant dans les cours intérieures de ces immeubles anciens qu’on peut parfois découvrir de véritables petites merveilles.

Certaines ont été rénovées, d’autres non, mais ce sont de véritables lieux de cultes vivants, et il n’est pas rare d’y voir une « babcia « (une grand-mère) marmonner ses prières avec son chapelet.

 


> Chapelle de Praga – Photo de http://napradze.waw.pl

 


> Au bout de la cour en bleu.

 

Il y a beaucoup de statues de la Vierge sur la ulica Ząbkowska, comme celle au numéro 12 (en façade) et au croisement des ulice Ząbkowska et Korsaka (La Madonne de Praga). Vous pourrez aussi admirer de belles chapelles sur la Targowa, aux numéros 14, 39, 62 ou 64.

Voici la liste des adresses des chapelles de Praga. Plus de photos sur les chapelles de Varsovie à Praga et ailleurs.

La tradition des orchestres de rue a, elle, malheureusement quasiment disparue. Disons que je n’ai jamais vu d’orchestre déambulant dans les rues, comme cela peut se faire avec les marching bands de la Nouvelle-Orléans. La tradition remonte surtout à la période de l’entre-deux guerres, mais je caresse l’espoir que jeunes musiciens tentent de reprendre le flambeau !

Le souvenir de ces orchestres reste encore vivace grâce au monument de la Kapela Podwórkowa (groupe de cour d’immeuble), qui commémore au cœur du Vieux Praga cette vieille tradition populaire. Il est même plutôt sympathique de s’asseoir sur un des bancs, et d’écouter leurs notes dans le silence. Pour ceux qui auraient du mal à entendre, on peut aussi demander, par SMS, qu’ils jouent l’une des 100 chansons varsoviennes d’avant-guerre.

 


> Monument de la Kapela Podwórkowa (groupe de cour d’immeuble).

 

Photo du film "Zakazane piosenki" sur les chansons de résistants pendant la guerre.
> Photo du film « Zakazane piosenki » sur les chansons de résistants pendant la guerre.

 

Une des autres spécificités de Praga est le bazar où l’on peut tout acheter. Dans nos temps d’abondance de biens, l’utilité du bazar a clairement été affaiblie par les centres commerciaux et les hypermarchés, mais cette tradition existe encore bel et bien à Praga, notamment au Bazar Różyckiego.

C’est à Praga que vous découvrirez la scène musicale de Varsovie, les bars aux bières artisanales et parmi les cafés les plus agréables. C’est ici aussi que le street art est le plus visible. Pour certain, c’est un quartier hipster, pas sur de savoir ce que ça veut dire. Quoiqu’il en soit voous trouverez de nombreuses adresses du quartier dans les catégories bars, cafés, shopping et où sortir du guide.

 

Pour en savoir plus sur le quartier de Praga à Varsovie :

 

 

 

 

 

 

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