Maison de la Terreur, musée du totalitarisme à Budapest [6e]

Le musée le plus original et le plus morbide de Budapest. Au programme l’histoire de la Hongrie d’environ 1944 à 1956 : Entre fascistes hongrois alliés des Nazis et occupation soviétique de la Hongrie avec comme temps fort l’insurrection de Budapest.

Maison de la Terreur, musée du totalitarisme à Budapest.

> Maison de la Terreur, musée du totalitarisme à Budapest.

 

 

Le musée occupe l’ancien siège des Croix fléchées. Une organisation paramilitaire nationale socialiste et antisémite, vous voyez le modèle. Après la défaite des forces de l’Axe, le 60 de la rue Andrassy devient le siège de la police politique communiste, une prison, un lieu de torture. Aujourd’hui un musée d’un genre atypique.

 

Visite guidée sur le communisme en Hongrie avec la visite du musée de statues.

 

 

Un musée avec les codes de la propagande à Budapest

 

Sur la forme, le musée tient presque plus de la performance artistique. Le plus important semble être l’état mental dans lequel on place le visiteur. Chaque pièce crée une émotion forte à travers la musique et la scénographie.

La cacophonie joue à fond sur l’enfermement, parfois c’est la mise en scène qui illustre l’isolement des accusés lors des grands procès, ou encore l’absurdité labyrinthique de l’économie planifiée. Impossible d’y être indifférent.

 

Dans la pièce de la Maison de le Terreur consacrée aux répressions religieuses en Hongrie. Photo de n1207.

> Dans la pièce de la Maison de le Terreur consacrée aux répressions religieuses en Hongrie. Photo de n1207.

 

La reprise des codes de communication du communisme permet de vivre l’impact de la propagande et de s’y confronter. C’est volontairement déstabilisant et désagréable. Si vous ne parlez pas anglais, prenez un audioguide, vous ne trouverez dans les pièces aucune explication aux murs, juste des fiches imprimées assez illisible en anglais.

La visite avec l’audioguide peut facilement durée 2 à 3h. A vous de gérer l’information qui vous sera délivrée. L’émotion procurée comme seule information, ce qui rapproche l’expérience vécue des objectifs d’une propagande en règle.

C’est curieux ou flippant mais le personnel du musée semble afficher la même tendresse pour le genre humain que leur prédécesseur. Le lieu doit détendre sur les gens. Voilà pour la forme.

Les photos sont interdites dans le musée.

 

Collection et l’histoire selon la Maison de la terreur

 

Sur le fond, les musées d’histoire récente consiste toujours à faire plus de politique version patriotique que de pédagogie « objective ».

Le régime autoritaire hongrois d’avant guerre par exemple. On n’apprend peu de chose sur la Hongrie d’avant 1944 (même si l’accord de Trianon est évoquée), peu sur le soutien populaire à une dictature, peu de chose sur les mesures antisémites du Maréchal Horty, le régent de la Hongrie dans les années 30. Uniquement 2,5 salles concernent la Hongrie d’avant 1945, près d’une 30-aine la Hongrie communiste.

 

Le Traité du Trianon, comme le Traité de Versailles avec l'Allemagne, un traité de paix sous forme d'humiliation appelant à une revanche. En noir la frontière de la Hongrie après le Trianon en hachuré avant 1914.

> Le Traité du Trianon, comme le Traité de Versailles avec l’Allemagne, un traité de paix sous forme d’humiliation appelant à une revanche. En noir la frontière de la Hongrie après le Trianon en hachuré avant 1914.

La Maréchal Horty et Adolf Hitler en 1938. La Hongrie était un pays allié de l'Allemagne nazi et menait une politique autoritaire, militariste et antisémite proche.

> Le Maréchal Horty et Adolf Hitler en 1938. La Hongrie était un pays allié de l’Allemagne nazie et menait elle aussi une politique autoritaire, militariste, anticommuniste et antisémite.

 

 

Les malheurs nationaux viennent toujours de l’étranger. Les Croix Fléchées sont la responsabilité des Allemands, le communisme des Russes. Les Hongrois sont eux les héros tragiques d’une révolution perdue. Voilà pour la distribution des rôles. Pour la nuance, il faudra revenir.

L’exposition du musée commence à la fin de la 2e guerre lorsque continuer à être allié à Hitler n’est pas l’idée du siècle. Lorsqu’Horty souhaite changer de bord comme la Roumanie plus tôt, les Nazis kidnappent son fils, menacent de l’exécuter puis occupent de facto le pays avec l’aide des Croix fléchées.

 

Le drapeau des croix fléchées (Nazi hongrois), un programme politique sous forme de flèches directionnelles.

> Le drapeau des croix fléchées (Nazi hongrois), un programme politique sous forme de flèches directionnelles. On va là et là et partout en fait.

 

 

1944/1945 : Déportation des Juifs, siège de Budapest et destruction d’une partie de la ville, ponts et château de Buda.

 

Mémorial des massacres (et noyades) de Juifs à Budapest par les Croix Fléchées en 1944. Photo de Nikodem Nijaki.

> Mémorial des massacres (et noyades) de Juifs à Budapest par les Croix Fléchées en 1944. Photo de Nikodem Nijaki.

 

 

Occupation soviétique de l’Autriche et de la Hongrie, évacuation de l’Autriche. Espoir et déception en Hongrie, les Soviétiques restent et réorganisent la société. Staline a quelques idées et un savoir faire développé depuis quelques dizaines d’années en Russie, en Ukraine, en Pologne et ailleurs.

La police politique musèle l’opposition (au propre comme au figuré), idem pour les leaders religieux, les organisations civiles, les possédants, fermiers et bourgeois.

Les minorités ethniques sont contraintes de regagner leur pays d’origine, les Allemandes regagnent l’Allemagne, qu’ils soient installés en Hongrie depuis 500 ans n’intéressent pas les nouveaux maîtres. Idem pour les Tchèques, les Slovaques, les Hongrois. Les nouvelles nations communistes seront homogènes. Tous frères, mais chacun chez soi.

Oppression, propagande, grand procès, socialisme réaliste. Toute la panoplie totalitaire de l’époque.

Puis Staline meurt et la déstalinisation pousse les Hongrois à l’espoir. Nous sommes en 1956 à Budapest. L’espoir et le courage, et bientôt les cocktails molotov contre les chars envoyés en renfort contre les manifestants. Les garçons de Pest contre les soldats de l’armée rouge.

 

 

Insurrection de Budapest en 1956, enthousiasme et espoir. FOTO:FORTEPAN / Nagy Gyula

> Insurrection de Budapest en 1956, enthousiasme et espoir. FOTO:FORTEPAN / Nagy Gyula

 

 

La lutte est déséquilibrée, désespérée, romantique. La lutte pour l’indépendance est un nouvel échec.

 

Mort pour une Hongrie libéré des Staliniens, Budapest en 1956. FOTO:FORTEPAN / Pesti Srác2

> Mort pour une Hongrie libéré des Staliniens, Budapest en 1956. FOTO:FORTEPAN / Pesti Srác2

 

 

Vous visiterez enfin les cellules des détenus politiques, comme une conclusion sans appel. La stalinisme fût une abomination au moins aussi grande que le nazisme. Aucun doute. La démonstration faîte laisse néanmoins un goût amer en bouche.

La Hongrie et les Hongrois sont-ils des victime du 20e siècle ? Si oui, que peut-on construire sur cette vision de l’histoire ? Une nation (enfin) souveraine et forte comme le souhaite les conservateurs au pouvoir et à l’initiative du musée ? Ou quelques chose de moins glorieux version nationaliste revanchard ?

 

 

Informations pratiques sur la Maison de la Terreur

 

La Maison de la Terreur ou Terror Haza Museum se trouve dans le 6e arrondissement de Budapest, à 400 mètres de l’Opéra en direction des célèbres thermes en plein air de Szechenyi.

Adresse : Budapest, Andrássy út 60, 1062 Hongrie
Site officiel, accès, horaires et tarifs d’entrée : http://www.terrorhaza.hu/hu

Conseil : Le lieu est très visité, venez à l’ouverture si vous le pouvez. Vous éviterez les groupes scolaires et apprécierez mieux l’exposition.

 

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Maciej

Maciej

J'aime me perdre à la recherche d'endroits surprenants.

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